Apple à livre ouvert

Le 24 août 2011

La procédure civile contre les pratiques d'Apple sur le marché du livre numérique prend de l'ampleur. Pour le plus grand bonheur d'Amazon. Le groupe de Steve Jobs est accusé d'entente avec les plus gros éditeurs sur le prix du livre numérique. Sans preuve définitive pour le moment.

Avant-hier, 23 personnes ont rejoint la class action1 lancée le 9 août contre Apple. Les plaignants reprochent à la firme de s’être concertée avec cinq des plus grands éditeurs du marché américain (dont le groupe Hachette) pour contrôler le commerce du livre numérique. À terme, leur plainte pourrait contraindre Apple à présenter à la justice l’ensemble de ses accords commerciaux avec les éditeurs.

En substance, deux particuliers, Anthony Petru et Marcus Mathis, reprochent à Steve Jobs d’avoir défini avec Harper Collins, Hachette, MacMillan, Penguin Group et Simon and Schuster, le prix de leurs livres numériques2 au lancement de l’iPad en avril 2010.

Les éditeurs américains se seraient associés à Apple pour faire augmenter le prix des ebooks les plus populaires et accroître leurs bénéfices [en], contraignant Amazon à abandonner sa politique “pro-consommateur” et ses prix cassés. Laisser les éditeurs fixer leur prix tout en leur interdisant de vendre moins cher ailleurs a de fait entrainé une hausse des prix chez Amazon. Aux alentours de 12 à 15 dollars soit presque le prix d’un livre papier.

Le préjudice s’élèverait à plusieurs dizaines de millions de dollars et les plaignants demandent réparation. Mais ils ne sont pas seuls à s’offusquer des manipulations soupçonnées d’Apple puisque le 22 août, 23 personnes les rejoignent pour les mêmes motifs.

La deuxième version de la plainte, datée du 22 août

“Apple ne sait pas vendre de livres”

Une grande première ? Dans le domaine peut-être, mais pas dans la guerre à laquelle ils se livrent. Car derrière cette suspicion d’entente se trouvent toutes les batailles des deux géants. Matthias Jambon-Puillet, expert dans les transformations du marché du livre à l’heure numérique et employé dans une grande entreprise du secteur, explique :

À l’époque, Amazon, c’était une librairie qui a imposé son prix unique à 9,99 dollars. C’était ça ou rien. Et quand Apple a ouvert son iBookStore en février 2010, ils ont proposé de laisser aux éditeurs la possibilité de fixer eux-même leurs prix. Qui immanquablement ont été supérieurs à ceux d’Amazon. Cette tactique avait pour but de ramener les éditeurs chez Apple. Amazon leur a précisé que s’ils voulaient partir, ils étaient libres. Avec l’entente entre Apple et les éditeurs US, nous sommes arrivés à des situations parfois ubuesques avec des prix de livres numériques supérieurs à leurs prix papier.

Pour se défendre contre la politique d’achat in-app d’Apple [en] qui condamne tout éditeur d’application à reverser à Apple 30% de l’addition, Amazon a développé sa propre application, des plus simples : pouvoir faire en sorte que l’ebook puisse être lu sur iPad à partir de son navigateur.

La bataille a lieu sur tous les fronts. Si Apple a de l’avance pour la musique avec iTunes, Amazon en a pour les livres. Lorsque ce dernier arrive sur le marché de l’achat de musique en ligne, tous les morceaux sur iTunes sont à un prix unique.

Pour se différencier, Amazon a proposé le 26 mai dernier l’album de Lady Gaga pour 1 dollar. Et une adhésion à l’Amazon Cloud, le service de stockage en ligne qui permet d‘écouter n’importe quoi, n’importe où et sur n’importe quel support. Contrairement à un morceau acheté sur iTunes qui… ne peut être lu qu’avec iTunes. Apple a été obligé de revoir sa politique tarifaire.

Pour Matthias Jambon-Puillet :

Apple ne sait pas vendre de livre, c’est un échec. Alors pour gagner du temps, ils essayent d’empêcher la concurrence d’exister. Et tente de trouver l’Idée du siècle. Le livre n’étant absolument pas leur cœur de métier. Amazon est disponible partout et tout le temps quand Apple refuse de vendre hors de son écosystème.

Mais la firme à la pomme n’obtient pas toujours gain de cause : au mois de mars, Amazon était trainé devant les tribunaux [en] par Apple pour avoir utilisé la marque AppStore sur leur site. Sans succès.

Illustration Flickr Paternité par remiforall

Pour retrouver l’ensemble du dossier sur Apple :
Apple coupe le son et Où Apple planque ses tunes

  1. action en justice qui permet à un grand nombre de personnes, souvent des consommateurs, de poursuivre une personne, souvent une entreprise ou une institution publique, afin d’obtenir une indemnisation morale ou financière []
  2. contrairement à la France, les USA n’ont pas de loi sur le prix unique du livre numérique et les éditeurs fixent librement leurs prix []

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  • Philippe le 24 août 2011 - 20:06 Signaler un abus - Permalink

    Séparer encore et toujours le contenant du contenu sinon on va à la cata !

    Interdire les contrats d’exclusivité et autres conneries du genre

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  • Musictrotter le 24 août 2011 - 21:43 Signaler un abus - Permalink

    C’est drôle, côté musique, c’est exactement l’inverse qu’on reproche à Apple : avoir fixé un prix trop bas par titre téléchargé, ce qui devrait causer la mort annoncée des producteurs de musique…

    On n’est jamais content…

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  • Jean-Yves SARRAT le 25 août 2011 - 2:09 Signaler un abus - Permalink

    Article intéressant qui relate un scénario fort connu, lorsque de grandes entreprises n’ont de cesse que de “grossir”, quitte à passer au dessus de la pourtant sacro-sainte loi de la concurrence, en passant des accords anticoncurrentiels. Des entreprises dites “libérales” qui luttent sans vergogne contre le libéralisme ! A ce petit jeu, c’est bien sur le consommateur qui paie la note, et parfois très cher. De telles pratiques économiques constituent un frein puissant à la diffusion des progrès technologiques dont tout un chacun pourrait profiter si ne se trouvaient sur le chemin de cette diffusion des “sangsues” qui cherchent à en épuiser la sève. Au lieu de parler des “lois du Marché” (Quelle rigolade !), elles feraient mieux de lire attentivement la fable de Jean de La Fontaine : “Le boeuf et la grenouille” !

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  • gggrrreee le 25 août 2011 - 7:51 Signaler un abus - Permalink

    Allez l’Amazone, explose lui la Pomme !!!

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  • David20cent le 25 août 2011 - 10:18 Signaler un abus - Permalink

    Que celui qui à lu un bouquin entier sur un Ipad lève le doigt( pas celui là ) A part Penthouse en frimant à la terrasse d’un bistrot… Ben non on voit rien.(Merde y a plus de batterie)

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  • Marine le 25 août 2011 - 12:22 Signaler un abus - Permalink

    Ce n’est ni plus ni moins que l’application de la loi Lang sur le prix unique du livre au domaine du livre numérique. Les avantages de cette réglementation ont fait leurs preuves et ne sont plus à démontrer.

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  • David20cent le 25 août 2011 - 13:10 Signaler un abus - Permalink

    @Marine /Reste plus qu’a déterminer le prix exact d’un livre au format numérique…et c’est là que ça coince non?
    Trop cher je reste sur le format papier. Le papier déjà trop cher, je me tourne vers l’occase ou l’emprunt…Et voilà tout.C’est l’industrie qui à besoin de moi …pas l’inverse.Moi j’ai de quoi lire pour mille ans.Nous parlons bien là de processus industriel et de rien d’autre. Industrie qui lorgne vers la culture car le profit semble intéressant…rien de plus.

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  • Marine le 25 août 2011 - 14:25 Signaler un abus - Permalink

    @david20cent : oui et c’est là que je fais peut-être un peu trop confiance au marché mais pour moi si les éditeurs font des prix trop hauts, les livres numériques ne se vendront pas, ils vont donc baisser petit à petit leurs prix pour arriver tôt ou tard à un équilibre entre ce que le client considère comme un bon prix et leurs impératifs de droits d’auteurs et marges.

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  • Philippe le 25 août 2011 - 15:48 Signaler un abus - Permalink

    @Mariana,

    En fait la question n’est pas vraiment le coût final du livre mais bien la répartition de ce coût entre tous les acteurs, bien sur le prix va baisser, payer un objet immatériel au prix d’un livre de papier est une absurdité, mais que ce soit Apple ou Amazon les marges du vendeur final resteront toujours les mêmes autour de 40% voir plus, alors que celle de l’auteur, voir à un moindre niveau celle de l’éditeur risque de baisser et baisseront plus rapidement vu que leur marge est bien moindre.
    C’est bien ce système qui ne voit que le coût final qu’il faut remettre en cause, d’autant plus qu’Apple ou Amazon ne vendront que ce qui leur est le plus rentable, d’autant plus si on leur laisse une position de quasi-monopole. Et le problème d’avoir des entreprises qui contrôle toute la chaîne de la publication à la vente final en passant par les tuyaux ne fera qu’affaiblir les possibilité de réaction des deux bout de la chaîne, l’auteur et le lecteur. Il est quand incroyable de constater que personne ou presque n’envisage de se passer de tous les intermédiaires qui rendent les livres électroniques ou papier hors de prix. Un auteur touche rarement plus d’un euro sur un livre qui peut atteindre les 20€. Repensons complètement cette chaîne. Apple ou Amazon ne sont indispensable que dans un concept de consommation de la culture; Perso je ne consomme pas des livres, je lis. Les auteurs, les éditeurs, les libraires font un boulot souvent extraordinaire, Apple, Amazon, la Fnac vendent de la soupe et veulent se rendre indispensable, ce qu’ils ne sont que parce qu’on les laisse être indispensable.

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  • Philippe le 25 août 2011 - 15:49 Signaler un abus - Permalink

    Marine, pas Mariana… Pardon

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