Narvic, on te préfère lorsque tu te fais caisse de résonance du hashtag #jeansarkozypartout! Prenons ce cas intéressant du fiston pistonné. Ceux qui ne se bornent pas à lire les éditos d’Olivennes pour savoir ce qui se passe sur le net ont constaté qu’en matière de “chasse à l’homme”, la populace moqueuse a surtout bien ri. La plaisanterie récurrente sur Twitter – dans laquelle on aura du mal à voir la moindre trace d’agressivité envers la personne de Jean Sarkozy – revenait à décliner les formes de l’omniprésence ou de l’omnicompétence de l’étudiant en droit. Si «Jean Sarkozy sait faire une omelette avec des oeufs Kinder» relève du lynchage, alors les blagues Carambar sont une arme de destruction massive qu’il est urgent d’interdire.
Arrêtez les chatouilles! nous disent en faisant les gros yeux les ministres alignés le doigt sur la couture du pantalon. Qui décrivent comme une “polémique” ce qui est tout de même un cas d’école assez visible du sarkozysme triomphant (le clan d’abord – et je t’emmerde!). La polémique étant cette situation du débat où deux opinions divergentes s’opposent, voilà encore une façon bien pratique de laisser entendre que l’une des deux ne vaut pas tripette. Ce qui est plus drôle que tous les tweets #jeansarkozy, puisque mis à part cette démonstration gouvernementale de parfaite obéissance au chef, pas un Français en âge de lacer ses souliers ne voit dans cet épisode autre chose que l’application de la loi du plus fort issue de l’élection du 6 mai 2007.
Spécialiste notoire de tout ce qui touche aux uns et aux zéros, Alain Duhamel avait identifié dans la vidéo amateur la menace majeure pour l’horizon démocratique du XXIe siècle. En suivant de près ce modèle, Narvic peut dès à présent réclamer son rond de serviette dans les colonnes de Libération. Sous le gouvernement le plus autoritaire de la 5e République, dont le chef se livre ouvertement au népotisme, à l’intimidation et à la politique du doigt d’honneur, bien évidemment, le pire danger pour la démocratie, c’est l’expression de la diversité des opinions, c’est la contradiction argumentée des avis ministériels, c’est l’appréciation moqueuse du fait du prince – c’est le buzz, vous dis-je!
A ce niveau de confusion, on peut estimer que le finkielkrautisme a vaincu. Désolé de contredire le radiosophe, mais la principale raison de la multiplication des accès d’humeur de ces dernières semaines ne me semble pas relever du déterminisme technologique. Leur vrai fondement, c’est tout simplement l’accumulation de dérapages navrants et de déclarations scandaleuses. Il me paraît incroyable d’avoir à l’écrire: conserver notre capacité à nous émouvoir de ce qui est choquant est un signe élémentaire de bonne santé de l’espace public, dont on se réjouira d’autant plus qu’on est préoccupé de démocratie. Quant au buzz, mieux vaut laisser cet indicateur nébuleux aux journalistes en mal de sensations fortes. En 2009, il n’est tout simplement plus possible de prétendre séparer déterminations médiatiques “d’en haut” et réactions du web “d’en bas”: l’internet d’aujourd’hui est un espace définitivement global, le miroir composite des émotions publiques, qui s’alimente simultanément à toutes les sources.




Narvic buzze-t-il ? | Owni.fr http://bit.ly/3IePxq
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ahahah! @gunthert: “Narvic buzze-t-il ?” http://bit.ly/MJyon
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#Owni Narvic buzze-t-il ? http://bit.ly/3IePxq
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“Si «Jean Sarkozy sait faire une omelette avec des oeufs Kinder» relève du lynchage, alors… !” http://tiny.cc/owni
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Subtil l’url rewriting. Ca sent le règlement de comptes.
[NDLR > pardon ?? un cours de SEO Benoit ?!]
#veille Narvic buzze-t-il ?: A partir de combien de billets de blogs, de commentaires ou de tweets peut.. http://twurl.nl/4iik0o
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RT @nicolasvoisin: ahahah! @gunthert: “Narvic buzze-t-il ?” http://bit.ly/MJyon
(via @marcvasseur) //Oui, la preuve !
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Narvic buzze-t-il ? http://bit.ly/4w0AGx via @AddToAny
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“Notre capacité à nous émouvoir” à propos d’une histoire d’abus sexuel vieille de 30 ans, d’un ministre qui aime les garçons tarifés, d’un bon vieux pistonnage républicain… Et pendant ce temps-là, la blogobulga, twitter et les réseaux sociaux n’ont rien à dire sur des sujets aussi dérisoires que la suppression de la taxe pro, le redécoupage électoral ou la hausse du chômage, sans parler du rôle de la France au Gabon ou en Guinée-Conakry. Oui, Narvic a parfaitement raison: la buzz, outil de réaction de masse est comme tous les outils de réaction de masse, populiste et, ça c’est de moi, superficiel, réactionnaire et moutonnier. Et que la blogosphère, ce post en est une preuve de plus, soit aussi incapable que les journalistes sur eux-mêmes de s’interroger sur ses tendances lourdes, ses défauts structurels ou conjoncturels, n’est pas le moins savoureux de l’affaire.
Je partage votre analyse, mais elle vaut également pour les médias traditionnels, dans leur ensemble. Le comportement grégaire et moutonnier est observable dans les deux cas.
Et dans les deux cas aussi, il existe des individus et/ou des médias qui prennent du recul et le temps de l’analyse, parfois sur des sujets autrement plus importants qu’un Mitterand, Polanski ou Sarkozy.
Espérons qu’il leur sera fait plus de place …
Voilà bien une situation étrange.
D’un côté Narvic, qui essaye, dans son style, d’alerter le lecteur sur le pouvoir d’illusion et de divertissement du buzz.
De l’autre Gunthert, qui essaye, lui aussi dans son style, d’alerter le lecteur sur l’absence de définition et l’impossibilité de cerner le buzz.
Soit Gunthert a un problème de lecture, soit c’est moi qui n’y comprend rien… (soit les deux, mon capitaine).
Effectivement les buzz successifs sur ces “faits divers”, qui n’ont de relief que par les personnalités médiatiques qu’ils impliquent, masquent d’autres réalités … Cela va des décisions unilatérales et anti-parlementaires de supprimer certaines taxes, de refuser la révision de la fiscalité sur les fortunes et d’éclater la carte électorale (au travers d’un réaménagement pour le moins dépourvu d’objectif républicain) à des problèmes plus graves de chômage, de souffrance au travail, de paupérisation d’une certaine catégorie de population, de dynamitage systématique des structures et des institutions qui cimentent le lien social et la solidarité propre aux sociétés humaines…
Mais contrairement à ce que déclare Eric Mettout, le buzz n’empêche en rien de nombreuses voix de poursuivre, pour leurs lecteurs et leurs contributeurs, le débat et les échanges sur de véritables dossiers sociaux et politiques. Et si notre journaliste “libéré” ne les connaît pas, cela ne signifie pas pour autant qu’elles n’existent pas. Ces débats démocratiques et républicains ne sont pas dans les colonnes officielles des tribunes officielles. Et c’est tant mieux. Elles ne seront donc pas contraintes par le comportement grégaire et moutonnier souligné par Guillaume Ledit. Et ceux et celles qui produisent du discours dans cet espace public qu’est le Web français (ce qui inclut non seulement les blogs, mais aussi le courriel privé, les listes de diffusion, les forums de discussion, les liens, les twits, les références et les recommandations diverses et variées) ne sont pas en reste sur les sujets sensibles, ni sur la critique de leur propre contribution au débat public en général.
Pour conclure, je n’ai pas l’impression que Narvic crache dans la soupe. Pas plus que je n’ai l’impression que Gunthert le vomisse. Du moins, ce n’est pas ce que chacun écrit… et je sais encore lire, même entre les lignes. En revanche, je vois que même à Libé, certains ont du mal à avaler la pluralité des médias, l’abondance des opinions et surtout la possibilité donnée aux francs-tireurs, nombreux et jusque là invisibles, de venir tondre la laine sur le dos de certains moutons de la presse traditionnelle. N’ayant pas lu d’autres avis experts d’autres rédacteurs ou rédactrices de Libé, j’espère que ce phénomène ne connaît pas une extension endémique au sein de la rédaction de cette auguste maison.
P.S. : je propose que des points Godwin soient distribués systématiquement lorsque l’on abuse du terme populisme/iste, ce afin d’éviter la trollification de la soucoupe et du reste du monde moderne…
Pour une raison qui m’échappe… (certainement la fatigue et le rhume) j’ai collé Eric Mettout chez Libé, alors qu’il appartient à l’auguste magazine l’Express. De mon point de vue, l’un vaut l’autre, mais cela n’engage que moi. Je demande pardon aux deux rédactions et maintient le reste de mon commentaire.
“le clan d’abord – et je t’emmerde!” > du mespotisme de comptoire
+1
PAX, “l’un vaut l’autre”, visiblement pas grand chose à tes yeux. Quand tu auras cinq secondes, tu m’indiqueras stp où, dans la blogobulga, se déroulent ces “débats démocratiques et républicains” sur la Françafrique ou la réforme territoriale. Et puis on comparera avec le nombre de “débats démocratiques et républicains” sur le vilain Polanski, le très méchant Mitterrand et l’ignoble prince Jean. PS: je commence à penser que le point Godwin est une manière bien commode de décrédibiliser un propos sur la forme en évitant d’aborder le fond - une manière que tu juges probablement “démocratique et républicaine” de débattre. Que tu demandes à ce qu’il soit étendu est assez “démocratique et républicain” aussi…
On n’aime jamais se faire servir sa propre soupe, surtout quand elle est pas terrible, n’est-ce pas ?
Effectivement, je ne fais aucune distinction entre des organes de presse qui fabriquent une actualité déplorable, montent des faits divers en épingle et finissent par accuser la « blogosphère » d’avoir été à l’origine de la tournure proprement dégueulasse que prennent les événements. Je ne vais pas me livrer en l’occurence à une revue de presse de toutes les insanités publiées par les tribunes officielles (de droite comme de gauche).
La « blogosphère », ça n’existe pas. Et mon amalgame entre Libé et l’Express n’est que le miroir de l’amalgame que les journalistes officiels (qui produisent de la littérature sur les médias officiels) font systématiquement et ton discours sur la « Blogobulga » en est l’illustration la plus parlante. Il existe un espace public numérique, construit d’une variété assez impressionnante de supports, et animé par une foule de contributeurs qui ne font pas que vomir sur la presse papier…
Pour ce qui est de se tenir informer du débat démocratique et républicain sur les problèmes de fond de notre société, et même de notre monde, ce ne sont pas les sites, blogs, forums et opérations ponctuelles qui manquent. L’ensemble n’est que rarement relayé par la presse traditionnelle trop occupée à défendre son steak, son statut et sa place. Il me serait impossible de faire un recensement exhaustif de tous les lieux de débats citoyens, de production de discours alternatif, d’agrégation de sources de réflexion. Mais je peux en citer quelques uns que tout le monde reconnaîtra (sans pour autant y adhérer) comme des lieux de débats démocratiques (par la participation et non par la représentation) et républicains (par leur exposition publique et non pour leur valeur normative).
En vrac, voici quelques lieux où je puise des éléments de réflexion, contribue au débat et référence des informations qui sont importantes à mes yeux : La mémoire des luttes, La vie des idées, Global Voices, Crise dans les médias, Acrimed, Infoguerre, Bakchich, Le plan B, Voxnr, Rue 89, Electron libre, Cybersolidaires, Rezo citoyen, Informer autrement, Le Journal des Alternatives, La-bas.org, Les Humains associés, Revue Web (Ruth Stegassy - France Culture), Réseau Cultures, @rret sur images, Terra Nova, Rezo.net, Domaine Public, Mouvements, Paradisfj.info, Place publique, Multitudes, Article XI, Migreurop, Crisis Group, … En langue étrangère et entre autres : Current, Freepress, Alternet, Counterpunch, The End of Capitalism, Transparency, ICSR, IDN, Open democracy, Change This, Take Part, EFF… Je ne cite pas le nombre absolument extraordinaire de blogs personnels de journalistes, d’essayistes, de chercheurs, d’activistes, de simple citoyens qui relatent la réalité de leur région ou présentent des regards pertinents et lucides sur leur actualité, leur histoire, leur monde… Ces références sont pèle-mêle, sans ordre, ni intention sinon de démontrer que l’on peut trouver sur le web de la valeur en abondance.
Il est de la responsabilité du journaliste de faire son choix parmi les sujets qu’il/elle va traiter. Son choix oscille grossièrement entre servir la soupe (et s’assurer le salaire) ou mettre en lumière les problématiques pour susciter du débat (et donc risquer fortement de claquer du bec)… C’est binaire, mais souvent les journalistes aiment les schémas binaires, n’est-ce pas ? Dans le premier cas, le travail est facile. Il suffit de tendre l’oreille, d’écouter la rumeur du monde au ras de la moquette et d’avoir une plume alerte. Dans le second cas, il faudra bosser dur, se faire traiter d’emmerdeur/euse, démontrer le bien fondé de son propos et sans nul doute voir son travail relégué au placard ou finir à la corbeille. Le Web vient bousculer cette dualité et créer un espace d’expression des luttes, des zones d’ombre, des lieux d’échanges inédits. Tu peux y être aveugle. C’est un choix. Mais tu peux aussi te mettre au travail et voir la valeur, sans angélisme ni cynisme…
Choisis ton camp, camarade !
Mon XAP, c’est au-delà de ton entendement d’imaginer que des “journalistes officiels” puissent eux aussi se nourrir à ces sources-là (pas toutes, j’ai une aversion pathologique pour les idéologues, et il s’en trouve un nombre assez inquiétant dans tes soi-disant républicains démocrates)? Probablement: quand on a des idées aussi arrêtées et définitives sur une profession aussi diverse que celle de journaliste, qu’on est aussi persuadé que toi qu’ils sont “tous pourris” et qu’ils fabriquent indistinctement “une actualité déplorable” par simple perversité (ou appât du gain, ce qui est à la fois plus rigolo, quand on sait, et plus classique: tous vendus, en plus), qu’en plus on s’en prend avec autant de violence aux membres de ce magma qui, précisément, s’interrogent le plus et le mieux sur l’évolution de leur profession (je ne parle pas de moi, évidemment, mais de Narvic), c’est que quelque part on a une conception de la République et de la démocratie qui n’est clairement pas la mienne (pour être clair: aussi idéologique et aveugle que quelques-unes des références que tu me cites plus haut - un catalogue de la Redoute, au fait, le manuel du petit libertaire en ligne, Rue89, ASI, Terra Nova, y’a même Bakchich, dis donc… Du lourd et du bien classique, tu sais ta leçon). Je ne sais pas ce qui est le plus drôle, que tu appliques avec un tel acharnement ce qu’à tort tu me reproches (mettre tous les oeufs gâtés dans le même panier) ou que, en tant que membre visiblement actif de la blogobulga, tu sois visiblement aussi incapable que la plupart de mes confrères quand il s’agit de leur métier de remettre ton jouet en cause, ne serait-ce qu’à la marge, de te poser les questions que tu nous reproches de ne pas nous pauser… Reprocher aux journaux de monter en mayonnaise des sujets qui n’en valent pas la peine n’est évidemment pas faux. Mais prétendre qu’en la matière, le Web est globalement un contre-pouvoir, quand on voit ce qu’il a fait de l’affaire Mitterrand, au hasard, c’est du Coluche. Enfin, Coluche, au moins, il avait de l’humour.
Eric, je ne colle pas tous les journalistes dans le même panier. Tu as la gâchette un peu trop facile.
En revanche, je ne vois aucune distinction entre les journalistes « officiels » ayant colonne ouverte dans une tribune « officielle ». L’esprit de corps y fonctionne à plein régime et cela se voit de manière flagrante, y compris dans un simple commentaire. Je reconnais que c’est une mélasse intellectuelle (et professionnelle) de laquelle il est difficile de s’extirper.
Je n’ai pas d’idées arrêtées sur la profession de journaliste. Si j’en avais ne serait-ce qu’une, je ne serais pas contributeur dans l’OWNI, par essence projet novateur, sortant complètement des cadres traditionnels de cette même profession. Ce qui fait aussi que je ne m’en prend ni à Gunthert, ni à Narvic dont j’apprécie volontiers l’échange et les points de vue qu’ils mettent en valeur. Cela provoque (dans le bon sens) du débat, que nous gâchons inutilement par des considérations de statut professionnel et de définition du journaliste de presse.
Pour le reste, j’ai pris la peine de préciser que les sites évoqués n’étaient nullement exhaustifs mais qu’ils représentaient une forge pour réfléchir sur les problèmes de société que tu as toi-même évoqués et dont tu prétends qu’ils ne sont en rien traités sur le Web. Je suis au regret de te dire qu’ils sont à peu près les seuls à proposer des regards lucides sur les réalités du chômage, de la pauvreté, d’une certaine forme de néo-colonialisme, de l’extension d’un néo-libéralisme organique à toutes les strates de la société, bref sur tous ces sujets qui fâchent… Cela disqualifie (pour reprendre le mot valise à la mode) toute volonté idéologique de ma part, et surtout toute tentative d’ériger le Web en contre-pouvoir quelconque. C’est toi qui superpose un schéma idéologique, une hiérarchie et surtout des rapports de force entre catégories. Malheureusement ces a priori n’ont aucune sorte de réalité sur le Web, même dans une période d’offensive institutionnelle et corporatiste cherchant à le contrôler, sinon à l’isoler. Le Web n’est pas un contre-pouvoir médiatique. C’est un espace public.
Je ne comprend donc pas les motivations réelles de ta charge contre ce que tu continues d’appeler la blogobulga. Ce qui m’amène à considérer ton intervention dans ce débat avec la circonspection qu’évoque Narvic en conclusion de son billet. Je soupçonne donc des intentions différentes de l’apparente réaction viscérale que tu nous laisses voir.
P.S.: je ne doute pas que tu te nourrisses aux mêmes sources que ceux que tu réduits à une purée informe. Mais là où tu vois des idéologues, moi je vois des gens qui, comme toi, ont des choses à dire. Le travail ne s’arrête pas à accepter ou à rejeter ce qu’ils disent, mais bien à réfléchir sur leurs idées puis à chercher et à découvrir ce qu’ils ne disent pas. C’est à mon sens, le véritable travail du lecteur. Non ?
XAP, tu soupçonnes, dis-tu, des intentions? L’appât du gain? Du pouvoir? C’est marrant, mais je me sens vaguement insulté, là…
J’entends bien ton message sur les journalistes qu’il ne te viendrait jamais à l’idée de considérer comme une entité monolithique - il devient totalement inaudible quand tu nous assènes tes vérités monolithiques sur les “journalistes officiels”. C’est quoi un “journaliste officieux”, pour toi? Un militant? Quand aux “regards lucides sur les réalités du chômage, de la pauvreté, d’une certaine forme de néo-colonialisme, de l’extension d’un néo-libéralisme organique à toutes les strates de la société, bref sur tous ces sujets qui fâchent…”, j’imagine que tu ne lis pas souvent la presse pour trouver qu’on en parle plus sur Internet que dans les journaux… ou sur leurs sites d’info. Sur Bakchich, on parle plus de pauvreté que dans Libé ou Le Monde? Sur Electron Libre? Sur Acrimed? Je répète par ailleurs qu’un certain nombre (pour ne pas dire un nombre certain) des sites que tu cites relèvent pour ce qui me concerne de l’idéologie (anticapitaliste et antilibérale, anarchiste, libertaire, c’est quand même de l’idéologie).
Peu importe. Ce qui importe, c’est que tu déformes mon propos, comme tu déformais celui de Narvic dans tes premières interventions: que le Web regorge de merveilles, d’espaces de débats inédits, qu’il ait notamment servi à remettre en cause l’omnipotence des journalistes en leur mettant le nez dans leur caca, qu’il soit capable de s’emparer (mais les médias traditionnels aussi) de sujets moins unanimistes, de porter des messages alternatifs, tu vas trouver ça incroyable, mais figure-toi que j’en étais probablement conscient bien avant toi - question d’ancienneté. Si je fais ce boulot, c’est pas par pur opportunisme mais parce que j’y crois. Ce n’est pas ça dont je parle, et Narvic non plus, mais du buzz, de la vague (d’articles, de commentaires, de tweets…), de ce phénomène de masse qui enterre y compris les sujets dont tu parais si fier sous des tonnes d’immondices. Tu me pardonneras de trouver que la manière dont la blogobulga a traité les affaires Polanski ou Mitterrand, au hasard, n’a pas de quoi rendre fier du média, qui s’est révélé, DANS SA GLOBALITE et sur ces dossiers-là, réactionnaire, brutal, caricatural, primitif, guidé par ses cojones bien plus que par son cerveau. J’aime pas la foule en colère, ça me fait peur, c’est tout ce que je déteste. Eh ben Internet, ça peut être AUSSI ça. Et je ne vois pas pourquoi je serais plus indulgent pour ceux qui en font usage sans avoir le moindre recul sur ses dangers que je le serais pour les journalistes, officiels ou pas, qui refusent de comprendre que leur monde a changé.
Tu fais fausse route. Je te recommande la lecture de ceci, paru dans la demi-heure : http://blog.slate.fr/le-medialab-de-cecile/2009/10/22/internet-journalisme-poubelle-deontologie/comment-page-1/#comment-131
On en reparle juste après une bonne lecture dépassionnée.
Pour un débat “dépassionné” sur ce sujet, et pour comprendre ce qui, entre autres, me fait réagir comme je le fais dans ce débat, je te conseille la lecture sur AgoraVox des billets traitant d’un article à nous, “Comment la fachosphère a conduit l’affaire Mitterrand” (ou un truc approchant), sujet que nous avions traité avec nos techniques et notre déontologie. Symptomatique de la manière dont la blogobulga (dans son ensemble) réagit massivement à ce genre de sujet: détournement (vous dites que ceux que l’affaire Mitterrand scandalise sont des fachos), amalgames (vous êtes des pédophiles), accusations de collusion (tous derrière Sarkozy), homophobie plus ou moins rampante… Et tu retrouveras les mêmes réflexes un peu partout, sur Facebook, twitter, sur les blogs, les espaces de débat libre, etc. PS: ton papier est passionnant, je ne vois pas en quoi il est contradictoire avec ce que j’écris: le Web, ça peut AUSSI être le meilleur.
Bien que je contribue à Agoravox, je ne le lis pas beaucoup. Je ne pense pas que Agoravox puisse être considéré comme un instrument de mesure. C’est comme si je réduisais l’ensemble de la presse papier à Charlie Hebdo ou bien au Canard Enchaîné. De même, il n’y a pas Facebook, ou Twitter, ou “les blogs”… Il y a des gens, très nombreux, qui produisent une mélasse démesurée. L’écrasante majorité est formée par le même public qui discuterais l’événement au zinc. Mais de nos jours, ça se discute sur le Web. Les discussion de bistrots se déroulent devant une audience énorme si elle est considérée dans son ensemble, mais prises séparément ces discussions ne représentent pas un public si vaste que ça. N’ayant pas de chiffres pour soutenir cette affirmation, je la met sur le compte de ma seule intuition en la matière.
Il n’est pas possible de supprimer la multiplication des déclarations sans intérêt, ni en provenance de ceux que l’on considère comme la masse, ni en provenance de ceux qui se considèrent comme l’élite. La seule différence entre les deux est le nombre. Avant l’irruption des TIC dans la société, le bruit de fond des premiers devait être relayé par des membres de la seconde catégorie. Aujourd’hui, le bruit de fond submerge rapidement la seconde catégorie. L’effet pervers de ce renversement est évident. Le bruit de fond bénéficie de la même valeur que les opinions de référence… C’est certes regrettable, mais inévitable pour l’instant.
La solution ne se situe pas dans la radicalisation des positions des uns et des autres. Les précédents comme l’émergence des tabloïds, puis l’irruption des gratuits devraient servir de guide à la presse actuelle. Ce n’est pas la seule révolution technique qui a changé la donne, ni l’apparition d’un nouveau public. C’est la capacité d’intervention du lecteur qui est devenue déterminante. Et on ne peut pas combattre le lecteur pour des raisons économiques tout aussi évidentes…
La perte d’une information de qualité, produite par des journalistes bien payés, est un véritable problème dont seulement une minorité prend conscience dans ce pays et dans le monde en général. Mais cette perte n’est pas imputable à l’arrivée du Web. Je n’ai pas besoin d’énuméré au rédacteur en chef de l’Express les étapes qui ont conduit la presse là où elle est maintenant. Mais pour les lecteurs tiers, je leur recommande l’éditorial de Serge Halimi dans le Monde Diplomatique [Notre combat, Octobre 2009]. Comme je l’ai dit, il existe nombre de sources sur le Web pour s’informer de manière efficace. Mais cela participe d’une véritable culture et d’une éducation individuelles.
Internet cultive la désintermédiation telle qu’elle était construite avant son déploiement. Mais cela ne signifie pas que d’autres formes d’intermédiation ne soient pas possibles. C’est à cela que je fais référence quand je dis que les journalistes ont un choix déterminant à faire maintenant et pas dans dix ans, ni même dans cinq… C’est sur ce renouvellement que s’articule le projet OWNI. Mais ce n’est pas le seul. Comme tu le dis toi-même, le Web offre AUSSI cette possibilité. Et cela passe par le débat, le dialogue, l’échange entre points de vue divergents, multiples, complexes. Et je le répète, sans angélisme ni cynisme. Car c’est au travers des échanges (donc d’une certaine forme de partage) que le lecteur pourra se forger une culture de qualité égale. Les antagonismes partisans d’hier ne conduiront qu’à des prises positions stériles et totalement contre-productives.
P.S.: effectivement, le papier de Cécile n’est pas antagoniste. Il complète et éclaire autrement la confrontation entre les médias traditionnels et les nouveaux médias et donne à notre échange davantage d’épaisseur.
En tout cas, il n’y a que sur le web que l’on peut lire un débat d’une telle longueur ET qualité (indépendamment des petites parades/ripostes passionnelles).
La question de savoir qui est meilleur entre journalisme citoyen ou professionnel n’a pas grand intérêt, ni sens (selon moi). Il y a de très bons journalistes professionnels, d’excellents blogueurs citoyens et aussi de mauvais journalistes et de nombreux blogueurs de comptoir.
En revanche, ce débat prouve que journalistes et blogueurs disposent désormais d’un nouvel espace public intéressant, si l’on s’en sert bien (hors des mécanismes grégaires inquiétants des rumeurs et lynchages web). Aucune techno n’est bonne en soi, tout dépend de ce qu’on en fait. Et si l’on développe un peu, tout part - selon moi - du niveau d’instruction et d’éducation du plus grand nombre et donc des politiques publiques en la matière.
Le reste n’est hélas que débat -intéressant certes- mais réservé à une microscopique élite.
Merci quoi qu’il en soit pour votre implication et passion. Si j’en crois quelques amis américains, ces débats théoriques (parfois venimeux) traduisent aussi une passion pour les idées… Pourvu que cela dure
Cyceron
Débat entre @Mettout et pax http://bit.ly/1k975V…; à lire surtout pour les commentaires. Très riche.
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