La performance du FN piège les partis républicains

Le 21 mars 2011

Que retenir du premier tour des élections cantonales? Si la forte abstention rend difficile les conclusions définitives, une chose reste certaine: le bon score du FN place les républicains dans l'embarras.

Les absents ont toujours tort. La règle vaut aussi en matière électorale. Une majorité de Français appelés dimanche aux urnes pour le premier tour des cantonales a manqué à l’appel. Le taux d’abstention, de 55,6%, a battu tous les records pour ce type de scrutin. Mais saluons aussi le civisme de la petite moitié du corps électoral qui a participé à une compétition négligée par la plupart des médias et privée d’enjeux palpables…

Plutôt que de faire parler des abstentionnistes dont le message est, par définition, assez confus, écoutons donc ces courageux électeurs. Leur vote exprime l’état d’esprit de la partie politiquement la plus mobilisée de la population. Une indication qui n’est pas négligeable à un an de l’élection présidentielle de 2012 où le camp le plus vaillant disposera d’un avantage décisif.

Effondrement de l’UMP

L’identité du principal perdant de ce premier tour ne fait aucun doute. Tout l’art des additions du ministre de l’Intérieur n’y changera rien : le parti présidentiel essuie un échec humiliant. Avec 17,1% des suffrages exprimés, les candidats de l’UMP enregistrent un résultat exceptionnellement faible pour un parti au pouvoir. La chute est d’environ quatre points par rapport au premier tour des cantonales de 20041 . L’électorat populaire l’a quitté. Au total, la droite modérée doit se contenter de 31,9% des voix, ce qui n’a rien de glorieux et augure mal, pour elle, des prochaines échéances.

Le froid verdict des chiffres est également sévère pour le Modem qui ne recueille que 1,2% des suffrages, soit une baisse de trois points par rapport au score de l’UDF d’il y a sept ans. Dans un contexte de très vive hostilité à l’encontre du pouvoir, le résultat du principal parti d’opposition n’est pas non plus très glorieux. Avec 25% des voix, le PS ne retrouve pas, à un point près, son résultat de 2004. La performance n’est pas fameuse pour ce parti d’élus généralement à l’aise dans les élections locales. Mais le Front de gauche s’en tire un peu mieux avec 9% des voix (plus un point).

Les socialistes ont vraisemblablement subi la concurrence de candidats écologistes à l’offensive. Rassemblant 8,3% des suffrages exprimés, ceux-ci progressent de quatre points au regard du scrutin de référence. Mathématiquement, ce sont les écologistes – qui ont pu être portés par le contexte du drame nucléaire japonais – qui apparaissent comme les premiers vainqueurs de ce scrutin. Politiquement, c’est autre chose. Le Front national ne gagne, lui, que trois points mais son score national de 15,2% représente un succès qui ne doit pas être sous-estimé. Soulignons que ce progrès est mesuré par rapport à sa performance aux cantonales de 2004, lorsque le FN était porté par son succès du 21 avril 2002. Aux cantonales de 2008, ce parti n’avait recueilli que 4,8% des voix. C’est dire si le redressement est vigoureux.

Un Front nationalisé

Parti encore mal organisé, le FN n’était présent dimanche que dans 71% des cantons. Son score national est énorme pour une formation totalement dénuée d’implantation cantonale. L’extrême droite ne dispose d’aucun conseiller général sortant. Là où il participait à la compétition, son pourcentage est d’environ 20% des suffrages exprimés. Cela ne signifie pas que son audience nationale est d’un tel niveau dans la mesure c’est généralement dans ses zones de faiblesse que le FN n’avait pas réussi à présenter de candidat.

Ses résultats n’en sont pas moins impressionnants dans des régions qui étaient autrefois des terres de mission pour l’extrême droite. C’est le principal enseignement du scrutin de dimanche. Le vote frontiste s’est désormais largement nationalisé, avec des avancées notables dans une France rurale qui a cessé d’être paysanne pour héberger une large fraction des classes populaires2 .

Les départements traditionnellement modérés et conservateurs de l’Ouest, naguère rétifs aux séductions lepénistes, accordent ici ou là de beaux résultats au FN. Dans le canton rural d’Allonnes, en Maine-et-Loire, son candidat obtient ainsi 22,7% des voix. Citons encore le canton de Château-la-Vallière en Indre-et-Loire (21,1%) ou celui de Sainte-Mère-l’Eglise dans la Manche (22,3%). En Ile-et-Vilaine, ce parti n’était présent que dans un quart des cantons. Mais dans deux cas sur six, il a réussi à être qualifié pour le second tour.

Le FN retrouve encore des couleurs dans ses bastions un moments perdus. A Vitrolles (Bouches-du-Rhône), son candidat est en ballottage contre celui du PS avec 28,2% des voix. Il est en tête à Nice 10 (Alpes-Maritimes) avec 33,7%. Même position à Calais-centre (Pas-de-Calais) où son score est de 26,9%. Le Front de Marine Le Pen ne retrouve pas l’audience de celui de son père en Seine-Saint-Denis même s’il se redresse là aussi. Mais il cartonne dans la France pavillonnaire de la Seine-et-Marne. Dans le département de Jean-François Copé, le FN devance à la fois l’UMP et le PS. Il enregistre aussi des résultats flatteur dans les régions en proie à la désindustrialisation du nord-est de la France. A Saint-Dizier-Ouest (Haute-Marne), ville en lutte contre le déclin démographique, le candidat frontiste culmine à 38% des voix. C’est toute une partie de la France qui souffre3 qui regarde aujourd’hui du côté du Front national.

Le dilemme du « front républicain »

Arrivé en tête dans 39 cantons, le FN sera présent au second tour dans pas moins de 399 compétitions. Ces duels insolites, qui opposeront dans la moitié des cas une candidat d’extrême droite à un socialiste, posent de redoutables problèmes à la classe politique.

Pour être parée de vertus morales, la stratégie dite de « front républicain » (appels de la droite ou de la gauche à voter pour son adversaire face au FN) n’est pas sans inconvénients. Elle offre, en effet, à la formation lepéniste un avantage symbolique de poids : celui de pouvoir faire la démonstration qu’il est le seul véritable adversaire de partis de gouvernement finalement complices. L’argument de l’union sacrée anti-fasciste perd quelque peu de sa force de conviction dés lors que Marine Le Pen prend soin d’éviter le dérapages sulfureux de son père et tient un discours qui n’est pas celui de l’extrême droite traditionnelle.

Le refus de l’UMP de choisir la stratégie du « front républicain » ne s’explique toutefois pas principalement par ce type de considérations. Le parti sarkozyste est d’abord soucieux de ne pas se couper d’électeurs frontistes dans la perspective de la prochaine compétition présidentielle. Le président sortant escompte visiblement un bon reports des voix du FN au tour décisif. D’où l’impératif de ne pas braquer cette partie du corps électoral. Les socialistes ne sont pas prisonniers de pareils calculs. Ils ont, à l’inverse, tout intérêt à défendre une ligne qui isolerait la droite de son extrême.

>> Illustrations CC flickr Clementine Gallot ; staffpresi_esj

  1. Il faut comparer ce qui est comparable, et donc les cantonales de 2011 avec celles de 2004 qui s’étaient déroulées dans les mêmes cantons (une moitié environ de la France électorale). []
  2. Voir Christophe Guilluy (Auteur), Christophe Noyé (Auteur), Dominique Ragu (Cartographer), « Atlas des nouvelles fractures sociales en France ; Les classes moyennes face à la mondialisation : la tentation du repli », éditions Autrement, 2006. []
  3. Qu’on me permette de faire référence à mon dernier livre « Voyages en France – La fatigue de la modernité » (Seuil, 2011). J’ai rencontré un grand nombre de Français qui se sentent abandonnés et incompris. []

Laisser un commentaire

  • adnstep le 21 mars 2011 - 23:16 Signaler un abus - Permalink

    En quoi le FN est-il moins républicain que le NPA ou les autres partis d’extrême gauche ?

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • adnstep le 21 mars 2011 - 23:19 Signaler un abus - Permalink

    “Les absents ont toujours tort.”
    et les votants sont toujours cocus. Les absents, eux, savent bien comment tout ça va se terminer : un jour où l’autre, il faut rembourser ses dettes. Les Français sont tellement accros aux allocs et autres aides sociales que la situation va être pire qu’en Tunisie.

    Ce jour-là, les politiciens français, habitués à traire les mougeons (un croisement entre un mouton et un pigeon), vont péter les plombs.

    Une pichenette, et les absents n’auront plus tort.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • skiztalop le 22 mars 2011 - 3:07 Signaler un abus - Permalink

    adnstep,
    ton discours de vieux con de troquet, tu peux aussi te le mettre dans le cul.
    Si c’est pour débiter de telles bêtises, autant que tu t’abstiennes.
    Tu poses une question intéressante à 11:16, sur laquelle on peut débattre mais malheureusement tu enchaines 3 mn plus tard avec de la grosse merde en barre.
    Dommage.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • adnstep le 22 mars 2011 - 6:59 Signaler un abus - Permalink

    Skiztalop a tout du bon démocrate de gauche.
    Quand on n’est pas d’accord avec la ligne du parti, il éructe, il crache…en un mot, comme dit la pub, il révèle sa vrai nature.

    Et je maintiens : quand l’état et les collectivités locales n’auront plus d’argent à filer à leurs ouailles, que croyez-vous qu’il adviendra ?

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • william le 22 mars 2011 - 8:12 Signaler un abus - Permalink

    Personne n’a l’air de comprendre. Pourtant , le FN est le seul parti avec un programme. Je ne dis pas que je crois qu’il va l’appliquer, mais si jamais il parvient à convaincre les gens qu’il va le faire, c’est déjà fini.

    Regardez les choses en face. Faites le tour des sites web de chaque parti. C’est à pleurer. On se demande si la France ne serait pas un pays du tiers monde finalement. A force de chercher les causes profondes de ce mal-être français, j’en suis venu à la conclusion suivante : nos “élites” sont tout bonnement nulles. Cela va du politique au cadre dirigeant, en passant par les journalistes et les “célébrités auto-proclamées”. Bouffies d’orgueil, et de mépris, elles ont abandonné le chemin de l’effort. Tellement persuadée d’être au dessus, d’être assurée de l’alternance, l’élite finit par être paresseuse : il suffit d’avoir du fric non?

    Isolée de la concurrence de la multitude (fini l’ascenseur social, fini les accès égalitaires au succès), elle s’est ramolli. Elle est simplement nulle. Ce qui explique l’effondrement de ce pays. Dirigé par des nuls, vers des directions mauvaises, où voulez vous que nous allions, sinon à notre perte?

    Les journalistes n’ont pas le recul nécessaire car ils ne s’ouvrent pas au monde suffisamment.

    Lorsque le “discours” est tellement éloigné de la réalité que vous le savez faux, même sans réfléchir, il n’y a plus de salut dans la propagande.

    Le peuple se dirige vers le discours qui lui semble le plus proche de ce qu’il veut. Il ne faut pas lui en vouloir, mais se souvenir que le désir des autres n’est pas moins légitime que le sien. Le mépris des élites pour le peuple, le simple, fini par lui revenir en pleine figure, et il n’y a pas grand chose à y faire, sinon faire preuve d’humilité et de courage.

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre
  • jf le scour le 22 mars 2011 - 11:47 Signaler un abus - Permalink

    tant bien que mal
    avant
    ils se partageaient le pouvoir
    un coup ici
    un coup là
    ils étaient fort de leurs influences…
    malgré le coup de semonce du 21 avril 2002
    personne n’a remis en cause l’équilibre
    fragile
    un beau jour un “petit” fort de son fief
    a voulu faire du “changement” sa gouverne !
    il a mélangé gouverne avec ego
    ego avec changement
    bref
    la première semonce fait échos
    qu’est-ce qui va se passer
    l’un est favorisé il ne va pas moufter
    l’autre il va en rajouter 3 couches de front… répu…

    bref “ils” sont l’élite au pouvoir

    des 1 millions d’acheteurs d’hessel
    ils en ont rien à faire
    leur ambition c’est d’y être d’une façon ou d’une autre
    donc on fabrique du concensus
    du laisser aller
    de l’arrangement entre amis
    ça s’envoie des “beaux mots” à la capitale devant les médias
    revenus en province on se “give me five” et bon déjeuner pour découper la “grosse galette”

    pourtant les acheteurs d’hessel sont là

    alors mesdemoiselles, mesdames et messieurs les trentenaires
    c’est à vous
    qu’est-ce que vous nous proposez
    depuis facebook
    twitter
    blogs
    site internet
    réalité augmenté
    et autres trucs…

    on vous attend
    vous y êtes
    ou vous en êtes
    qu’est-ce qui se passe ?

    au moins on pourrait commencer
    par inventer quelque chose
    pour aller discuter (en vrai) avec ceux qui…
    les ouvriers en mal de…
    mal de quoi pour aller voter ou pas
    les campagnards…

    allez vers l’autre

    moi je dis ça
    mais je ferais mieux de fermer ma bouche
    je ne suis plus trentenaire
    et je ne vote plus depuis que j’ai dis “non et non” en 2002
    pourtant ça me démange :
    http://ready.thecroute.com/2011/02/01/cest-un-appel/ daté du 18 janvier 2011
    http://ready.thecroute.com/2011/03/08/enfin-seule-au-premier-tour/ daté du 8 mars 2011
    et ce malaise, il m’interpelle !
    oh ! pas “la_pen”, les gens dans le malaise qui vont jusqu’à voter pour…

    aller* quelle époque
    jf le scour

    *je sais, je sais, je revendique

    • Vous aimez
    • Vous n'aimez pas
    • 0
    Lui répondre

Derniers articles publiés