Le souci des geeks (avec la politique)

Le 12 juin 2012

Journaliste à France Culture, Xavier de la Porte s'est fendu de la traduction d'un billet récent de Cory Doctorow, activiste, auteur de science-fiction et co-éditeur du site Boing Boing. Publié initialement sur The Guardian puis sur Internet Actu pour la version française, nous rééditons cette réflexion politique et philosophique sur la place des "geeks" dans la marche du monde.

Richard Stallman (aka RMS) - Photo CC Andrew Becraft

Depuis le début des guerres de l’information, les gens soucieux de liberté et de technologie ont dû naviguer entre deux écueils idéologiques : le déterminisme geek et le fatalisme geek. Deux écueils aussi dangereux l’un que l’autre.

Déterminisme

“Le déterminisme geek consiste à mépriser toute mesure politique dangereuse et bête, toute tentative de régulation abrupte, sous prétexte qu’elle est technologiquement irréalisable. Les geeks qui s’inquiètent du respect de la vie privée méprisent les lois sur l’écoute électronique, les normes facilitant l’écoute légale, et la surveillance des réseaux sous prétexte qu’eux, ils peuvent échapper à cette surveillance.”

“Par exemple, en Europe ou aux États-Unis, la police exige que les exploitants de réseaux insèrent des “portes dérobées” en cas d’enquêtes criminelles. Les geeks en rigolent, arguant que c’est complètement inutile pour les petits malins qui ont recours à la cryptographie pour leurs échanges de mail ou leur navigation sur le web. Mais, s’il est vrai que les geeks peuvent contourner ce type de mesures – et toute autre initiative néfaste de censure, de blocage des outils, etc. -, cela ne suffit pas à nous protéger nous, sans parler du reste du monde.”

“Peu importe que vos échanges mails soient sécurisés si 95 % des gens avec lesquels vous correspondez utilisent un service mail qui comporte une porte dérobée pour l’interception légale, et si aucun des gens avec lesquels vous correspondez ne sait utiliser la cryptographie ; dans ces cas-là, vos mails pourront être lus comme les autres.”

“Au-delà de ça, les choses illégales n’attirent pas l’investissement. En Angleterre, où il est légal de déverrouiller son téléphone portable, il y a partout des magasins où on peut faire déverrouiller son combiné. Quand c’était illégal aux États-Unis (aujourd’hui c’est quasi légal), seuls les gens capables de suivre des instructions compliqués sur Internet pouvaient le faire. Sans outils faciles à manier, les bénéfices de la technologie ne reviennent qu’à ceux qui la maîtrisent. Si vous voulez un monde où seule une élite rafle tous les bénéfices de la technologie, vous êtes un technocrate, pas un geek.”

Bill Gates - Photo CC Andrew Becraft

Fatalisme

“Le fatalisme geek est l’équivalent cynique du déterminisme geek. Il consiste à considérer que la manière geek de faire les choses, – le fameux rough consensus and running code – et la préservation d’une pureté idéologique sont incompatibles avec les vieilles notions de délibération, de constitution et de politique. Car celles-ci sont de manière inhérente corrompues et corruptrices.”

“Il est vrai que la politique a une logique interne, et que ceux qui y participent ont tendance à adopter l’idée que la politique, c’est l’art du possible, et pas le lieu des idéaux. Mais il y a une vérité concernant la politique et la loi : même si vous n’y accordez pas d’intérêt, ça ne veut pas dire qu’elles ne s’intéressent pas à vous.”

“On peut construire des systèmes aussi intelligents et décentralisés que BitTorrent, des systèmes qui ont l’air de n’avoir aucune entité légale qui puisse être poursuivie, arrêtée ou encadrée légalement. Mais si vos inventions ébranlent suffisamment d’institutions ou de lobbies, la loi sera à leur trousse. Elle cherchera arbitrairement des coupables. Et là, la technologie ne pourra pas les sauver. La seule défense contre une attaque légale, c’est la loi. S’il n’existe pas de corps constitué à poursuivre, cela signifie qu’il n’y aura pas non plus de corps pour constituer une défense devant un tribunal.”

“Si les gens qui comprennent la technologie ne prennent pas position pour défendre les usages positifs de la technologie, si nous n’agissons pas à l’intérieur du champ traditionnel du pouvoir et de la politique, si nous ne prenons pas la parole au nom des droits de nos amis et de nos voisins moins qualifiés techniquement, nous aussi nous serons perdus. La technologie nous permet de nous organiser et de travailler différemment, elle nous permet aussi de construire de nouveaux genres d’institutions et de groupes, mais ils seront toujours insérés dans le monde, pas au-dessus de lui.”


Source : The problem with nerd politics.

Photo CC Andrew Becraft [by-nc-sa] et [by-nc-sa].

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  • Ian le 12 juin 2012 - 13:49 Signaler un abus - Permalink

    Un article avec un nombre considérables d’erreurs, qui témoignent surtout que les auteurs ne se sont jamais intéressés à ce milieu, et le juge d’un oeil extérieur.

    1° – L’emploi du mot “geek”, qui ne signifie strictement rien, à part caricatuer, comme l’image utilisée, une catégorie sociale qui aujourd’hui est beaucoup plus diluée qu’il y a 20 ans.

    2° – Vous partez du principe que si les personnes qui se moquent des failles du système rejette le principe même du système. Non, les connaisseurs pointent simplement les limites et les dangers d’un système qui reste inefficace, inapplicable dans le monde d’aujourd’hui. Il suffit de voir les récents débats sur le vote électronique en France pour vous en convaincre.

    3° – Vous parlez du jailbreak et du desimlockage, vous parlez d’instructions compliquées, qui sont réservées à une élite. Si vous aviez ne serait-ce qu’une fois essayer de déverouiller votre téléphone, vous saurez qu’aujourd’hui des programmes automatisés existent et sont d’une facilité enfantine, grâce à une communauté qui a travaillé avec acharnement pour le faire. Il faut moins de deux minutes pour jailbreaker un iPhone et tout autant pour un Android.

    Votre article traite d’un sujet sérieux, intéressant mais témoignent aussi de votre manque total de connaissance. Je ne suis pas un “geek”, je ne sais pas programmer, et pourtant, grâce au travail d’autres, je peux faire un nombre considérable de choses. Si certains en font de la récupération à des fins malhonnêtes, ça ne dénigre pas pour autant toute une communauté qui tient à une certaine autonomie technologique, dans un monde où le droit des utilisateurs vis à vis de ces dernières devient de plus en plus limitées.

    À bon entendeur.

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    • L33T N00B le 12 juin 2012 - 20:41 Signaler un abus - Permalink

      OK, mais ce n’est pas un article d’OWNI ;)

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    • Soren le 12 juin 2012 - 23:51 Signaler un abus - Permalink

      Dire que Cory Doctorow est un “auteur qui ne s’est jamais intéressé à ce milieu et le juge d’un œil extérieur” témoigne d’une profonde méconnaissance des travaux de cette personne.

      Je reviens brièvement sur votre 3°. Le fait qu’il existe des logiciels qui automatisent le processus de jailbreak ne signifie pas que le tout venant saura s’en servir, seul.
      Votre aisance avec l’outil informatique est une chose, celle d’autrui en est une autre. Quand bien même il est possible de déverrouiller un téléphone en quelques manipulations. Il y a parfois un fossé.

      Mais derrière les approximations que vous pointez, et qui ne sont finalement pas le cœur du sujet, l’auteur souligne effectivement un point important. Nombre de geeks affirment par exemple être capables de contourner les mesures de blocage d’un site de liens BitTorrent.

      Soit.

      Mais sur une population plus large, cela représente combien de personnes ? Quelques centaines ? Quelques milliers ? En attendant, lorsqu’un site est bloqué, l’opération est bien souvent efficace pour la majorité des péquins, qui eux ne savent pas toujours se débrouiller pour éviter l’obstacle.

      Les geeks ne peuvent pas seulement évoluer en périphérie, se gaussant des tentatives législatives qui surviennent à mesure que les gouvernements se succèdent. Il faut qu’ils descendent dans l’arène politique et qu’ils transforment le système de l’intérieur.

      De ce point de vue, le Parti Pirate est intéressant à suivre.

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  • mikey le 12 juin 2012 - 15:32 Signaler un abus - Permalink

    Pour moin internet et la nouvelle “Amerique”. On s’y installe tout doucement, on découvre de nouveaux territoires, de nouveaux pionniers arrivent, de nouveaux immigrants construisent de nouvelles cités. On en est qu’a la genèse d’internet-

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    • Lucile le 12 juin 2012 - 22:37 Signaler un abus - Permalink

      Sauf que la construction de l’Amérique, ça n’a rien de très réjouissant… Ce serait dommage qu’Internet commence de la même façon.

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  • Arnaud le 15 juin 2012 - 0:26 Signaler un abus - Permalink

    Dommage qu’il y ai un oubli dans le traitement du “le geek peut le faire” vs les actions politiques/de réglementations.

    Le soucis derrière le “un geek peux le faire”, c’est que la population ciblée (terroristes, pédophiles, mouvements racistes, …) est souvent déjà en position de “guerre électronique” et est donc sensible à ces possibilités de protections et les applique déjà (par exemple avec le réseau Tor).

    Ce qui revient à se limiter à toucher les “individus lambda, nuls en informatique”.
    Et là, la “population n’ayant pas les moyens/savoir technologiques d’un geek” n’est pas ciblée car elle fait quelque chose de mal pour les institutions (pédophilie, terrorisme, piratage, etc) mais bel et bien pour l’empêcher de profiter de médias fournis pour certains gracieusement (le service Hulu par exemple qui diffuse les séries gratuitement sur le web pour les résidents US … ou ceux qui savent se servir d’un vpn).

    En résumé :

    Ceux qui ne peuvent se protéger sont avant tout victimes de règles/loi/décrets cherchant à protéger un modèle financier et des lobbies privés (musique et films) dépassés par internet .

    Et pendant ce temps, les criminels (piratage, pédophilie, terrorisme) usant de ces services internet, eux, ne sont pas touchés car trop difficiles à tracer/suivre avec le peu de moyens mis à disposition.

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