Les DVD contrefaits piratent le métro parisien

Le 3 septembre 2010

Ces derniers mois, les vendeurs de DVD piratés se multiplient dans les couloirs du métro et les acheteurs sont au rendez-vous, encouragés par la peur de la loi Hadopi qui bientôt punira ceux qui téléchargent.

Il est 17 heures. Koudus, un jeune homme originaire du Bangladesh, arrive à la station de métro Strasbourg-Saint-Denis. Dans le couloir principal, il étale à la hâte sur une toile des dizaines de DVD pirates. Son « travail » commence.

Comme Koudus, ils sont nombreux à déballer chaque jour des films copiés, proposés pour une somme dérisoire : deux euros pièce, cinq euros les trois. Rien à voir avec des DVD du commerce, il s’agit de CD contenant des films DivX, un format utilisé essentiellement pour le téléchargement illégal. Difficile à quantifier, le phénomène a pris de l’ampleur au cours des derniers mois.

Les vendeurs de DivX à la sauvette sont de plus en plus nombreux à investir les couloirs de la RATP mais aussi l’entrée des bouches de métro, souvent près de leurs alter-ego qui proposent ceintures, posters ou jouets à musique. « Depuis la fin de l’automne, il y a une présence beaucoup plus importante et plus visible, souligne Frédéric Delacroix, délégué général de l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (Alpa). Il y a toujours eu ce type de vendeurs présents de manière sporadique, sur les marchés par exemple. À présent, ils vont jusque dans le métro et dans les rues. »

Atelier clandestin à Montreuil

Zahir est de ceux-là. Lui aussi dit venir du Bangladesh. Les CD piratés font partie de son quotidien. Chaque jour, il descend dans le métro de Saint-Lazare, République ou Marcadet-Poissonniers. Le long d’un mur, il propose aux passants et aux voyageurs ses films trois ou quatre heures durant. Il emporte toujours beaucoup de films, quatre cents, parfois plus. Selon lui, il y aurait beaucoup de ventes. Il est fier de proposer « toutes les nouveautés » : Shrek 4, L’Agence tous risques, Toy Story 3… Sur l’étal de fortune, se croisent des films déjà sortis, encore en salles, voire qui ne sont même pas à l’affiche. Bien souvent de mauvaise qualité, certains se révèlent toutefois de très bonne facture.

D’où vient cette marchandise ? Sur ce point, Zahir reste très vague : « Je vais chercher les DVD. On me les donne et j’en suis responsable. Je dois tout vendre pour être payé ». À Bonne-Nouvelle, Sani en dit un peu plus. Dans un bon anglais, il explique que « tout vient de Montreuil. Là-bas, il y a une fabrique. J’y vais et j’achète chaque DVD 1,20 euros ».

Le Nord-Est parisien, source du trafic ? « Il est très facile de monter un atelier clandestin : un ordinateur à 800 euros avec quatre graveurs suffit, estime une source proche des milieux du téléchargement illégal. Les DivX sont téléchargés sur les réseaux peer-to-peer [de la même manière que de nombreux internautes], avant d’être gravés. Le plus compliqué reste de les écouler… » C’est là qu’intervient la vente à la sauvette. Vendeurs de films ou de ceintures, tous les Bengalis présents dans le métro parisien semblent appartenir au même réseau. « On est tous frères », lance l’un d’eux à Gare du Nord. Difficile cependant de savoir de quel réseau il s’agit ou de remonter plus loin. Les vendeurs refusent de trop en dire et les douanes ou la préfecture de police n’apportent pas plus de réponse…

La menace policière

Mais la vente à la sauvette est loin d’être une pratique lucrative… pour les vendeurs. S’il récupère en moyenne 80 centimes par film vendu, Sani n’y trouve pas son compte. « Quand je vends bien,
je peux manger… Ce n’est pas le cas tous les jours », explique l’homme, SDF depuis son arrivée en France il y a un an. Un message clair de détresse émane de plusieurs vendeurs : « C’est une vie très dure ». La vente des films piratés n’est pour eux qu’un moyen de survie…

Une vente qui n’est pourtant pas sans risque. Sani raconte : « parfois, je me fais arrêter par des policiers. Je leur dis que je ne comprends pas l’anglais. Ils me demandent d’arrêter de vendre et ils me relâchent ». Koudus, lui, dit « faire attention aux policiers ». Lorsqu’ils s’approchent, un guetteur lui fait signe. La toile disposée au sol est alors repliée en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, et le Bengali est déjà loin. « Il faut changer souvent de lieu, pour ne pas se faire remarquer », explique Zahir prudent.

Depuis le début de l’année, plusieurs centaines d’interpellations ont eu lieu. Pourtant, la pression policière sur les vendeurs ne semble pas la panacée. « S’en prendre aux vendeurs eux-mêmes ne sert à rien, souligne l’Alpa. S’ils sont arrêtés le matin, il est clair qu’ils seront relâchés l’après-midi. »

Pour Frédéric Delacroix, il ne s’agit que du bout de la chaîne. « Comme les vendeurs de drogue, il s’agit de réseaux extrêmement structurés qui participent à toute une économie souterraine. »

Un trafic « marginal » ?

Pour quelques films piratés revendus, les vendeurs risquent de lourdes peines. Selon le code de propriété intellectuelle, les Bengalis encourent jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 300.000
euros d’amende, voire plus si les faits sont commis en « bande organisée ». En théorie les acheteurs s’exposent aux mêmes peines, mais jusqu’à présent aucun n’a été poursuivi. « Comme la drogue, ce trafic n’est pas laissé au hasard par les services de police. Des investigations sont actuellement en cours… », plaide-t-on du côté de l’Alpa. Pour autant, les forces de l’ordre semblent peu impliquées. La préfecture de police de Paris juge même le phénomène « marginal ». Une sorte de tolérance des vendeurs à la sauvette semble s’être installée dans le métro parisien.

Les vendeurs ne sont donc pas vraiment inquiétés et le marché se développe alors que s’installe la loi Hadopi afin de punir prochainement les internautes qui téléchargent. Des internautes qui pourraient alors être tentés de se tourner vers un commerce de proximité. Mais la France a encore de la marge avant d’atteindre les proportions américaines ou asiatiques où la contrefaçon de DVD
atteint une ampleur industrielle. Selon une étude du think tank américain Rand Corporation, les DVD pirates rapporterait aux États-Unis « plus que le trafic de drogue » avec des « marges bien
supérieures ». Le phénomène arrive en Europe. Selon les données de la Commission européenne, si 3 millions de disques étaient saisis en 2007, le chiffre grimpait à 79 millions l’année suivante. Le
DVD pirate, comme la VHS en son temps, a encore de beaux jours devant lui.

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  • nicolaskayser-bril le 3 septembre 2010 - 11:27 Signaler un abus - Permalink

    Selon une étude du think tank américain Rand Corporation, les DVD pirates rapporterait aux États-Unis « plus que le trafic de drogue » avec des « marges bien
    supérieures ».

    mmm… sauf que RAND est financé directement par la MPAA. On a déjà fait des rapports plus objectifs :)

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  • Bobalamer le 4 septembre 2010 - 8:10 Signaler un abus - Permalink

    Sympa votre article, vraiment un bon choix dans le sujet en terme d’originalité et de proximité. Ça change des billets qui ne sont que des billets d’opinions. Après il y a une expression qui m’a un peu fait tiquer c’est “une source proche des milieux du téléchargement illégal”. Vous parlez de qui, de mon beau-frère qui pirate comme un porc, d’un gars au sein d’une d’une équipe de releaseur ? Ça sonne un peu journalisme à la papa. Mais encore une fois bravo pour le choix du sujet et d’être allé rencontrer votre vendeur à la sauvette.

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  • Agnès Maillard le 4 septembre 2010 - 8:51 Signaler un abus - Permalink

    La nouveauté, c’est le marché français.
    À l’automne 99, je fais du tourisme à Moscou, en plein dans la période charnière entre les restes fumants du soviétisme et l’émergence d’un capitalisme sauvage et mafieux. Et dans les marchés de Moscou, les seaux de cornichons géants au vinaigre et les porcs débités à la hache côtoient une véritable industrie du CD – DVD -VHS de contrefaçon. C’est énorme, il y a de tout, des films à peine sortis sur le marché US, des BA roulées sous les aisselles, le dernier Final Fantaisy du moment, même pas arrivé sur le marché des gamers français.
    Ce n’est même pas considéré comme du piratage, c’est quasiment le marché officiel du CD-DVD, surtout quand tu vois le prix et le faible achalandage des quelques magasins officiels. Dans un pays profondément en crise où les prix explosent et les salaires régressent, où la corruption est le moyen normal de faire du business, les galettes piratées font parties du paysage et sont les seules accessibles pour une grande partie de la population.
    Que 11 ans plus tard, le même phénomène émerge en France devrait être significatif à plus d’un titre.

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  • Winael le 6 septembre 2010 - 17:07 Signaler un abus - Permalink

    Dire qu’ils nous font chier avec des lois stupides comme Hadopi pour ceux qui ne font que s’échanger sans contrepartie financière des oeuvres de l’esprit, alors qu’on tolère un marché noir des oeuvres piratés, d’une mafia qui se fait de l’argent sur le dos des artistes ! On est vraiment tombé sur la tête

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  • R DUMEZ le 16 juillet 2011 - 14:52 Signaler un abus - Permalink

    J’aimerais savoir se que je risque pénalement,de vendre des copies ? moi professionnel de vente de DVD, (bientôt en cessation d’activité),

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  • André SHEFAT le 6 décembre 2011 - 0:22 Signaler un abus - Permalink

    Refroidir votre article, je souhaite dire quelque chose sur l’article. Ils sont tous plus au Bangladesh, mais le patron est indien Meain et les Pakistanais que vous savez.

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  • DVDs pirates dans le métro le 1 mars 2011 - 13:24

    [...] de métro parisiennes accueillent de plus en plus de vendeurs de DVDs pirates dans les couloirs. Owni et LesInrocks ont déja décrit le phénomène. Ce qui m'intéresse, c'est que cette contraçon à [...]

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