La religion investit Internet

Le 27 avril 2011

Messes ou retraites virtuelles, comptes sur Twitter ou applications pour iPhone : Internet est désormais un outil assumé par toutes les religions. Une seconde jeunesse par le web 2.0 ?

Ce dimanche de Pâques a marqué l’aboutissement du cheminement conduit depuis le mercredi des Cendres, le 9 mars dernier, par quelque 53 500 fidèles. Ils ont choisi de participer à la “Retraite dans la Ville”, une retraite spirituelle de quarante jours sur Internet proposée par les frères dominicains du couvent de Lille. Cette opération, créée il y a neuf ans, attire de plus en plus de personnes chaque année. 40.000 fidèles s’y étaient inscrits en 2010.

Le principe est donc bien rodé : après s’être enregistrés gratuitement en ligne, les croyants reçoivent dans leur boîte mail une méditation et la prière du jour, directement téléchargeable sur le site des Dominicains de Lille. Les participants bénéficient aussi d’un accompagnement: ils peuvent à tout moment poser une question à un frère ou une sœur qui s’engagent à y répondre dans les plus brefs délais.

Les fidèles peuvent rejoindre une Fraternet, petite communauté virtuelle animée par deux laïcs, où une douzaine de retraitants partagent leur expérience. Autre initiative originale, un blog tenu par le frère Xavier Pollart, prieur du couvent des dominicains de Lille, et le frère Franck Dubois, responsable des étudiants. Il maintient le lien entre les internautes grâce à des billets qu’il est possible de commenter, de recommander sur Facebook ou de suivre sur Twitter.

Followers en pèlerinage

Les Dominicains de Lille ne sont pas les seuls à avoir découvert les potentialités offertes par la toile : Benoît XVI lui-même est sur Facebook. Le Saint-Père célèbre aussi quotidiennement la messe en direct sur la web TV du Vatican. Sur la Web TV du Jour du Seigneur, les pratiquants peuvent suivre les homélies chaque dimanche en simultané, revoir celle de la semaine précédente ou encore télécharger la liturgie de la parole des prochaines célébrations.

L’Église catholique française propose, quant à elle, une application pour iPhone. Elle permet de connaître les horaires des messes et des célébrations des grandes fêtes religieuses à proximité de l’endroit où le croyant se trouve.

Le phénomène dépasse largement les seules communautés catholiques. En témoigne notamment un article publié le 19 avril par le quotidien suisse Le Temps. Il relate les expériences menées par l’Église évangéliste, à l’image des prêches du pasteur Matthias Bölsterli, à Genève, dont l’Église virtuelle compterait 4 000 fidèles : des applications iPhone préparent à la confession.

Grâce à un compte sur le réseau social Facebook, des enseignements religieux sont également diffusés par vidéos. Le Temps explique :

L’abbé d’Einsiedeln, Martin Werlen, convie chaque année ses followers Twitter pour un pèlerinage dans l’abbaye schwyzoise. Quant à Simon Weber, porte-parole de la Fédération des Églises protestantes suisses, il gère le service d’édition en ligne Issuu.com [en], qui lui permet de publier instantanément les prises de position théologiques de l’Église. Il dialogue avec les fidèles sur plusieurs canaux, dont Twitter et Facebook.

En Grande-Bretagne, c’est la Saint-Pixel Méthodiste [en] qui a sur ce sujet une longueur d’avance, proposant elle aussi une église virtuelle où les fidèles peuvent se choisir un personnage, écouter des sermons et participer à des forums de discussion et à des ateliers sur la Bible. Leur objectif ultime est de fonder une église virtuelle semblable au site Second Life.

La religion musulmane a elle aussi élu domicile sur le Web. Le site islamcity.com [en] propose ainsi de nombreux services : on peut trouver l’heure des prières à proximité de son domicile mais aussi les télécharger. On peut enfin faire des dons en ligne.

Aujourd’hui les Églises ont en effet décidé d’aller chercher les fidèles là où ils se trouvent. Dans ce contexte, la toile joue un rôle de plus en plus important. Les défis à relever sont identiques à ceux de tous les webmasters de la planète : positionnement sur les moteurs de recherche, fidélisation des lecteurs, recrutement, gestion de la concurrence, investissement sur les plates-formes virtuelles adéquates et réputation. “De là à changer la pratique de la foi ?”, s’interroge Le Temps

Article initialement publié sur myeurop.info sous le titre “La religion à l’heure du Web 2.0″

Illustrations Flickr AttributionNoncommercialShare Alike Some rights reserved OWNI remix et capture d’écran Twitter

À lire ailleurs : Les conseils de Benoît XVI pour un bon usage du web

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  • jean jacques ganghofer le 28 avril 2011 - 2:06 Signaler un abus - Permalink

    Merci pour cet article.
    il est vrai que les religions sont assez discrètes sur quand à leur présence sur le net. Pourtant, elles sont toutes sur la 2 , le dimanche matin, pour ce qui est de la TV .
    Au fond, le net est une commodité bien pratique. Il faut dire aussi que beaucoup de communautés religieuses ou ordres monastiques ont leur propre site sur le Net . Enfin, le courriel est un moyen très pratique pour communiquer, surtout entre personnes qui aiment le silence ( et détestent le téléphone).
    Donc, peu à peu, les institutions religieuses se font aux usages de l’informatique , mais avec une certaine modération.
    Mais quand même,cette utilisation concerne surtout la dimension individuelle de la Foi religieuse.
    Pour la dimension collective , il y aura toujours des églises, des temples, des synagogues et des mosquées.
    Il y a quelques expériences de ” tchats” qui n’ont pas donné grand-chose, car , le Net, c’est aussi l’anonymat.
    Le bon côté de la chose, c’est que l’on peut découvrir les religions ou les spiritualités avec un ordinateur, et ce n’est jamais du temps perdu.
    De plus, Google s’est engagé à numériser plus d’un million de volumes appartenant à la bibliothèque du Vatican, ce qui va faciliter le travail de certains chercheurs.
    Merci beaucoup pour cet article .

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