Boulin appelle Guéant

Le 21 septembre 2011

En 1979, au moment de l'assassinat de Robert Boulin, Claude Guéant a pu être un témoin de premier plan de cette ténébreuse affaire. Explications avec les aveux inédits du ministre de l'Intérieur de l'époque, Christian Bonnet.

L’épisode est connu depuis quelques années, mais jamais le témoignage sonore d’un ministre de l’époque n’était venu préciser les fonctions de Claude Guéant au moment de la mort de Robert Boulin, en octobre 1979.

Plusieurs contre-enquêtes sur l’affaire ont montré que c’est durant la nuit du 29 au 30 octobre 1979 que l’assassinat du ministre du travail Robert Boulin a été maquillé en suicide. Et que des membres de l’appareil d’État pourraient être impliqués dans les événements de cette nuit-là. La version officielle a, elle, retenu que le gouvernement a été informé dans la matinée du 30 octobre, vers 8h40 seulement, de ce suicide.

Mais la thèse contradictoire, argumentée, met en évidence des menaces de mort adressées à Robert Boulin par des membres du SAC – un mouvement paramilitaire présidé par Charles Pasqua et soupçonné d’avoir accompli les basses œuvres du RPR. Alors même que Robert Boulin avait rassemblé des éléments de preuve sur le financement illicite des partis politiques.

Guéant témoin pertinent

Le témoignage sonore que nous mettons en ligne est celui de Christian Bonnet, ministre de l’intérieur de mars 1977 à mai 1981. Donc responsable des services susceptibles de connaître le mieux la réalité des faits survenus pendant la nuit du 29 au 30.

Dans cette conversation, enregistrée en janvier 2011 par notre consœur Sylvie Matton, l’ex-ministre giscardien explique le fonctionnement de son cabinet ministériel, sa hiérarchisation et définit la position qu’y occupait Claude Guéant, alors âgé de 34 ans. Il le présente comme son bras droit, en charge des questions de sécurité, et placé sous l’autorité de son directeur de cabinet, l’ancien préfet de police Jean Paolini.

Christian Bonnet, jamais entendu par un magistrat, confirme également en 2011 avoir été réveillé par son directeur de cabinet aux environs de 3h du matin pour l’informer de la découverte du cadavre de Boulin. Vous pouvez écouter ci-dessous ses confidences.

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Extraits :

Christian Bonnet : “J’ai appris la mort de Robert Boulin, alors que j’étais dans mon lit, dans mon sommeil, la nuit du drame. On m’a appelé, mais on avait pas beaucoup de mal, puisque j’étais au ministère de l’Intérieur”.

-Vous souvenez-vous de l’heure exacte ?

CB : “Au petit matin, (…) vers 3 h“.

-Pouvez-vous préciser qui vous annonce ça ?

CB : “le directeur de cabinet

- Pas le permanencier ?

CB : “Vous savez, c’est une chaine, on ne réveille pas le ministre comme ça, on passe par son collaborateur le plus immédiat, qui habitait également le ministère“.

- Est-ce que vous vous souvenez du nom du permanencier ?

CB : “Pas du tout

-On a entendu le nom de Claude Guéant comme permanencier ce soir-là ?

CB : “C’est possible…

-Claude Guéant était membre de votre cabinet ?

CBAh oui, tout à fait, c’est lui qui, à mon cabinet était chargé des problèmes de sécurité, aux côtés de M. Paolini, le directeur de cabinet, ancien préfet de police (…)

Le procureur général ne connaît pas Bonnet

Lorsque le 16 octobre 2007 le procureur général Laurent Le Mesle décide de rejeter la demande de réouverture de l’instruction judiciaire sur la mort de Boulin, Claude Guéant est depuis cinq mois secrétaire général de l’Élysée.

Dans ses conclusions, Le Mesle ne tient aucun compte des faits mentionnés dans les mémoires de l’ancien Premier Ministre de l’époque, Raymond Barre, établissant formellement la découverte du cadavre de Boulin à environ 7 heures d’intervalle.

Dans sa décision, le procureur général de Paris n’hésite pas à mettre en doute la parole et les écrits de l’ancien Premier Ministre, décédé le 25 août précédent. Pour cause de grande vieillesse. Et le procureur général s’est abstenu d’entendre Christian Bonnet.

Claude Guéant, lui, dans les années 80, s’est rapproché de Charles Pasqua, qui en fit son directeur adjoint de cabinet, puis le plus jeune Directeur Général de la Police Nationale.


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Crédits Photo FlickR CC by-nc-nd Tomé Jorge / Wikimedia Commons CC by-sa Citron.

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  • lecitoyen le 21 septembre 2011 - 22:09 Signaler un abus - Permalink

    Il y a beaucoup de mystère dans les de monsieur Guéant.Il y avait à l’époque,une envie d’en finir avec le gaullisme.Et Robert Boulin,je pense que c’était le dernier vrai compagnon et serviteur du Général De Gaulle ,il était au service de la France et des Français et pas pour ses intérèts personnelle,la preuve il aller dénoncé les magouilleurs de la république,pour le financement des partis.Mais,comme dit Guy Béart”Celui qui dit la vérité doit-être éxécuté”

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  • Francis Christophe le 21 septembre 2011 - 23:10 Signaler un abus - Permalink

    @lecitoyen

    Le rejet des demandes de réouverture de l’instruction sur la mort de BOULIN a un objectif évident : éviter la nomination d’un juge d’instruction statutairement indépendant, qui même 31 ans après les faits parviendrait à des résultats incontestables : Ce magistrat ne tarderait pas à savoir qui était le permanencier au ministère de l’Intérieur, qui l’a informé de la découverte du cadavre de Boulin etc etc, et surtout pourquoi la découverte officielle a été retardée de 7 h.

    L’ IRRESISTIBLE ASCENSCION DE M. GUEANT

    Tant qu’une enquête incontestable n’aura pas lieu sur la double découverte du cadavre de Robert Boulin, une lourde suspicion pèsera sur la brillante carrière de Claude Guéant.

    Comment en l’état ne pas le faire bénéficier d’une présomption de connivence avec les acteurs de la liquidation du ministre Boulin, et de son maquillage en suicide ?

    Car le parcours professionnel de l’actuel ministre de l’intérieur présente toutes les apparences d’une trajectoire propulsée par la détention d’un secret d’état de première grandeur.

    Il est en effet difficile d’imaginer que cette nuit tragique au ministère de l’Intérieur n’ait pas eu de répercussions sur la carrière du jeune conseiller technique Guéant.

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  • U.H.M. le 24 septembre 2011 - 11:04 Signaler un abus - Permalink

    Si seulement ce qui reste de justice indépendante en France pouvait arrêter cette crapule politique et au passage rappeler les magouilles et les crimes du SAC… A moins que les sarkozystes du premier cercle tombent pour ce qu’ils sont (des vermines mafieuses et cupides) dans l’affaire Karachi, et que chute le petit ploutocrate de l’Elysée !!

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  • lecitoyen le 24 septembre 2011 - 13:16 Signaler un abus - Permalink

    Tôt ou tard,la vérité rattrappe,ceux qui ont fautés.Et tout ces gens qui vivent pour l’amour du pouvoir,rien ne les retiens.Mais,c’est ces choses arrivent quand le pays est malade,c’est comme le jardinier s’il délaisse son jardin,pour d’autre intérèt ,il y a toutes sortes de mauvaises herbes qui poussent,jusqu’à mettre en péril le jardin lui même.Mais,le jardinier qui a de l’amour pour son jardin et y prend soins,tout le monde vient l’admirer,pour sa bonne tenu et de la variétés des fleurs qui le compose,il fait la fièrté de son propriétaire.Il en est de même de la bonne gestion économique,sociale et politique d’un pays,gouverner par un président qui a l’amour pour son pays.

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  • Francis Christophe le 25 septembre 2011 - 10:14 Signaler un abus - Permalink

    LE TABOU BOULIN

    Cette semaine, deux hebdos consacrent leur article de fond à Claude Guéant.
    Charlie Hebdo titre “Guéant, super-préfet barbouzard” et Marianne “Claude Guéant, le parrain”.

    Ni Laurent Léger, ni Nicolas Beau, qui retracent pourtant la brillante carrière de M. Guéant, ne mentionnent son décisif passage au cabinet de Christian Bonnet, comme si évoquer, même indirectement, la mort de Robert Boulin, était toujours tabou.

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  • lecitoyen le 25 septembre 2011 - 22:12 Signaler un abus - Permalink

    Je suis vraiment pour Ce Ministre intègre,juste,Robert Boulin,un vrai Gaulliste,pas comme ceux qui s’en réclament,mais qui sont Gaulliste de nom,mais pas dans la vie de tout les jours,et encore moins pour l’amour de leur pays.J’entend ,et je sais qu’il réclame justice.Un homme aussi bon,droit ce n’est pas possible,il faut que la France retrouve sa dignité,sa grandeur et son rayonnement.Et ce jour là,je penserais encore à ROBERT BOULIN.

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  • juinkarante le 31 octobre 2011 - 11:27 Signaler un abus - Permalink

    Il faut pour que la France puisse retrouver la sérénité,que le 18 Juin 2012 qu’il y est la réouverture du dossier concernant l’assassinat du Ministre Robert Boulin dans la nuit tardive du 29 et du 30/10/1979 vers 1 heure du matin.Il faut que la cinquième république soit laver de cette horrible tragédie.Depuis cette époque il y en a un qui cri JUSTICE c’est bien Robert Boulin,assassiné par des speudos Gaulliste.Le Général De Gaulle avait reprocher à l’époque et s’intérroger sur le devenir de la France aprés son départ,de ceux qui ce disaient Gaulliste, mais aimés trop l’argent.Même j’ai écouté Yvonne De Gaulle dans une discusion avec des journalistes elle disait:”Vous allez voir arrivés tout ceux qui ce diront Gaulliste,mais ce ne sont que des loups avec le vêtement du Gaullisme et ils spolieront la France parce-qu’ils aiment plus l’argent que la France.”Et que voient-ont actuellement depuis 18 ans?Ils ont en parti déjà brader la France à qui veut.

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  • David Brewster le 25 janvier 2012 - 0:35 Signaler un abus - Permalink

    Cher M.Christophe

    I am an Australian strategic analyst. I have an important question for you regarding Burma. Could you please contact me?

    thank you
    David Brewster

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  • Anasthase le 5 février 2012 - 11:56 Signaler un abus - Permalink

    Dommage que l’extrait sonore ne soit pas complet et qu’il n’y ait pas les sources de cet extrait d’interview qu’il aurait été intéressant d’entendre dans son intégralité.

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    • francis CHRISTOPHE le 5 février 2012 - 17:49 Signaler un abus - Permalink

      @ ANASTHASE

      En quoi le son de l’interview de Christian Bonnet est-il incomplet ? En outre Il est sourcé, puisqu’il est précisé qu’il a été effectué par téléphone en janvier 2011 par Sylvie Matton, collaboratrice de Paris-match. Un lien, dans l’article d’OWNI, envoie au document de Match paru en février 2011 sous la signature de Mme Matton…
      Par ailleurs, M. Claude Guéant, en novembre 2011, a été interrogé directement sur l’antenne de RFI à ce sujet. Libre à chacun d’apprécier la clarté de sa réponse :

      http://www.rfi.fr/emission/20111101-2-claude-gueant-ministre-interieur

      à la 16 éme minute (juste après les fadettes)

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  • le quart de mon fort le 18 avril 2012 - 6:32 Signaler un abus - Permalink

    Le livre de francis christophe devrait être disponible en version papier c’est le moment de lancer une édition papier

    Mes seules craintes les valises en provenance d’Afrique pour le PS et l’attitude du clan chirac qui tente d’endormir Hollande

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  • JUINKARANTE le 18 avril 2012 - 11:07 Signaler un abus - Permalink

    Alors,que fait-on ? Il n’y a plus de nouvelle sur ce sujet! Je crois avoir aperçu que la fille de Robert Boulin aurait abandonner la plainte? Quelle tragédie pour la France ,et Robert ministre de trés grande qualité assassiné en exercice ,une tâche indélibile pour la 5ème République, En Octobre 1979 la porte c’est ouverte pour laisser entrer la racaille ,pour mettre main base sur ce qui qui fait la grandeur de la France.En attendant il y en a un qui crie toujours et demande que justice soit faite c’est ROBERT BOULIN.

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  • francis CHRISTOPHE le 18 avril 2012 - 19:39 Signaler un abus - Permalink

    @juinkarante,

    Non, Fabienne Boulin n’a pas renoncé à obtenir la vérité sur l’assassinat de son père :

    http://www.robertboulin.net/archives/1163

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  • lejusticier le 1 mai 2013 - 13:21 Signaler un abus - Permalink

    Monsieur Guéant et devenu un citoyen comme un autre. Ou en est la suite longue de cette affaire?

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