Danger : Information Overload
Dans une économie de flux, une économie de l’abondance et de la libre circulation de l’information, comment éviter l’indigestion, comme éviter d’exploser d’information overload ? Pour créer le flux, le propager, le manipuler, il faut des propulseurs. Mais comment ils propulsent, en se connectant. On ne peut propulser quelque chose que si on a construit une communauté. [...]
Dans une économie de flux, une économie de l’abondance et de la libre circulation de l’information, comment éviter l’indigestion, comme éviter d’exploser d’information overload ?
Pour créer le flux, le propager, le manipuler, il faut des propulseurs. Mais comment ils propulsent, en se connectant. On ne peut propulser quelque chose que si on a construit une communauté. Et on construit une communauté en propulsant vers elle des informations intéressantes.
On propulse en connectant. On connecte en propulsant.
Parce qu’on appartient à des communautés, on ne reçoit par défaut que les informations filtrées par ses communautés. Par exemple, on peut ne lire que quelques uns des articles sélectionnés par des followers twitter et ceux des sources qu’on a soi-même qualifiées.
Être connu, être visible, tout cela dépend de la communauté du propulseur et de celles des propulseurs qui s’intéressent à lui.
Dans cette nouvelle économie, les écrivains, les journalistes, les artistes… doivent devenir des propulseurs. Leur engagement ne se limite pas à lâcher un flux qui ira se perdre dans le cyberspace. Ils doivent participer à la vie de leur flux comme nous autres blogueurs le faisons, plus ou moins intensément.
C’est un travail de tous les instants. Il m’amuse même si je suis loin d’être le plus diligent (je l’ai été au début de ce blog, traquant la moindre citation, répondant…). Mais ce travail n’est pas inutile pour le créateur, il participe à la création elle-même, dans un processus relativement nouveau.
Certains propulseurs réussiront alors à construire une communauté suffisamment motivée pour qu’elle puisse leur verser assez de revenu, faisant d’eux des professionnels. Les autres resteront amateurs.
Il ne faut pas oublier que peu d’écrivains ou de musiciens vivent de leur art. Les choses évolueront car le système de don devrait être basé sur la transparence. On pourra alors savoir quand un propulseur atteint son objectif de revenu. Plutôt que lui donner à lui, on en récompensera d’autres. C’est ainsi que nous automatiseront la répartition des revenus.
Il est clair que c’est une vision plutôt en désaccord avec le capitalisme mais aussi avec le socialisme, puisque la répartition peut s’effectuer sans engagement fort de l’État.
Les tenants de l’infrastructure numérique, aujourd’hui opérant suivant le capitalisme traditionnel, laisseront-ils faire ? Je pense que cette évolution sera progressive. Dans un premier temps uniquement à travers les données dématérialisables. Donc pas de danger immédiat pour les FAI même si à terme c’est le capitalisme qui n’y survivra pas.
D’un autre côté, si les opérateurs mettent des freins, nous risquons de vivre une situation conflictuelle. Ceux qui commenceront à nous restreindre se feront boycotter. Si toute l’industrie se met d’accord, ce sera une véritable guerre, une guerre entre deux modèles de société dont Hadopi aura été une des premières escarmouches.
Dans un monde qui souffre du matérialisme, un seul camp a la possibilité de l’emporter, celui favorable à l’économie des flux. Si le camp matérialiste emporte la guerre, celui de la rareté chère, j’ai bien peur que l’humanité telle que nous la connaissons, déjà plus que perfectible, n’y survive pas.
Mais je suis optimiste. Si l’économie des flux fait ses preuves, si les gens s’y trouvent plus heureux, même les opérateurs seront attirés vers elle. S’ils y gagnent, et ils devraient y gagner grâce au nombre croissant de propulseurs, ils imposeront à leurs concurrents de les suivre. Ainsi nous pourrions assister à une transition pacifique.
PS : j’ai écrit ce billet en réponse à  un commentaire de Pierre-Alexandre Xavier.
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Merci Thierry de prendre le temps pour répondre à la question.
Je reste dubitatif. Autant je crois à l’émergence d’une nouvelle contre-culture du gratuit, du don volontaire et du libre échange, autant je crois qu’il s’agit bel et bien d’une contre-culture qui restera minoritaire. Les matérialistes ont déjà gagné la guerre. Elle a été livrée assez rapidement et remportée par la suprématie d’un OS sur l’ensemble des fenêtres électroniques du monde. Elle a ensuite subit une mutation et un déplacement économique radical vers l’outil de base d’une infosphère : le dispositif de recherche. Ce dernier a profité du monopole de fait du premier pour s’imposer partout en même temps en utilisant les principes de travail de la plus vieille institution de l’Histoire, la bibliothèque.
Il n’y aura pas de guerre entre Hadopi et le reste du monde. Même les artistes anglais démontrent que le projet corporate de Sony et cie. est mort né. Mais cela ne règle pas le problème de l’exposition, qui était au centre de mon interrogation. De la dictature de l’économie de la rareté, on passe à la dictature de la profusion de l’indigence culturelle. La liberté se mesure à l’aune de ce que les individus peuvent en faire. Or il apparaît clairement que les outils de communication dont nous disposons et dont nous faisons usage accentuent une fracture numérique grandissante qui sépare non les pauvres et les riches, ni la corporatocratie et les hackers, ou encore les connectés et les propulseurs… La fracture numérique oppose l’utilisateur (user) et le spectateur. Elle sépare l’actif apprenant du passif inculte. Elle sépare, au risque de choquer de façon provocante, les astucieux des abrutis. Et ces derniers sont la majorité écrasante.
J’ai donc la nette impression que la dernière bataille numérique décisive sera celle qui opposera ceux et celles qui appellent, non sans un certain idéalisme, à la société ouverte et libérée du capital prison contre ceux et celles qui aiment le confort et l’homogénéité des barreaux et des chaînes…
P.S. : je noircit volontiers le tableau et Matrix n’est pas loin.