Genres et politique numériques

Le 23 juillet 2011

En apparence, les femmes n'ont peut être pas l'air impliquée dans la blogosphère politique – mais cette idée est peut être le fruit d'une construction sociale.

Billet initialement publié sur OWNI.eu ; tous les liens sont en anglais.

La « Hansard Society » vient de sortir un nouveau rapport intitulé « Genres et politiques numériques » («Gender And Digital Politics ») dans lequel, selon le communiqué de presse, les trois auteurs (tous des hommes) s’interrogent :

Pourquoi les blogs politiques sont-ils dominés par les hommes ?

Ceux qui suivent ce blog depuis un certain temps n’auront aucune difficulté à deviner ma réponse à cette question…

« Hmm, vraiment je ne pense pas que ce soit le cas, à mon avis, le fondement de ce rapport est biaisé. »

En fait, j’irai même plus loin pour dire, une fois de plus, que je ne pense pas que le problème vienne d’un manque de participation des femmes dans la blogosphère politique. Le problème a plutôt à voir avec la façon dont les hommes qui composent la « bloquosphère » (jeu de mot de l’auteur sur blogosphère et bloquer, ndlr) définissent ce qu’est vraiment le blogging politique. Et avec la façon dont le blogging féministe est constamment ignoré ou marginalisé et intégré aux catégories « autres », « style de vie », ou « vie féminine ».

Comme pour illustrer mon propos, c’est un tweet de Jane Martinson, la rédactrice du Guardian, qui m’a annoncé la publication de ce rapport :

Cette même Jane Martinson dont l’excellent blog – The Women’s Blog – peut être trouvé sur le site du Guardian (comme tous les articles sur le féminisme publié par le journal) sous la catégorie « Style de vie », au côté des rubriques « mode », « cuisine » et « maison ».

Selon le rapport de l’Hansard :

Nous commençons à voir apparaître une légère différence dans l’utilisation des médias numériques pendant les dernières élections. Cette tendance commence à s’accélérer lorsqu’on s’avance dans l’univers de la politique en ligne. 85% des blogs individuels nominés aux Total Politics Blog Awards de 2010 (qui récompense les blogueurs politiques britanniques, ndlr) étaient tenus par des hommes, et seulement 15% par des femmes.

Et pourtant, comme je l’ai déjà noté sur ce blog, les « Trophées foutage de gueule total » (« Total Bollocks awards ») sont certainement pas représentatifs de l’investissement des femmes dans le blogging politique. Année après année, ils arrivent à ignorer la centaine de bloggeuses féministes britanniques qui contribuent aussi au web. Ces récompenses reposent aussi sur un système de nomination par les pairs, et comme nous le savons tous, lorsqu’il s’agit de blogging, et d’écriture en général, les hommes promeuvent des hommes qui promeuvent des hommes, ad infinitum.

Le rapport conclut :

L’équilibre entre hommes et femmes décroit lorsque le niveau de compétition ou la possibilité de voir apparaître un conflit augmentent ; les femmes sont légèrement plus susceptibles de signer une pétition (un procédé passif) mais considérablement moins susceptibles de se présenter aux élections législatives et sensiblement moins susceptibles de tenir des blogs politiques. Cette brève étude suggère que le déséquilibre hommes/femmes en ligne résulte d’une plus grande exclusion politique, et non numérique. Dans les domaines où les femmes sont actives en politique, elles sont autant susceptibles que les hommes d’être numériquement actives.

Comme on pouvait le prévoir, je ne suis pas d’accord avec cette conclusion. Je pense qu’il existe une exclusion numérique lorsqu’il s’agit des femmes. L’utilisation d’Internet n’est pas interdite aux femmes, mais souvent, les espaces où nous contribuons ne sont tout simplement pas considérés comme étant politique.

À moins que cela ne change et que le féminisme ne soit reconnu comme une question politique plutôt que comme un question de « mode de vie », on continuera de voir des questions comme « pourquoi les blogs politiques sont-ils dominés par les hommes ? » être posées, quand, en réalité, la question devrait être :

pourquoi est-ce toujours aux hommes de décider ce qui est ou n’est pas politique ?

Illustration CC FlickR PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales par greekadman

Traduction Marie Telling

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  • Ced le 23 juillet 2011 - 15:39 Signaler un abus - Permalink

    le déséquilibre est de 85/15. Il faudrait donc 35% en plus de femmes pour arriver à l’équilibre.

    Vous répondez en disant : le féminisme, c’est politique.

    Dois-je en conclure que si on intégrait le féminisme dans la catégorie “politique”, on se retrouvait avec 35% des blogs politiques tenus par des femmes parlant de féminisme, contre 15% parlant des – nombreux – autres sujets que couvre la catégorie “politique” ?

    Démonstration par l’absurde que l’explication par féminisme = politique est un peu (trop) faible.

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  • Rorschach le 23 juillet 2011 - 18:32 Signaler un abus - Permalink

    @Ced : je pense que la mention des blogs féministes n’est qu’une illustration des motifs qui expliquent la faible représentation des femmes parmi les blogueurs dits “politiques”. Le principal étant : les hommes promeuvent les hommes.

    En parallèle, je peux très bien imaginer voir une blogueuse politique ostracisée par ses pairs masculins, sous le simple prétexte qu’elle va forcément à l’occasion (et même si ça n’est pas son propos principal), pointer des inégalités dont les femmes sont victimes, dont beaucoup d’hommes ne veulent tout simplement pas entendre parler puisqu’ils n’en ont pas conscience (même ceux qui se disent “féministes”).

    Cette situation de déni masculin d’une inégalité – que pourtant tous les éléments factuels possibles confirment-, et à plus fort escient, ce déni de la faculté de la femme à participer en égale (non en subordonnée qui se soumet à la tradition masculine) au débat politique, en apportant son propre éclairage sur le monde, ou même en déterminant elle même ce qui est féministe sans être estampillée “harpie”, ou disant “ça commence à bien faire les clubs de “gentlemen” fermés, faites de la place les garçons, vous êtes pas tous seuls” produit une frustration féminine grandissante liée au sentiment de n’avoir aucun mot à dire sur la destinée humaine, aucune place propre dans la société.

    Soyons clairs, le féminisme ça n’est pas un mode de vie, c’est politique, et ça le restera tant que l’égalité ne sera pas effective. Le refuser comme une problématique politique actuelle est déjà un acte politique injuste et lourd de sens.

    Evidemment, si les critères sont posés par une majorité de 85% d’hommes, les problématiques représentées seront les problématiques masculines. Ce même masculin qui a dirigé la destinée humaine pendant les derniers millénaires avec tellement de succès qu’il ne faut surtout rien changer n’est ce pas ?
    Destinée humaine qui pourtant, sans la femme pour porter les civilisations, ce serait éteinte il y a bien longtemps.

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  • lou passejaïre le 23 juillet 2011 - 19:39 Signaler un abus - Permalink

    euh …
    chais pas si vous vous balladez souvent dans le monde politique ?

    pasque , faut quand même reconnaitre que on pourrait s’interroger sur cette simple constatation , y a pas une proportion de filles bloggueuses politiques que ce qu’il y a de filles MILITANTES politiques … ( enfin au moins en france profonde )…

    alors, il serait surement plus productif de s’interroger sur cette absence des femmes de la scéne militante …

    puisqu’on en est aux démos par l’absurde , on peut regretter que la parité ne soit pas respectée ( au détriment des garçons ) dans les blogs de maternage .

    Mais cette dé-émancipation des femmes qui les raméne à leur landeau gynécée , tout le monde s’en tape … tant qu’on oeuvre pour la parité au sein des CA du CAC40 et du top 100 des blogs zinfluents …

    bel exercice de non-féminisme !

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  • Kurozato le 27 juillet 2011 - 8:37 Signaler un abus - Permalink

    Il faut aussi se demander ce que “politique” signifie pour les auteurs de l’article. Il y a fort a parier qu’ils utilisent ce terme comme les journaux departage les articles entre politique et societe, ce qui concerne les politiciens, la vie des partis, les elus, etc.

    Au meme titre que le feminisme, il y a fort a parier que, pour eux, des blogs un peu militants parlant de discriminations raciales ou sexuelles, des prisons, de religion, etc, ne sont pas politiques.

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  • La semaine en revue « Vie de femmes le 26 juillet 2011 - 20:15

    [...] ont l’emprise sur les blogs politiques. D’après Cath Elliott, l’auteure de l’article qui porte le même nom que l’étude, le problème c’est que les blogs féministes ne [...]

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