Nouveaux médias: une nouvelle classe de dominants

Le 5 septembre 2010

Pour Cyrille Frank, Internet et les nouveaux médias ne facilitent en fait pas le partage du pouvoir. Ces nouvelles technologies comme beaucoup avant elles, permettent surtout l’avènement d’une nouvelle classe dirigeante.

LE PEUPLE AU POUVOIR ?

Avec les nouvelles technologies de l’information se répand l’idéologie du peuple au pouvoir : simplification des techniques, baisse des coûts d’entrée… Les nouveaux produits démocratisent la culture et permettent à tous de s’élever socialement, de “reprendre la main”.

C’est un peu l’idée inhérente à l’UGC (User Generated Content). Nous serions passés de l’ère du consommateur passif à celui de l’internaute actif et créateur. Les technologies “libèrent la créativité”, comme quelques publicités et autre best-sellers nous l’assurent.

D’autres plate-formes libèrent la création du plus grand nombre grâce au financement mutualisé de type My major company

De même le consommateur, désormais acteur (“consom’acteurs” disent les marketeux jamais en mal de néologismes fumeux), prend sa revanche sur les marques. Il décide désormais de manière beaucoup plus rationnelle en se fondant sur la recommandation de ses proches (pdf rapport Credoc) plus que sur la publicité.

Les blogs, Twitter et les réseaux sociaux libèrent la parole, décentralisent et démocratisent la discussion, les médias traditionnels en particulier la presse, perdent leur monopole sur l’information. Celle-ci appartient désormais à tout le monde. C’est la fin de l’information descendante et l’avènement au contraire d’une collaboration avec le lecteur dans la fabrication de l’information. Jusqu’à l’irruption d’un journalisme à la demande, où la ligne éditoriale est déterminée par le lecteur lui-même.

Avec Facebook, les PME peuvent se lancer dans le grand bain du e-commerce avec facilité : il leur suffit de monter une page de fan. Plus besoin de développer des usines à gaz, monter des bases de données sur serveurs et maîtriser cinq langages informatiques. Démarches totalement inaccessibles qui les rendaient totalement dépendants de web-agencies plus ou moins sérieuses ou honnêtes.

Le savoir n’a jamais été aussi libre d’accès grâce notamment à Wikipedia, qui malgré ses erreurs, reste un source encyclopédique assez fiable (ou plutôt pas moins mauvaise que d’autres). Les grandes universités fournissent désormais gratuitement en ligne leurs cours en vidéo à l’instar de quelques prestigieuses grandes écoles, telle Yale

Une pléthore de bases documentaires sont en libre accès comme je le décris dans mon billet “nouveaux medias : trop de mémoire ou pas assez ?

L’ARGUMENTAIRE DES VENDEURS DE PELLES

Nouveaux médias : le nouvel eldorado

Dans la ruée vers l’or américaine de la fin du XIXe, sauf exceptions, les seuls qui firent fortune  sont ceux qui vendaient les pelles et les pioches.

Aujourd’hui, face à l’eldorado du web, les “vendeurs de pelles” sont les agences marketing, les consultants, les web-agencies, les fabricants de matériel informatique… tous ceux qui ont intérêt à générer le plus d’investissement dans le secteur, à faire venir un maximum de prospecteurs.

Il s’ensuit un bouillonnement d’activité, d’innovations, d’émulation qui n’est pas que négative, bien au contraire, quand elle n’est pas exagérément risquée

Mais le discours pro-web 2.0 sous-estime bien souvent les risques pour les entreprises. “Entrez dans la discussion, jouez le jeu de la transparence”… Oui, sauf quand les moyens de gestion communautaire ne sont pas là, sauf quand la manière de procéder n’apporte aucune valeur utilisateur. Ouvrir une page de fan Facebook alimentée d’un flux d’infos corporate, c’est comme les “sites vitrines” des années 2000 : cela ne sert à rien si ce n’est enrichir un peu l’agence qui aura vendu le projet (“vous ne pouvez pas vous permettre de ne pas en être”).

En revanche, ouvrir ses produits aux commentaires sans community manager digne de ce nom (et pas un stagiaire qui en sait à peine plus que vous), c’est dangereux. C’est comme appeler des gens au téléphone, sans jamais parler : ça agace.

UN DISCOURS MÉRITOCRATIQUE CULPABILISANT

Avec la simplification des outils, la démocratisation et la gratuité des savoirs disponibles, la baisse des coûts d’entrée… tout semble tellement plus facile que si l’on n’y arrive pas, c’est qu’on ne le veut pas vraiment. C’est cette mythologie de la méritocratie que la sociologue Marie Dullut-Berat décrit pour le domaine scolaire.

Ce discours du “tout est possible” est celui du libéralisme économique et de la droite traditionnelle. Libérez les entraves qui pèsent sur les individus et la société dans son ensemble y gagnera. En plus d’être efficace, ce système est juste car il repose sur le mérite puisqu’il favorise l’accession des plus dynamiques, ceux qui ont la volonté de s’en sortir, ceux qui ont fait l’effort, ceux qui ont pris des risques…

Sauf que cette vision utopiste minore tous les facteurs indirects et néanmoins puissants d’inégalité, tels que le niveau culturel, le capital culturel, les valeurs d’ambition, de confiance du milieu d’origine etc.

On retrouve avec le web 2.0 toute cette utopie dangereuse du possible qui rejette implicitement dans le camp des fainéants ou des inaptes, tous ceux qui ne prennent pas le train de la technologie.

Je me rappelle du cri sincère de Loïc Lemeur, lors d’une réunion de blogueurs en pleine présidentielle 2007, qui, s’adressant à une jeune fille sur-diplômée expliquant sa difficulté à trouver du travail s’écria : “monte ta boîte !”.  Cela lui paraissait évident, voire facile et il ne semblait pas comprendre la réticence de ceux qui hésitent à se lancer. Sans prendre conscience que sa confiance, son assurance à lui, sont le résultat unique d’une éducation de confiance, de réussites accumulées, de rencontres motrices, de chance… sans parler des facilitateurs de parcours comme les grandes écoles (HEC en l’occurrence).

LA CONSTITUTION D’UNE NOUVELLE ÉLITE

Une nouvelle classe dominante

En réalité, les nouvelles technologies consacrent surtout l’avènement d’une nouvelle classe dominante : ceux qui les maîtrisent.

Tout comme les maires du Palais ont remplacé les monarques mérovingiens (les fameux “rois fainéants”), comme la bourgeoisie a remplacé l’aristocratie après la révolution française… Aujourd’hui se construit lentement sous nos yeux une nouvelle classe médiatico-commerciale qui prend le pas sur les héritiers d’une économie vacillante.

Jeunes journalistes 2.0,  communicants et marketeux technophiles, experts et consultants en réseaux sociaux, entrepreneurs du secteur technologique… Tous ceux qui s’adaptent à l’accélération du changement pour non seulement survivre mais  en vivre.

Ce n’est ni juste, ni injuste car l’Histoire est a-morale, contrairement à ce qu’on veut parfois nous faire croire. C’est juste une évolution logique et inéluctable qui crée des crispations du côté de ceux qui refusent ce déplacement de pouvoir car ils se sentent menacés, à juste titre d’ailleurs.

Ainsi par exemple, Erwann Gaucher qui dénonce fort justement dans son article le mépris de certains médias traditionnels vis-à-vis de nouvelles pratiques du journalisme, en l’occurrence le “personal branding”.

Les changements technologiques importants dans l’Histoire sont toujours créateurs de déséquilibres et de bouleversements politico-économiques. La maîtrise du fer a favorisé les tribus sur celles qui pratiquaient le bronze, la technique militaire collective et soudée de la phalange grecque ou de la manipule romaine ont permis la domination de ces deux civilisations, les armes à feu ont permis l’unification du Japon par les clans Nobunaga et Tokugawa, ainsi que la domination coloniale…
Lire à ce sujet l’excellent Culture et carnage.

Aujourd’hui l’arme de domination sociale principale de nos sociétés modernes est l’information. Et à ce jeu là, les classes déjà dominantes, comme toujours, sont les mieux armées. Contrairement au discours technophile utopiste, nous assistons non pas à une démocratisation du pouvoir, mais à un déplacement entre groupes déjà favorisés. Aux lions la carcasse, à la masse des chacals alentour, peut-être quelques miettes du festin.

Crédit photo Flickr: zert., zerozz1080 , Dunechaser

Billet initialement publié sur Mediaculture

Laisser un commentaire

  • Merome le 5 septembre 2010 - 19:58 Signaler un abus - Permalink

    Je ne suis pas tout à fait d’accord. Vous semblez réduire l’intérêt d’internet au fait de faire du commerce.
    Il n’y a pas besoin d’être spécialiste pour être utilisateur de wikipédia ou simplement de google. Par conséquent, la multiplication des sources, la hiérarchisation de celles-ci sur des critères nouveaux (genre pageranking), permet l’émergence d’une information de meilleure qualité, qui profite à tous et qui élève le niveau de conscience général.

    J’en parlais justement ici récemment : http://merome.net/blog/index.php?post/2010/09/01/Relais

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • LA MACHINE A ECRIRE le 6 septembre 2010 - 0:19 Signaler un abus - Permalink

    Je suis entièrement d’accord avec votre analyse.

    J’ai d’ailleurs très récemment été dans le même sens dans une discussion sur un Hub du Réseau Social Viadéo ( http://www.viadeo.com/hub/affichefil/?hubId=0022cz2wudw5lri4&forumId=002b4g99k0hrj6t&threadId=002lkuznknhgxvj )

    C’est d’autant plus parlant avec les jeunes qui grandissent avec le net. Ils perçoivent le net comme un espace du “toujours plus” et “plus facilement” : ils sont pris au piège de la facilité d’accès à tout. Tout, tout le temps, et gratuit. Ils consomment de l’internet, comme s’il s’agissait d’une porte de frigo qu’on ouvre et derrière laquelle il y a toujours la réponse à la question. “C’est aussi simple que ça !” disent les publicités.

    Cette manière d’appréhender le savoir est terrible, car ils ne construisent pas un savoir, ils se contentent de trouver la réponse à une question donnée.. Bref, ils n’utilisent pas l’outil internet, ils consomment de l’internet.

    Et comme vous le signifier, certaines catégories sociales sauront préparer leurs enfants à maîtriser l’outil au mieux, ceux-là se construiront des connaissances plus vastes, plus facilement encore que par le passé.
    MERLIN

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • cyrille frank le 6 septembre 2010 - 19:11 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour Merome,

    Reprise de mon commentaire sur mon blog (mediaculture.fr):

    Non je ne réduis pas Internet au commerce, j’ai même développé un article entier sur l’extraordinaire développement des bases de connaissance (nouveaux médias : trop de mémoire ou pas assez ?)

    Ce que vous dites par rapport à la possibilité, à la facilité de l’usage fait précisément écho à mon propos. Comme c’est devenu facile, tout le monde doit le faire ? En réalité ceci est faux statistiquement. Pour prendre un autre exemple, depuis l’explosion des chaînes câblées et de la TNT, il n’y a jamais eu autant de chaînes culturelles disponibles.

    Pourtant est-ce que l’usage global des chaînes culturelles a augmenté ? Sans doute un peu, mais le gros de l’audience revient à RTL9, TMC, W9… et autre ersatz de TF1 et M6 : du divertissement plus ou moins abêtissant.

    Sans doute la facilité d’accès à l’information via Wikipedia ou Google ne peut pas nuire à la « conscience générale », mais c’est un leurre de croire que les technologies peuvent remplacer l’éducation.

    Si vous n’avez pas la curiosité, le goût de la connaissance vous ne lirez jamais un dico, même si on vous le donne. Cette curiosité s’apprend tout jeune ou via les rencontres de la vie… tout comme le goût du vin ou des légumes…

    Tout commence par l’éducation, même s’il n’y a aucun déterminisme et qu’il existe fort heureusement des exceptions.

    Mais je vous rejoins sur un point : si les technos ne sont pas suffisantes, en tout cas, elles ne peuvent pas faire de mal, si ce n’est que leur seule présence accroît les inégalités culturelles car les plus éduqués en profitent davantage. Mais cela est vrai de toute innovation.

    Enfin, c’est mon pt de vue en tout cas ;-)

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • cyrille frank le 6 septembre 2010 - 19:49 Signaler un abus - Permalink

    @ La machine à écrire aka Merlin :)

    Oui je partage votre préoccupation vis à vis des jeunes générations “ils ne construisent pas un savoir, ils se contentent de trouver la réponse à une question donnée”

    Encore faut-il distinguer, comme vous le faites, les jeunes de classe modeste ou moyenne de ceux appartenant aux classes les plus éduquées. Ce qui me fait peur c’est la rétrogradation sociale potentielle des classes moyennes liée à la société du divertissement surtout portée par la télévision (mais demain ce distingo tv-internet n’aura plus lieu d’être).

    Combien se servent principalement d’Internet comme d’un magnétoscope géant (catch-tv), combien y téléchargent ou regardent en streaming des films ou des séries, combien jouent à des petits jeux en ligne ? En nombre d’heures sur la totalité des usages ? Je serais curieux de connaître ce chiffre. Si l’on ajoute le temps consacré au shopping, que reste-t-il à la culture ? Peu de temps je le crains.

    Mais probablement ni plus ni moins que vis à vis d’autres médias. Le problème n’est pas le média qui n’est qu’un thermomètre. Le problème est le système éducatif et familial inégalitaire qui accroît les écarts très tôt. Mon propos est de dire que ce n’est pas l’outil (internet, la Tv ou autre chose) qui corrigera cela en dépit de toutes ses possibilités. A l’origine de la mobilité sociale, il y a la culture et l’éducation, mais c’est un autre débat…

    Merci de votre commentaire et de me lire :)

    C’est d’autant plus parlant avec les jeunes qui grandissent avec le net. Ils perçoivent le net comme un espace du “toujours plus” et “plus facilement” : ils sont pris au piège de la facilité d’accès à tout. Tout, tout le temps, et gratuit. Ils consomment de l’internet, comme s’il s’agissait d’une porte de frigo qu’on ouvre et derrière laquelle il y a toujours la réponse à la question. “C’est aussi simple que ça !” disent les publicités.

    Cette manière d’appréhender le savoir est terrible, car ils ne construisent pas un savoir, ils se contentent de trouver la réponse à une question donnée.. Bref, ils n’utilisent pas l’outil internet, ils consomment de l’internet.

    Et comme vous le signifier, certaines catégories sociales sauront préparer leurs enfants à maîtriser l’outil au mieux, ceux-là se construiront des connaissances plus vastes, plus facilement encore que par le passé.
    MERLIN

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • cecil le 6 septembre 2010 - 21:09 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour et merci pour cet excellent billet.

    Je vous invite à lire un ouvrage qui théorisait en 2000 tout ce dont vous parlez : les Netocrates d’Alexander Bard et Jan Soderqvist.

    Il s’agit d’un ouvrage passionnant qui développe un grand nombre des idées que vous proposez ici avec une grande clarté et de la pédagogie.

    Au sujet de la méritocratie et de cette très américaine (plutôt que de droite) tendance à laisser penser que tout est possible, j’aime beaucoup cette présentation de Alain de Botton à TED : a kinder philosophy of success.

    Enfin pour ce qui est de l’école comme outil d’exclusion culturel plutôt qu’inclusion, je vous invite à jeter un oeil à l’ouvrage de peter gumbel : on acheve bien les ecoliers.

    Bonne continuation, au plaisir de vous lire.

    Cecil.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • cyrille frank le 6 septembre 2010 - 21:59 Signaler un abus - Permalink

    @ Merci Cecil de vos compliments et vos excellentes sources que j’ai enregistrées consciencieusement

    Le “tout est possible” est spécifiquement américain c’est vrai, c’est même le mythe fondateur de cette nation que l’on retrouve très fréquemment dans les séries et films américains et raison pour laquelle Lance Armstrong est tellement adulé : il confirme ce mythe d’ordre presque religieux, lequel permet d’évacuer en partie les graves problèmes d’injustice sociale.

    Mais c’est aussi un discours classique de notre droite républicaine : la méritocratie est liée au libéralisme économique. Chaque individu porte en lui les possibilités d’y arriver par sa seule volonté, c’est pourquoi il faut libérer les entraves qui pèsent sur lui. Ainsi libèrera-t-on l’individu et l’on maximisera l’efficacité économique qui servira en retour la société et le maximum d’individus. CQFD (si je puis dire) :)

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • cecil le 7 septembre 2010 - 20:38 Signaler un abus - Permalink

    je pense surtout que la méritocratie est liée au protestantisme. dans les pays d’europe du nord c’est un peu la même chose.

    Reste cette question qu’y a-t-il comme alternative ? Personnellement je me réjouis de la fluidité qu’apporte internet dans un pays comme le nôtre qui subit une concentration des pouvoirs particulièrement prononcée …

    L’école qui est représentée comme méritocratique, ressemble bien plus à un outil permettant de perpétuer les classes existantes. Ainsi la nature du diplôme fournit finalement plus d’information sur le code postal de l’élève ou la profession de ses parents que sur ses réelles capacités. Si vous n’avez que ce “délit d’initié” à proposer en alternative, je préfère encore la méritocratie.

    ce qui me réjouit avec internet c’est que c’est un vecteur d’expression une classe silencieuse : la classe moyenne. Les informaticiens représentent très bien cette classe, méprisée par les intellectuels, qui profite à plein des nouveaux outils de communication. Il s’agit d’une opportunité inespérée d’accéder à l’élite. Larry Page et Serguei Bryn sont un splendide exemple.

    Pour conclure, je constate comme vous l’avènement d’une nouvelle méritocratie et d’une nouvelle classe numérique mais je ne m’en désole pas.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • cyrille frank le 7 septembre 2010 - 22:20 Signaler un abus - Permalink

    @Bonsoir Cecil,

    Je suis plutôt d’accord avec vous, disons que le protestantisme est encore plus méritocratique (ce qu’a très bien démontré Max Weber dans “L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme”) mais pas exclusivement. Ré-ecoutez les discours de Sarkozy, vous verrez que l’UMP français (plutôt catholique à l’instar des Français) s’y rattache complètement.

    “L’école qui est représentée comme méritocratique, ressemble bien plus à un outil permettant de perpétuer les classes existantes.” > Oui totalement d’accord, mon idée est de changer les choses à la base, au niveau de l’école en effet.

    Mmm, je ne suis pas sûr qu’Internet favorise l’ascension des classes moyennes comme vous dites. Je crains que les nouvelles technos ne favorisent les professions lettrées des classes moyennes, les enfants de prof, de chercheurs, d’informaticiens peut-être, de gens ayant fait des études supérieures, même si économiquement reliés à la classe moyenne. Ce qui est très différent.

    Les enfants d’employés, administratifs, vendeurs, artisans, agriculteurs (je ne parle évidemment pas des ouvriers)… sont beaucoup plus démunis face à l’information et je prédis pour eux un déclassement futur face aux premiers évoqués, et encore plus vis à vis des fils de cadres et de “professions supérieures” comme on dit en statistique.

    “Une opportunité inespérée d’accéder à l’élite” ? Malheureusement ces exemples ne sont pas représentatifs sur le plan statistique, ce sont plutôt des exceptions de mobilité sociale de la classe moyenne, plus fréquents sans doute cependant dans le secteur technologique, compte tenu de l’accélération actuelle.

    Je ne me désole que d’une chose : la reproduction des inégalités sociales à travers les nouvelles technologies. Je ne crois pas du tout comme vous qu’elle soient un moyen d’ascension des classes moyennes, mais plutôt un vecteur d’accroissement des inégalités,sauf exceptions que j’ai citées.

    Je vous invite à regarder les chiffres sur l’excellent site http://ww.inegalites.fr

    Ex : http://www.inegalites.fr/spip.php?page=sous_rub_complete&id_groupe=14&id_mot=100

    Mais sur l’influence des technos et des inégalités nous manquons encore de recul, je ne fais que des hypothèses…

    Merci de vos commentaires :)

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • LA MACHINE A ECRIRE le 8 septembre 2010 - 0:04 Signaler un abus - Permalink

    @ cecil : “L’école qui est représentée comme méritocratique, ressemble bien plus à un outil permettant de perpétuer les classes existantes.”

    Cette sentence fait évidemment toujours son effet, elle résonne bien, parait irréfutable, mais elle me semble en réalité erronée. Je suis né en banlieue nord (Bondy), j’ai grandi des les cités des Ulis, et j’ai d’ailleurs échoué totalement scolairement (redoublement dès le CP) en partie par une sorte de honte sociale face à l’apprentissage, à la méthodologie qu’exigeait l’école. Il n’empêche au début 70, une certaine mixité sociale existait aux Ulis, il y avait beaucoup d’immigrés, de provinciaux “expatriés”, de petits fonctionnaires d’EDF, de la Poste, mais aussi des ingénieurs qui bossaient à Orsay, etc. Cette mixité m’a permis de comprendre qu’il fallait absolument quitter la “sécurité” de la cité pour aller voir Paris.

    Seul la confrontation face aux profs le permet. Internet est une promesse à l’américaine : avec internet, c’est le monde qui s’offre à toi, gratuitement, tout le temps. Mais plus que le savoir, c’est la facilité qu’internet “vend/promet”, la facilité d’usage et la jouissance. Et cette facilité là laisse fort peu de place au goût de l’effort d’apprendre, à la confrontation avec ce qui n’est pas proche de nous à priori. Platon, le romantisme du XIXe, j’en suis convaincu, ne font pas recette sur le net !

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • cyrille frank le 8 septembre 2010 - 9:10 Signaler un abus - Permalink

    @ LA MACHINE A ECRIRE Je suis à la fois totalement d’accord avec ce que vous dites et en même temps je constate, chiffres à l’appui, l’échec de l’école à gommer les inégalités (plus qu’à les fabriquer, ce qui est une formule excessive)

    Je crois comme vous, plus que tout, aux vertus de l’éducation et sans qu’il n’ait de fatalité, la réalité s’impose : sans les savoirs et méthodes apprises dans l’institution scolaire en général, les individus sont beaucoup moins bien armés professionnellement. Il existe fort heureusement des exceptions et il y a d’impressionnants autodidactes. Mais ce n’est pas la règle, loin s’en faut…

    Je partage votre crainte également vis à vis de notre société qui refuse de plus en plus l’effort et se love dans un assoupissant et rassurant divertissement.

    Internet reste néanmoins le plus extraordinaire outil de connaissance que j’ai vu et de très loin. La question est effectivement que ceux qui peuvent en profiter sont les plus éduqués. cela ne signifie pas qu’il faille jeter Internet aux ordures, naturellement ! Cela veut dire qu’il faut tâcher de résorber les inégalités à l’école, en particulier en primaire où beaucoup se joue déjà, comme pour vous… Ce débat sera, je l’espère au coeur de la présidentielle qui s’amorce : http://lci.tf1.fr/politique/2010-09/education-le-ps-va-t-il-oser-6059818.html

    Merci de me lire et de vos commentaires très intéressants :)

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • LA MACHINE A ECRIRE le 8 septembre 2010 - 9:38 Signaler un abus - Permalink

    @ cyrille franck : je crois que nous sommes d’accord. Je ne dis pas que l’école telle qu’elle est, fonctionne bien et remplit son rôle. L’institution doit évoluer et internet est sans aucun doute une ouverture extraordinaire pour en dépoussiérer certains archaïsmes, bousculer les habitudes d’apprentissage.

    Mais c’est un outil qui doit être encadré, hors je crains que l’outil ne se substitue, parce que c’est plus facile (toujours la facilité !), aux maîtres.

    Internet (Google et Wikipédia) est plus fort que l’enseignant dans sa capacité à régurgiter du savoir structuré, mis en page (avec des photos s’il vous plaît et aucune faute d’orthographe !).

    L’élève, lorsqu’il fera ce constat, délaissera (il le fait déjà d’ailleurs) totalement l’enseignant. L’élève oublie simplement (ou ne veut pas voir) que Google ne contextualise pas, qu’il ne met pas en perspective le savoir. Google ne vient pas corriger l’élève lorsqu’il s’égare sur le chemin…

    Bref internet est un outil fabuleux pour accéder à la connaissance. Mais c’est un outil.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • cecil le 8 septembre 2010 - 12:36 Signaler un abus - Permalink

    Cyrille, je partage en partie votre observation sur la perpetuation des classes dans le monde connecté. danah boyd a ecrit quelques essais passionants à ce sujet.

    Reste que les informaticiens ont une manière de contribuer au monde connecté et d’y construire une réputation grâce non pas à leur contribution à la discussion ou aux réflexions mais à leur contribution au système lui-même à travers le développement open-source.

    Mark Prensky (l’auteur de l’expression Digital Natives) prétend ainsi que la programmation informatique est une nouvelle alphabétisation.

    Grâce à cette possibilité un grand nombre d’informaticiens, plutôt réservé et démocratiquement silencieux ont un terrain d’expression et de reconnaissance considérable qu’ils n’avaient pas avant. J’ai de nombreux collègues (je suis informaticien) auto-didactes qui ont ainsi développés des compétences avec une reconnaissance avérée dans certain domaines ou ils ont en quelques sortes rejoint l’élite.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • cyrille frank le 9 septembre 2010 - 15:26 Signaler un abus - Permalink

    @LA MACHINE A ECRIRE nous sommes totalement en phase cette fois :) même si je serais un peu moins dur que vous avec Wikipedia…

    @Cecil Point de vue intéressant ! Que certains informaticiens aient trouvé en les nouvelles technologies de l’info un moyen d’ascension sociale et symbolique me semble coincider avec mon expérience personnelle (j’ai travaillé avec de nombreux “techos” dans ma carrière), mais ce n’est qu’une exception selon moi. Ceci dit, ce serait une étude intéressante à faire : “usages et perception culturelles en milieu informatique”

    Attention toutefois aux tropismes : généraliser à partir de son expérience et goûts personnels :)C’est comme ça qu’on se retrouve avec des navigations “révolutionnaires” que la masse n’utilise pas et ne comprend pas (cf nuages de tags, flux RSS)

    Merci en tt cas de vos commentaires riches !

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • clamshell packaging le 11 novembre 2011 - 1:18 Signaler un abus - Permalink

    More people need to read this and understand this aspect of the story. I cant believe you’re not more popular.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
1 ping

Derniers articles publiés