Les Anonymous dans l’agenda politique

Le 28 novembre 2011

Alors qu'ils viennent de fixer leur prochaine opération d'envergure au 17 décembre, le sérieux des Anonymous au plan politique est confirmé par plusieurs travaux. Changement d'époque.

Le 17 décembre prochain, les Anonymous lanceront l’opération « horizon » qui devrait consacrer leur rôle politique. Ce jour-là, les Anonymous commémoreront la date anniversaire du décès de Mohammed Bouazizi, à l’origine de la révolution tunisienne et du printemps arabe. Mais aussi, ils célèbreront l’anniversaire de Bradley Manning, qui fêtera le même jour ses 24 ans en prison, pour avoir transmis des documents classifiés à Wikileaks.

L’évènement interviendra alors que, selon plusieurs études et travaux de recherche, le phénomène des Anonymous change de dimension et peut prétendre maintenant à une véritable légitimité politique. Le constat s’impose notamment à la lecture du dernier article de l’anthropologue new-yorkaise Gabriella Coleman, rare chercheuse spécialisée depuis plusieurs années sur les Anonymous et les collectifs de hackers.

Bouclier

La semaine dernière, elle a publié un texte dans le dernier numéro de Public Culture, une revue universitaire de sciences humaines consacrées aux cultures populaires avec un goût prononcé pour les sujets internationaux et numériques.

Coleman revient d’abord sur la décision de la Cour suprême de l’État de New York du 15 novembre dernier, qui a affirmé le bien-fondé de l’anonymat dans les discours et les interventions militantes. Un détail qui agaçait certains New-Yorkais désireux de faire interdire les rassemblements prévus dans le cadre de l’opération OccupyWallStreet. En vain. Pour le plus grand bénéfice des actions politiques marquées Anonymous. Car selon la haute juridiction :

L’anonymat est un bouclier contre la tyrannie de la majorité

Mais pour Gabriella Coleman, si le mouvement Anonymous fixe bel et bien un agenda politique, en prenant des positions fortes (comme en Iran ou en Égypte), il subit néanmoins des tensions propres à la culture des hackers. Entre d’une part des communautés simplement structurées autour d’une idéologie libérale concernant le partage de l’information et la circulation des données ; et d’autre part des communautés plus soucieuses de se concentrer sur des actions politiques utiles dans la vie réelle.

Émancipation

Signe des temps, la revue trimestrielle des hackers, 2600 [en], a consacré son numéro d’automne à Anonymous et aux résultats de ses actions politiques. Avec une longue enquête sur les attaques contre le groupe de presse de Rubert Murdoch et l’impact de telles initiatives contre la presse populiste. Comprenez : en faveur de l’émancipation des consciences.

En France, deux experts des cultures numériques sortent ces jours-ci un livre plutôt historique sur le sujet – « Anonymous » de Frédéric Bardeau et Nicolas Danet, chez Fyp Éditions. Et tentent d’apporter des explications à la crédibilité politique de ce phénomène reposant sur l’anonymat et la décentralisation ; un peu au doigt mouillé, mais au terme d’un récit plutôt complet. Pour les auteurs :

Les structures du pouvoir au niveau international et celles des pays les plus développés paraissent opaques, liées à une élite intéressée uniquement par l’argent et disposant de forts moyens de pression sur les décideurs politiques et les médias (…) Anonymous répond par un contre-pouvoir symbolique mais actif (…) Le but est la remise en cause des pouvoirs actuels, considérés comme oppressifs par une certaine partie de la population, et ce partout dans le monde, avec pour résultat espéré une réappropriation de l’espace public d’Internet, et à terme de l’espace public tout court.

À voir, une infographie de Martin Wolf sur l’histoire des Anonymous depuis 1940 :

(licence CC BY-ND 3.0)


Photos de Jacob Davis [cc-by-nc-nd] via Flickr
Image de Une par Ophelia Noor avec une photo de Jacob Davis

Retrouvez les autres articles du dossier :
Les Anonymous sautent sur Téhéran et Liberté, je chiffre ton nom

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  • Worti le 29 novembre 2011 - 14:49 Signaler un abus - Permalink

    Pourquoi faut-il qu’on ponde des bouquins sur un mouvement pour qu’on puisse enfin le qualifier d’”influent”?

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  • Momo-B le 2 décembre 2011 - 1:52 Signaler un abus - Permalink

    A propos de la dernière image, la chronologie :

    “17 décembre : immolation de Mohamed Bouazizi à Tunis”.

    C’est faux. C’était à Sidi Bouzid.

    Cordialement.

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  • vseevfc zudqg le 7 décembre 2011 - 12:54 Signaler un abus - Permalink

    Anonymous rime parfaitement avec déni de justice.

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  • Bug-in le 8 décembre 2011 - 1:44 Signaler un abus - Permalink

    Vous pouviez pas vous en empêcher n’es ce pas ? parler de structure “libérale” au lieu de non autoritaire ?

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  • fruity le 21 décembre 2011 - 15:49 Signaler un abus - Permalink

    C’est tout?
    5 commentaires pour un groupe de personnes qui se décident enfin a “ré-agir”? Agir pour nous. Pour vous.
    Ce que j’aimerai: qu’une personne se revendiquant anonymous arrive a se présenter aux élections (en espérant qu’aucun camion ne finisse par l’écraser).

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  • Bug-in le 22 décembre 2011 - 0:00 Signaler un abus - Permalink

    @fruity C’est la qu’il y a incompréhension majeure. Les anonymous c’est pas des gens qui agissent pour nous vous. Les anonymous, c’est nous. C’est a chacun de nous d’être anonymous. Il n’y a rien a espérer dans une quelquonque représentation politique.
    Qu’on fait les parties jusqu’a présent a part installer le capitalisme et son état de crise permanent (dont on commence enfin a ressentir l’actualité tel qu’il se fait), pour ceux qui ont eu le pouvoir entre les mains, et faire miroiter des promesses et obtenir la paix sociale pour les autres ?
    La politique c’est chacun de nous.

    Après si tu veux voter anonymous, il y a le parti pirate. Mais perso, je suis anarchiste.

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  • Franck le 22 décembre 2011 - 4:08 Signaler un abus - Permalink

    Pour le Réseau Voltaire, c’est la CIA qui est derrière Anonymous, comme d’ailleurs le CNT en Libye, le CNS en Syrie

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  • Bug-in le 22 décembre 2011 - 11:47 Signaler un abus - Permalink

    @Frank, pour les anonymous le réseau voltaire dit largement n’importe quoi ! Il suffit de se connecter a l’IRC des anons et de les rejoindres dans les actions de canons a ion. Autrement dit, n’importe qui peu le faire. Et c’est n’importe lequel d’entre nous. ça n’a rien avoir avec la CIA.

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  • [...] Cachés sous des masques du héros de bande dessinée V  ” V pour Vendetta” , le groupe est tenu responsable des attaques contre l’église de scientologie, les majors de disques, Facebook, Wall Street, ou encore PSN network. Ces hacktivistes donnèrent des informations aux manifestants lors du printemps arabes pour lutter contre la censure sur le web. Ils auraient même permis de faire fléchir un cartel de drogue au Mexique après que les trafiquants aient capturé un des leurs, ils menacèrent de divulguer des informations montrant le lien entre le gouvernement et les trafiquants. Le prisonnier fut libéré quelque jours suivant la menace. Cet article très intéressant résume bien l’histoire et l’importance de ce cyber-group… [...]

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