Le Français numérique

Le 8 novembre 2011

Randonneurs vigilants ou baroudeurs pragmatiques? Dans une enquête, Inria tire le portrait des Français et de leur rapport au numérique. Découvrez dans quelle catégorie vous vous situez.

C’est une première en France : un organisme public, l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria), associé à un institut de sondage (TNS Sofres), propose une étude sur les perceptions qu’ont les Français du numérique, et établi une typologie. Elle est complétée par une application qui vous permet de répondre également aux questions de l’étude, afin d’établir votre profil1.

Cette enquête qualitative, réalisée à partir d’entretiens en “face à face” sur un panel de 1 200 personnes, dessine les contours de perceptions paradoxales, entre optimisme et craintes. Si 80% des personnes interrogées reconnaissent que le numérique permet une plus grande ouverture sur le monde, elles sont 92% à faire de la protection de la vie privée sur Internet une priorité lorsqu’on les interroge sur leurs attentes liées au numérique. L’encadrement de l’utilisation par les plus jeunes arrive en deuxième position, avec 89%.

“Augmenter sa vie”

La perception du numérique, globalement positive, semble avoir évolué avec l’arrivée massive des smartphones et d’Internet dans les foyers français. Comme l’a fait remarquer le sociologue Dominique Cardon, invité à commenter l’étude au cours de la conférence de presse de présentation, le changement de sémantique est en soi important. Là où en parlait il y a encore quelques années d’ “informatique”, on parle aujourd’hui de “numérique”. Si l’informatique était considérée comme une culture spécialisée, le numérique est plus facile d’accès. Dominique Cardon précise à cet égard que “ce que perçoit l’utilisateur, c’est ce qu’on peut toucher”, d’où l’importance du mobile, qui permet “d’augmenter sa vie, à travers les écrans”.

Dans la typologie établie par Inria et TNS Sofres, qui va de l’urbain militant “Grand explorateur” au “Révolté du numérique” rural appartenant aux catégories sociales les plus modestes, l’âge est un élément fondamental. L’effet générationnel ne permet pas à lui seul d’expliquer les disparités. Le niveau de diplôme et la profession jouent un rôle prépondérant dans la manière d’appréhender le numérique. Sur cette question, Dominique Cardon relève le risque de l’apparition de deux sociétés : l’une ultraconnectée, mobile et urbaine, et l’autre réfractaire à l’usage des technologies, et inquiète.

C’est cette possibilité d’une nouvelle forme d’exclusion qu’il s’agit de combattre dans les années à venir, comme le soulignent les personnes interrogées en se prononçant massivement pour la mise en place d’une véritable éducation aux sciences du numérique dans les écoles.


Retrouvez les principales conclusions de l’étude dans l’infographie ci-dessous:

  1. application développée par 22mars, société éditrice d’OWNI []

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  • bertrand le 8 novembre 2011 - 21:46 Signaler un abus - Permalink

    En parcourant les différents thèmes évoqués, je me suis très fortement interrogé sur les réponses que j’aurai pu donner.
    Pour me situer : j’ai 45 ans, je suis chef de projet informaticien, webmaistre dans le cadre associatif. J’ai un téléphone portable qui a dix ans : c’est un téléphone et rien d’autre; je vis sans télé depuis 20 ans.

    Donc ni technophobe ni applemaniaque.

    Face a des questions sur la pédagogie ou la protection, je suis extrêmement prudent. en effet, l’expérience que la formation à l’école est plutôt de l’endoctrinement de contre vérité Hadopi compatible ou d’asservissement à la multinationale du logiciel bogué et imposé qu’une formation réfléchie s’appuyant sur une réflexion sur les concepts et sur des finalités d’éducation (apprendre des méthodes de travail, des bonnes pratiques plutôt qu’un outil).
    Sur la protection, même interrogation ; qu’il faille faire attention et ne pas croire tout propos lu sur le net, protéger sa vie privée… tout à fait d’accord, mais cela implique la même méfiance face aux propos du journaliste de Bouygues (TF1), Lagardère (presse écrite…), Ump (le “service public”) ou du politique lambda.

    Qu’ensuite les propos sur les risques liés à internet doivent systématiquement être mis en rapport de ceux liés aux outils anciens.
    Les “terroristes” ont utilisé la poste avant le mail et pourtant aucun sinistre de l’intérieur d’une quelconque se-disant démocratie n’a proposé de filtrer tous les courriers postaux au cas ou. Encore moins pour vérifier que la dernière niaiserie issue d’une émission de sous-variété de l’audiovisuelle ne serait pas planqué dans une enveloppe.

    Ce discours sur les dangers d’internet correspond bien plus aux dangers pour le pouvoir de media qui lui échappent.
    C’est effectivement très dangereux, tout citoyen peut comme jamais jusqu’à présent, s’adresser sans contrôle a priori à une grande majorité de ces concitoyens (d’un pays voire du monde développé).

    Enfin, il faut aussi rester réaliste, toute nouveauté n’est pas un progrès. Pour ma part, je pense que les trente ans qui viennes de s’écouler sont au bilan plus régrès que progrès. La technique triomphe, mais pour l’essentiel pas au service de l’homme.

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  • Julien le 9 novembre 2011 - 10:42 Signaler un abus - Permalink

    Superbe article ! Magnifique et très intéressant, merci pour le partage.

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  • Martin Quinson le 9 novembre 2011 - 18:23 Signaler un abus - Permalink

    owni semble avoir oublié de préciser que l’application http://lesfrancaisetlenumerique.inria.fr/ a été faite par / avec 22mars.fr, site associé à owni (voir les crédits de la webapp, en cliquant sur le lien adéquat).

    Donc, vous faites un article sur un travail auquel vous avez participé. Ca ne me pose pas de problème à priori, mais faudrait le préciser dans l’article, que les lecteurs sachent à quoi s’en tenir.

    Pas super clean, là.

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  • Admin le 9 novembre 2011 - 18:25 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour Martin,

    L’information est en note de bas de page, et ce depuis le début :)

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  • Martin Quinson le 10 novembre 2011 - 15:52 Signaler un abus - Permalink

    Ok, j’avais zappé, my bad. Mais faut dire que c’était écrit en tout petit là où vous mettez souvent les crédits photos…

    Bon, mes excuses, et merci pour votre travail.

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  • league of legends download le 11 novembre 2011 - 1:20 Signaler un abus - Permalink

    Thanks!

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  • Ginko le 15 novembre 2011 - 17:29 Signaler un abus - Permalink

    >elles sont 92% à faire de la protection de la vie privée sur Internet une priorité lorsqu’on les interroge sur leurs attentes liées au numérique.

    WTF, m’aurait-on menti ? Les gens sur Facebook serait-ils conscients de ce qu’ils font ??? Et ça, ce n’est que le web… Je veux dire, quid des flux IM en clair ? Les gens ont-ils juste jamais entendu parler de “protocole” ???

    La perception par une personne de sa propre perception d’un domaine dont elle ne comprend rien signifie-t-elle beaucoup ?

    >C’est cette possibilité d’une nouvelle forme d’exclusion qu’il s’agit de combattre dans les années à venir, comme le soulignent les personnes interrogées en se prononçant massivement pour la mise en place d’une véritable éducation aux sciences du numérique dans les écoles.

    Lol, “une véritable éducation aux sciences du numérique”, c’est avec ce genre de pensées que la France s’est pris 10 ans d’échec en “informatique” ( http://www.weka.fr/actualite/education-thematique_7847/au-bout-de-dix-ans-de-pratique-du-b2i-nous-constatons-un-echec-article_66593/ )…

    Si l’INRIA est infoutue de penser en termes d’informatique et non de numérique (dans le sens où vous l’avez défini dans cet article), nous ne sommes pas prêts d’arrêter de foncer encore et encore droit dans le mur (la tête la première).

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  • Martin Quinson le 15 novembre 2011 - 17:52 Signaler un abus - Permalink

    @ginko:

    L’auteur de l’article que vous citez se félicite (à juste titre) de l’ouverture prochaine de l’option “Informatique et sciences du numérique” en Terminale S. Et vous utilisez cet article pour moquer ceux qui confondent informatique et sciences du numérique… vous devriez lire vos sources.

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  • Ginko le 15 novembre 2011 - 21:05 Signaler un abus - Permalink

    @Martin Quinson:

    Ah vrai dire, j’ignore ce que les grands pontes de l’EN entendent par « Sciences du numérique »… Jean-Pierre Archambault ne détaille pas la chose et je n’ai pas eu le temps de me documenter plus profondément.

    Ce que je sais, c’est qu’avoir à l’époque pensé en termes de “numérique” a mené à des âneries comme le B2i, les tableaux blancs numériques ou encore les ENT (Espace numérique de travail), malfoutus et couteux.

    Alors ouais, l’option “Informatique et sciences du numérique” en Terminale S, c’est super… wahou \o/ m’enfin merde, ça fait 10 ans qu’elle aurait du ouvrir, cette option ! Aujourd’hui, on devrait en être à un cours de sciences informatiques en tronc commun au lycée dès la seconde et le programme pour la nouvelle décennie devrait être d’ouvrir le cours de sciences informatiques en tronc commun au collège. Et je parle bien de cours d’informatique théorique, pas ces bêtises de « pratique du numérique ».

    Vraiment, je ne moque pas « ceux qui confondent informatique et sciences du numérique », ce n’est pas de leur faute. Non, en fait, je suis exaspéré.

    Je suis exaspéré du fait que ce soit seulement maintenant, 10 ans après le début du massacre, que l’on commence enfin à admettre ouvertement un échec qui était prévivsible — et prévu par les rares aux idées claires — dès le début. Oui, c’est un massacre, 10 ans de retard, une moitié de génération, quel gâchis !

    Alors oui, je suis énervé, exaspéré, indigné !

    Je suis indigné par cette élite politico-industriel qui joue avec notre avenir. Parce que, j’en ai l’intiution (mais il est dur d’en avoir des preuves), cette obsession du numérique ne vient que des industriels. Sinon pourquoi ce lancinant concept de « fracture numérique » prétendument dangereux, et qui ne pourrait n’être vaincu qu’en __équipant__ toute la France, toutes ses générations ???

    Que les politiciens, joués des financiers et industriels, s’approprient ce verbiage du « numérique », soit ; mais que les pontes de l’EN le digèrent et le revendiquent !

    L’austérité, c’est super (enfin, quand on veut juste terminer son mandat…), mais ça sert à quoi si à côté on sacrifie une génération (celle qui justement arrive à la vie active) en omettant délibérément de lui donner les armes pour se débrouiller dans la vie ? Parce que oui, dans un pays qui a abandonné son industrie (je parle ici de la vraie, celle qui produit des biens et pas des services), et dont 3/4 des nouveaux emplois créés depuis plus de 10 ans (je n’ai plus la source) sont créés dans le domaine informatique, un enseignement théorique informatique est essentiel.

    Aujourd’hui, je ne vois autour de moi que des « illétrés informatiques » — y compris la petite cousine scotchée à son iPhone et le petit cousin, qui passe le plus claire de son temps devant des forums et autres jeux video. Ils sont bien « numérisés » mais absolument pas « informatisés ». Et ça pénalisera la France lorsque dans 10 ans, actifs, ils feront de mauvais choix parce qu’ils sont intrinsèquement incapables de comprendre les 100 outils qu’ils utilisent chaque jours.

    Et pourtant, nous avons le potentiel, j’en suis sur, d’être leaders dans le domaine des NTIC. Nous sommes bien parmi les meilleurs sur l’open source (la source me manque, une nouvelle fois). Mais quand je vois que les chinois sont capables de produire de A à Z (du processeur à la stack logicielle) un « super computeur » 14éme au Top500 ( http://linuxfr.org/news/le-top%C2%A0500-de-novembre%C2%A02011 ), je me demande si le retard français peut encore être rattrapé…

    Alors ouais, quand je rencontre une étude de l’INRIA sur le rapport des français au numérique, ça me fait doucement rire — jaune. Et si on parlait un peu du rapport des français à l’__informatique__ pour changer ? (Mais je sais, ce n’est pas dans l’intérêt des élites myopes de notre chère nation… et puis ça ferait mal de contempler le désastre directement, pas vrai ?)

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  • Martin Quinson le 15 novembre 2011 - 21:56 Signaler un abus - Permalink

    @ginko:

    pas de panique, c’est bien de la science informatique que va traiter l’option à venir (si elle ouvre, on sait jamais en temps d’élections).

    Votre constat est partagé par beaucoup, et il ne faut pas vous bloquer sur le mot “numérique” ici, quoi qu’un peu malheureux. On parle du computational thinking de Wing (http://www.cs.cmu.edu/afs/cs/usr/wing/www/publications/Wing06.pdf) et de la pensée algorithmique (http://www.fondation-cigref.org/les-bouleversements-de-la-pensee-algorithmique/). Le second lien contient des éléments sur ce qui devrait constituer l’option à venir.

    M’est avis qu’il est préférable de parler de la bonne chose sous un nom discutable que le contraire, n’est ce pas ?

    Disclamer: je travaille dans une équipe INRIA moi-même, et je participe un peu à la mise en place de l’option ISN. L’inria n’est cependant pas mon employeur.

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  • Ginko le 16 novembre 2011 - 0:14 Signaler un abus - Permalink

    @Martin Quinson:

    Et bien, certes, je dois admettre que ça me rassure un peu — très légèrement — de savoir qu’il y a au moins quelques personnes raisonnables « dans la place ». Mais je ne peut pas croire qu’il n’y en avait pas déjà il y a une dizaine d’années lorsque l’on a “designé” l’entrée du numérique (sic) dans l’école. Et je pense, que le fait d’avoir laissé parler de numérique à la place d’informatique à l’époque n’est pas étranger à ce qui en est sorti, avec toutes les conséquences que l’on connait, et toutes celles qui vont en découler.

    Je sais qu’il peut paraître superficiel de « chipoter » sur le terme employé. C’est mon côté « stallmanien aux entournures » (http://www.framablog.org/index.php/post/2011/08/23/librologies-rms). Mais je pense qu’en permettant d’utiliser 2 mots pour une même idée, tout ce que l’on gagne, c’est de ne pas parler de ja même chose — et ici, de ne pas se mettre d’accord sur la même chose. C’est peut-être ce qu’il s’est passé à l’époque…

    D’autre part, pour en revenir à l’article… et bien, il est justement très précis sur le sujet !

    >La perception du numérique, globalement positive, semble avoir évolué avec l’arrivée massive des smartphones et d’Internet dans les foyers français.

    On parle bel et bien de matos !

    >Comme l’a fait remarquer le sociologue Dominique Cardon, invité à commenter l’étude au cours de la conférence de presse de présentation, le changement de sémantique est en soi important. Là où en parlait il y a encore quelques années d’ “informatique”, on parle aujourd’hui de “numérique”. Si l’informatique était considérée comme une culture spécialisée, le numérique est plus facile d’accès. Dominique Cardon précise à cet égard que “ce que perçoit l’utilisateur, c’est ce qu’on peut toucher”, d’où l’importance du mobile, qui permet “d’augmenter sa vie, à travers les écrans”.

    Euh… sic !

    >Sur cette question, Dominique Cardon relève le risque de l’apparition de deux sociétés : l’une ultraconnectée, mobile et urbaine, et l’autre réfractaire à l’usage des technologies, et inquiète.

    Le terme « ultraconnectée » reflète plus un état matériel qu’un qu’une quelconque qualification de l’usage de la-dite connexion, non ? (en dehors de cette « massivité », déjà citée plus haut)

    Je continue à penser qu’il ne faut pas parler — même des bonnes choses — sous des noms discutables car il est alors bien trop aisé de ne pas parler de la même choses ; de se méprendre sur ce qui est dit. Le quiproquo n’est jamais loin et surtout, même si sur le coup, l’on s’est « compris » (l’on a parler de la même chose), rien ne dit que d’autres personnes nous « comprennent », ni même que les interlocuteurs d’origine continuent à se « comprendre » dans le futur.

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  • Martin Quinson le 17 novembre 2011 - 9:50 Signaler un abus - Permalink

    @ginko: ouais, là, euh, sic aussi…

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  • Jacques Baudé le 26 novembre 2011 - 12:36 Signaler un abus - Permalink

    Pour rebondir sur les propos de Martin Quinson “ça fait 10 ans qu’elle aurait dû ouvrir”. Rappelons qu’une option informatique d’enseignement général au lycée a existé dans les décennies 80 et 90 du siècle dernier … Lire :
    http://www.epi.asso.fr/revue/histo/h10oi_jb1.htm

    Elle a été supprimée (par deux fois) pour de mauvaises raisons par les “responsables” du ministère de l’Education nationale qui considéraient que “la France n’avait plus besoin d’informaticiens” (citation de mémoire)

    Que de temps et de vocations perdus …

    Jacques Baudé
    26-11-2011

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  • Martin Quinson le 26 novembre 2011 - 14:03 Signaler un abus - Permalink

    @Jacques: Ah, je me souviens de cette option au siècle passé: je l’avais suivi en tant qu’élève (en primaire puis en seconde), et elle a bien participé à ma vocation ;)

    Espérons que nous aurons l’occasion de rattraper le retard à présent.

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