L’organisation pirate: la forme et le fond

Le 3 janvier 2011

Pour aller au bout de leur démarche, les auteurs de "L’organisation pirate, essai sur l’évolution du capitalisme" ont demandé au groupe de math rock Chevreuil de composer un morceau, publié en CC.

Qu’un essai s’accompagne d’une œuvre artistique faisant écho à la réflexion qu’il offre à lire est rare (si vous avez des exemples de précédent, on prend en commentaire :). L’initiative surprend d’autant plus si l’on sait que les personnes qui en sont à l’origine travaillent entre autres à HEC. Alors si vous rajoutez une touche de rock… Rodolphe Durand et Jean-Philippe Vergne ont écrit L’organisation pirate, essai sur l’évolution du capitalisme, où ils analysent l’histoire de la piraterie à l’aune de celle du capitalisme. Un ouvrage où il est fortement question de remise en question de la notion de droit de propriété. “Nous trouvions bizarre d’écrire le livre, puis de toucher des droits d’auteur, nous voulions une cohérence entre la forme et le fond”, explique Jean-Philippe Vergne. Amateurs de musique, les deux auteurs ont donc demandé au groupe de math rock français Chevreuil de composer un morceau.

Chevreuil – L’Organisation Pirate


“Ce groupe, que nous apprécions depuis plusieurs années, a dans sa musique une manière de composer qui nous rappelait la structure de notre argumentation
, détaille Jean-Philippe. Nous essayons de développer une perspective évolutionniste pour évoquer le développement du capitalisme. Dans toute théorie évolutionniste, il y a deux éléments importants : une source de variations, et une source de sélection. Chevreuil est un groupe qui fait des morceaux instrumentaux, assez longs, ils ne sont pas du tout cycliques, contrairement aux compositions de pop rock classique, avec un couplet un refrain. Ils sont plutôt linéaires et évoluent de façon imprévisible, leurs morceaux sont ponctués par des crises. Le guitariste travaille à partir de différentes boucles, qu’il va superposer, ils ont quatre amplis sur scène, il va mettre simultanément plusieurs loops les uns sur les autres à la guitare, certaines variations vont être sélectionnées, d’autres disparaissent. Le batteur fait un travail similaire.

Notre idée aussi, c’était de décloisonner le monde des sciences sociales, nous avions envie de nous ouvrir à un autre public et nous nous sommes dit qu’il pouvait y avoir une grande proximité d’intérêt entre un public académique et un public culturel. C’est une ouverture dans les deux sens.”

Contacté par Jean-Philippe, Tony Chauvin, le guitariste, a été enthousiasmé par la démarche, il en a parlé à son acolyte batteur Julien Fernandez, tout aussi séduit. Concrètement, les musiciens ont travaillé de façon autonome. S’ils ont bien reçu les épreuves du livre au fur et à mesure, le but de toute façon n’était pas d’illustrer le sujet, pour cela, on ira écouter la BO de Pirates des Caraïbes : “Nous n’avons pas essayé de parler de leur travail à travers la musique, explique Tony, la démarche en elle-même en parle : composer et publier en CC, à partir d’un ouvrage.” Le résultat, une plage de plus de 7 minutes, a été publié au même moment que le livre.

Et maintenant, remixez !

Libre maintenant à chacun de remixer le morceau : “Que les gens se l’approprient, le détournent, si un remix a plus de succès, c’est bien, il faut que la diffusion soit autonome”, complète l’artiste. À ce jour, on compte trois remixes, dont, c’est étonnant, un “WikiLeax Remix”. Autre originalité, le mode de financement : livre et musique sont conçus comme une coproduction, la production et l’enregistrement du morceau étant financés par les droits d’auteurs issus des ventes de l’ouvrage

Pour adhérer à un tel projet, il faut aller plus loin que le bout du nez de la Hadopi, on s’en doute : “Nous sommes dans une période de mutation, je n’ai pas de réponse toute faite, estime Tony. Téléchargeons et on verra ! Je veux bien être téléchargé illégalement, au moins cela me procurent des concerts. Hadopi ? Je ne comprends pas grand’ chose à cette loi, c’est une question de gros sous, pour protéger toujours les mêmes, les petits labels, ils n’en n’ont rien à cirer.”

Les pirates des mers ont fait évoluer les normes dans le bon sens, évoque l’ouvrage. En sera-t-il de même pour le domaine de la culture en début de XXIe ?

L’organisation pirate, essai sur l’évolution du capitalisme, Rodolphe Durand et Jean-Philippe Vergne, Le bord de l’eau éditions, 16 euros

http://www.organisationpirate.com/

Pour voir des vidéos de Chevreuil en live ; Chevreuil nous a demandé de transmettre la demande suivante : si leur composition vous a plu, faites un don à Universal Music : “Il nous semble raisonnable et cela nous tient de plus particulièrement à coeur de reverser tout éventuel bénéfice à “Universal Music”.

> Pour envoyer votre remix : organisationpirate@gmail.com

Photo © Tony Chauvin & Chevreuil 2010

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  • bituur esztreym le 3 janvier 2011 - 10:17 Signaler un abus - Permalink

    le morceau est assez cool.

    je voudrais soulever un point crucial :

    “la démarche en elle-même en parle : composer en CC, à partir d’un ouvrage.”
    je ne peux m’empêcher de relever le côté savoureux de sociétaires de la Sacem “composant en CC” (gné? on publie sous CC, on ne “compose pas en CC”) un morceau pour illustrer/accompagner un livre sur la piraterie.

    “sociétaires de la SACEM” : à moins qu’ils n’aient démissionné, mais leurs noms et oeuvres apparaissent au catalogue de la société ; en l’état actuel, il ne leur est pas loisible de publier en CC : ils ont fait apport de tous leurs droits à la Sacem.

    donc en malmenant un peu les concepts et s’exprimant trop vite, mais allons-y pour le fun, ils “s’autopiratent”, et – sur ce morceau, non seulement “veu[lent] bien être téléchargé illégalement” selon leurs propres termes, mais incitent illégitimement à les télécharger illégalement, puisque les droits qu’ils accordent (copier partager remixer redistribuer non commercialement et en redonnant mêmes libertés, dans le cas d’une CC by-nc-sa – comme précisé sur le site du livre, mais pas ici), ils se sont ôtés eux-mêmes la latitude de les accorder…

    comme quoi c’est compliqué, hein ?

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  • Sabine Blanc le 3 janvier 2011 - 11:00 Signaler un abus - Permalink

    @bituur esztreym : effectivement ““composant en CC” était un raccourci oral, corrigé.

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  • Romain le 3 janvier 2011 - 14:09 Signaler un abus - Permalink

    Il est ceci dit très bizarre que l’ouvrage ne soit pas lui-même en CC…

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