Tunisie: ce qui se passe est historique

Le 6 janvier 2011

D'origine tunisienne, "l'Arabe" nous livre une synthèse des récents événements survenus dans cet État d'Afrique du Nord. Ne vous fiez pas à la maigre couverture médiatique en France : la révolte actuelle est inédite depuis vingt ans pour lui.

Si vous ne lisez pas trop la presse, si votre seul mode d’information est le journal de 20 heures ou les flashs radio du matin, vous ne saurez probablement pas de quoi je parle quand je dis : « Ce qui s’est passé à Sidi Bouzid, c’est important. ». Et je ne pourrai pas vous en vouloir, parce que personne ne vous parle de ce qui est sûrement l’événement le plus important de ces vingt dernières années dans le bassin méditerranéen.

Depuis maintenant trois semaines et l’immolation par le feu d’un jeune vendeur à la sauvette [en], Mohamed Bouazizi, à qui la police avait confisqué ses produits, la révolte gronde en Tunisie. Partie de Sidi Bouzid, ville sans histoire du centre du pays, plus connue pour son taux de chômage spectaculaire que pour quoi que ce soit d’autre, les manifestations et rassemblements de foules commencent à gagner la destination de plage préférée des Français, dans son ensemble, jetant les bases d’une révolte qui, si elle arrive à toucher toute la population tunisienne, pourrait changer la face d’une nation qui ne vit qu’à moitié depuis vingt-trois ans. Depuis l’accession au pouvoir de son président, Ben Ali, et de ses multiples « réélections ».

La Tunisie, à part Djerba, Nabeul, Hammamet, le club Mickey où beaucoup d’entre vous ont passé un été ou deux, c’est aussi une économie « florissante », basée sur une classe moyenne assez importante et alimentée par une surconsommation générale. Quand on se balade dans les rues de Tunis, sur les bords de mer de Sousse ou dans la zone commerciale du Lac Palace, sur la route de la Marsa ou de Sidi Bou Saïd, il est difficile de réaliser que le fruit est pourri de l’intérieur. C’est parce que les Tunisiens font de leur mieux, depuis des années, pour garder la face. Derrière ces sourires, cette hospitalité, et cette joie de vivre communicative, la réalité est tout autre. Dans un pays qui compte autant de policiers que la France pour une population six fois moins importante (sic), un droit basique, la liberté d’expression, est bafoué chaque jour. Les événements qui secouent la Tunisie depuis trois semaines en sont un exemple criant.

La fortune de quelques-uns fait le malheur de tout le reste d’une population

La révolte qui s’organise (et que certains comparent déjà à celle qui, en Roumanie, a mis à terre le régime Ceaucescu, [en]) est le fruit d’une politique d’abandon d’une grande partie du pays par un gouvernement qui veut avant tout contrôler son image et ses relations extérieures. Là ou le littoral et le tourisme sont fortement subventionnés, vitrines qu’ils sont du boom économique et social tunisien, le reste du pays est laissé à l’abandon. Comme dans beaucoup de républiques bananières d’Afrique, la fortune de quelques-uns fait le malheur de tout le reste d’une population. Sauf qu’ici, les grands groupes industriels et commerciaux sont presque tous trustés par l’entourage, la famille et les proches du président Zine El Abidine Ben Ali.

C’est cette situation, un taux de chômage chez les jeunes diplômés impressionnant, et un bâillon perpétuel posé sur toute voix tentant de s’élever contre le régime en place, qui ont créé la poudrière à laquelle le suicide de Mohamed Bouazizi vient de mettre feu. Ce qui est en train de se passer est historique parce que, pour la première fois, les Tunisiens se soulèvent pour un ras-le-bol général. Ce qui est en train de se passer est historique parce que, pour la première fois aussi, le gouvernement semble dépassé. S’appuyant sur la répression, comme à son habitude, le premier réflexe de Ben Ali a été de faire de cette révolte un événement invisible, instrumentalisé par les « ennemis de la Tunisie ». Pas de média nationaux pour couvrir les évènements, pas, ou peu de médias internationaux, où, comme à leur habitude en Tunisie, intimidés ou étroitement surveillés. Contrairement à l’Iran l’année dernière, il semblerait que la chanson de Gil Scott Heron se retrouve ici confirmée. This revolution will not be televised. [vidéo]

Les informations, elles, arrivent par Internet. Par les comptes Twitter et surtout Facebook de milliers de Tunisiens qui partagent, sans relâche, des vidéos des manifestations, des rassemblements et de la répression. Là encore, le gouvernement tente d’endiguer le flot d’images pour ne pas écorner la sienne. Que ce soit par des articles sur des médias contrôlés « commentés » par des faux intervenants, ou par un blocage pur et simple des accès internet de la population depuis quelques jours, ou pire, l’accès forcé aux boîtes mails et aux comptes Facebook de centaines d’activistes et d’opposants au régime, la chape de plomb que l’on tente de poser sur ces mouvements populaires est pesante. Anonymous, rassemblement d’« hacktivistes » bien connus pour leur attaque ayant mis hors-service Amazon.com et Paypal.com, punis pour avoir censuré et empêché les paiements destinés à Wikileaks en décembre dernier, ont maintenant tourné leur force de frappe vers les organes de censure d’Internet tunisiens.

Le silence de la communauté internationale et des médias

Tout cela se passe à deux heures d’avion de Paris, dans un pays où vous aviez déjà peut-être prévu de passer vos prochaines vacances. Dans un pays où la communauté internationale laisse une classe dirigeante corrompue et avide de gain personnel faire sa loi et renier à sa population ses droits les plus basiques, parce que la petite Tunisie est une amie de longue date. Un pays où mes parents sont nés et où, même si je suis aujourd’hui français, mes racines courent encore profond. Le fait même que je sois parcouru d’une angoisse palpable en appuyant sur le bouton « publier » du blog en dit long sur les méthodes et la situation en Tunisie. La peur des représailles pour dire ce que l’on pense dépasse les frontières. Même dans ce confortable salon du 9ème arrondissement.

Ce qui importe plus que tout aujourd’hui, c’est que cette révolte à huis-clos ne le soit plus. Que les efforts et les cris des Tunisiens se fassent entendre pour que, lorsque la répression dure arrivera (et elle arrivera), Ben Ali et ses méthodes ne puissent laisser libre cours à leur violence à l’abri des regards indiscrets. Que le poids du regard du reste du monde pèse sur les épaules du gouvernement et donne des ailes aux opposants. Ce qui importe plus que tout aujourd’hui, c’est de prendre tout cela au sérieux, parce qu’il en va de la survie d’un pays, d’une nation, de sa population.

Nous sommes en train de vivre un moment historique, et il me parait impensable que les principaux médias français ne s’en fassent pas l’écho. Il me paraît inimaginable que France 2, TF1 ou M6 ne soient pas en alerte permanente pour des événements qui secouent un pays qui a donné à la France une partie non négligeable de sa population. Un peuple entier est en train de se libérer. De se lever et de reprendre le contrôle de sa destinée. Un peuple qui en est là aujourd’hui parce que la France coloniale s’est mise sur son chemin, il y a de cela un siècle.

Et il faudrait faire comme si de rien n’était ?

Pour information, donc, vous trouverez ci-dessous toute une série d’article exposant au mieux la situation en Tunisie (Merci NaddO_). Informez-vous. Soyez au courant, ne restez pas insensibles :
How a man setting fire to himself sparked an uprising in Tunisia, The Guardian
This week in the Middle East, The Guardian
Tunisia’s inspiring rebellion, The Guardian
TUNISIA: Dependence on Europe fuels unemployment crisis and protests, LA Times
La jeunesse défie le président Zine el-Abidine Ben Ali, France 24
Sidi Bouzid trouve des soutiens jusqu’à Tunis, Jeune Afrique
Des manifestations contre le chômage secouent la Tunisie, L’Express
Tunisie : la crise sociale qui s’étend est le revers de la bonne santé économique, Le Monde
« Les Tunisiens, fatigués d’un pays tenu par quelques familles », Rue 89
Tunisia uprising vs Iran election aftermath. Similarities and differences, par Octavia Nasr, éditorialiste libanaise

Billet initialement publié sur C’est La Gêne sous le titre “Fini les conneries”
Images CC Flickr ruminatrix et solidstate_

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  • francette le 6 janvier 2011 - 17:34 Signaler un abus - Permalink

    J’ai découvert ce merveilleux pays et quelques uns de ses habitants en septembre 2010. (bien sûr côté touriste). Mais j’ai cru sentir ce que vous expliquez sur le fond. J’espère que nos médias en France sauront traiter en profondeur et en toute transparence ce qui se passe actuellement. Je reprends votre article sur mon face-book si vous le permettez.
    Cordialement

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  • marmoude le 6 janvier 2011 - 18:16 Signaler un abus - Permalink

    Bon billet mais la dernière phrase est trop forte de café.

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  • L'Arabe de C'est La Gêne le 6 janvier 2011 - 18:19 Signaler un abus - Permalink

    @marmoude: Pourquoi donc?

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  • francette le 6 janvier 2011 - 21:43 Signaler un abus - Permalink

    La dernière phrase ne me gêne pas : je pense que toute intervention d’un pays, d’une puissance sur un autre pays en modifie le développement, l’évolution, la culture qui étaient en cours dans ce pays. Je me suis souvent posée cette question concernant l’Algérie : que serait-elle maintenant si nous ne l’avions pas transformée en département français ?. Et regarder l’Irak d’aujourd’hui et imaginons celle de demain !
    Cela ne signifie pas non plus qu’un pays sans intervention coloniale n’est pas capable par lui-même de s’enfoncer dans la dictature par exemple. Voir l’Egypte qui s’était “bien sortie” des dominations étrangères et maintenant…..

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  • francette le 6 janvier 2011 - 21:55 Signaler un abus - Permalink

    @LARABE
    Rectification (car je vous vois froncer les sourcils).
    Lorsque je dis “la dernière phrase ne me gêne pas”, c’est par rapport au commentaire de Marmoude ; et non par rapport à l’iniquité de toute colonisation qui pourtant a été pratiquée (et l’est toujours) par la plupart des pays dans le monde.

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  • Jody le 6 janvier 2011 - 22:24 Signaler un abus - Permalink

    Voici les infos sur l’actualité de la tunisie.

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  • L'Arabe de C'est La Gêne le 7 janvier 2011 - 10:21 Signaler un abus - Permalink

    @Marmoude @Francette: Je pensais que vous parliez de la toute dernière phrase “Et il faudrait faire comme si de rien n’était ?”, et ne voyais pas le problème. Pour ce qui est de la colonisation (ou plutôt de l’ingérence française), je ne lui met bien entendu pas tout le poids de la faute dessus, mais il est indéniable que l’expérience du protectorat français à eu ses conséquences sur la situation politique Tunisienne depuis 40 ans, qui est, elle, la source du mouvement d’aujourd’hui.

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  • Mourad le 7 janvier 2011 - 11:21 Signaler un abus - Permalink

    Le chômage touche tout le monde.

    Plutôt que de critiquer le pays il faut au contraire le féliciter et l’encourager pour ses initiatives telles que la construction de plusieurs universités et le soutien à la poursuite des études supérieures ; ou encore le courage de nos politiques qui, lors des anciennes manifestations contre le chômage, ont appelé à la construction de plus d’écoles d’ingénieurs… En Tunisie presque chaque village a une Université : le pays a passé de 12 000 étudiants a 350 000 etudiants dont 60 % des filles.

    La Tunisie est devenu le pays d’1 million d’ingénieurs. Nos jeunes ingénieurs construisent aujourd’hui des Avions AIRBUS alors qu’avant ils ne faisaient que fabriquer des vêtements et des slips !!!.
    Je suis fier de lire dans la presse mondial sur les compétences tunisiennes qui travaillent dans les grands groupes (en Europe, USA…), dans les grandes universités, la Nasa…

    Scientifiquement, économiquement et technologiquement, la Tunisie est classé le 1er pays d’Afrique et du Monde arabe.

    D’après l’ONU, la Tunisie (sans ressources naturelles) est classée 1er pays arabe et 16 pays mondial !! en investissement dans le système d’éducation

    La Tunisie préfère avoir des chômeurs diplômés que des chômeurs incultes. Les autres pays préfèrent eux fermer les universités et réduire les taux de réussite au bac.

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  • marmoude le 7 janvier 2011 - 11:34 Signaler un abus - Permalink

    Vous dites que les problèmes actuels de la Tunisie sont dûs à l’ingérence française conséquence de l’occupation du pays par la France au siècle dernier.
    Je vous concède que les liens entre ces deux pays notamment aux niveaux diplomatique et politique sont étroits.
    Cependant depuis l’indépendance, la Tunisie a largement reprit son destin en main et ne laisse pas plus la France qu’un autre pays lui dicter sa propre politique, ceci est d’ailleurs une bonne chose.
    Accuser un pays étranger (la France) d’être responsable des maux de la Tunisie aussi gravent soient-ils : État dictatorial, absence d’ouverture et de contestation, censure, corruption généralisé, économie fragile, tensions sociales …. est à mon avis complètement fallacieux.
    Autant que je ne sache, la France n’est pas responsable de la prise du pouvoir par Ben Ali ?
    Quoi qu’il en soit la démocratie reste un processus long et douloureux à établir par lequel il faut nécessairement passer par des révoltes.

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  • L'Arabe de C'est La Gêne le 7 janvier 2011 - 12:07 Signaler un abus - Permalink

    @ Mourad: Ah, la propagande gouvernementale envoie des gens commenter sur owni maintenant? C’est intéressant.

    @Marmoude: Je parle plutôt du fait que la France fait l’aveugle quant aux problèmes de liberté d’expression et corruption de son amie la Tunisie et que, même si la France n’a rien à voir avec l’accession de Ben Ali au pouvoir (encore que, si ça dérangeait le gouvernement français, celui-ci aurait au moins pris position), la colonialisation a sans aucun doute pavé la voie au “Zine”.

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  • francette le 8 janvier 2011 - 10:55 Signaler un abus - Permalink

    @LARABE
    Que pensez-vous de ce raisonnement d’un tunisien :
    (partie des commentaires sur Médiapart)

    reste un point noir, les libertés politiques, qui n’est pas lié aux dirigeants mais au peuple lui même, qui n’a aucune culture démocratique et qui a besoin d’un pouvoir fort pour maintenir une cohésion et une discipline indispensables. La démocratie s’installera doucement mais surement avec l’évolution des mentalités, la disparition progressive du modèle familial patriarcal (le père ne peut être critiqué ou remis en cause, de même que tout autre représentant de l’autorité comme le patron, le ministre, le président ou même la religion). La situation politique actuelle doit être vue comme une étape incontournable entre la Tunisie d’hier, majoritairement analphabète et soumise et celle de demain, plus éduquée et démocratique.

    Ce que nous voulons, nous tunisiens, c’est la paix civile et la prospérité économique par dessus tout. Certes, tout n’est pas parfait notamment sur le plan politique, mais nous mesurons le chemin parcouru depuis l’indépendance (sous deux régimes dictatoriaux), et surtout nous nous estimons heureux en voyant que la Tunisie a des indicateurs meilleurs que tous ses voisins maghrébin (éducation, santé, inégalités, sécurité…).

    Tous les pays du monde ont connu des systèmes autoritaires et dictatoriaux. certains en sont sortis et sont devenus démocratiques (notamment l’Europe) car ils ont évolué sociologiquement, avec la disparition de l’analphabétisme, l’amélioration du statut de la femme, la prospérité économique etc….

    Ce mécanisme a mis deux siècles à se mettre en place en Europe. il est actuellement en cours dans les pays arabes, qui n’ont commencé à évoluer sociologiquement qu’après leurs indépendances (1950 en moyenne). C’est dans cet esprit que je dis que les tunisiens ont le régime politique qui aujourd’hui les reflète le mieux. Il ne s’agit en aucune façon d’une fatalité ou d’une faute mais simplement d’une situation transitoire qui, je le répète, ne sera plus acceptée dans quelques générations

    Ce n’est pas tout à fait l’islam qui est en cause mais le modèle familial patriarcal qui est effectivement présent dans tous les pays arabes (aussi bien dans les population musulmanes que chrétiennes), en Iran et majoritaire en Turquie. Il est absent des autres grands pays musulman asiatiques ou d’Afrique noire.

    Ce modèle patriarcal empêche de critiquer le père et par extension toutes les autres formes d’autorité. Il explique la passivité des populations face à des pouvoirs autoritaires et corrompus.

    Toutefois, et c’est là une lueur d’espoir, ce modèle est en train de disparaître avec l’évolution très rapide des structures familiales, qui diminue fortement l’autorité du père au profit de celle de la mère. Bientôt, cela entraînera l’apparition d’un esprit critique collectif qui permettra de lever le tabou du dirigeant incritiquable.

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  • Jez le 11 janvier 2011 - 9:57 Signaler un abus - Permalink

    Merci de votre témoinage.

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  • Asma le 11 janvier 2011 - 12:04 Signaler un abus - Permalink

    Oui, M. Le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire… Le Président ben Ali est “souvent mal jugé”, …et avait “fait beaucoup de choses”.

    Malgré les manifestations contre le chômage….le Président Ben ali a décidé de maintenir – avec courage- le cap de construction de plus d’universités et d’écoles… La Tunisie de Ben Ali préfère avoir des chômeurs diplômés que des chômeurs incultes…. D’autres pays préfèrent ont préféré, pour lutter contre le chômage, de fermer les universités et réduire les taux de réussite au bac.

    NB : D’après l’ONU, la Tunisie (sans ressources naturelles) est classée 1er pays arabe et 16 pays mondial !! en investissement dans le système d’éducation.

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