Ces petits jeunes qui se lancent dans le papier

Le 7 juin 2010

Alors qu'une crise sans précédent ravage la presse papier, lancer un nouveau magazine semble être une entreprise impossible. Pas si sûr, si on en croit le nombre de nouvelles publications lancées récemment par de jeunes (non)journalistes.

Ils sont jeunes, et sortent tout juste d’école de journalisme ou de Sciences Po, voire sont encore étudiants. Leur premier réflexe en se frottant au monde du travail ? Lancer leur propre canard. Coup sur coup, plusieurs nouveaux journaux ont été lancés ces derniers mois. Pas de simples feuilles de chou distribuées aux potes ou dans les travées des amphis, non, de vrais canards, avec parfois un budget de lancement conséquent, ou de nouveaux circuits de distribution. J’ai connu quelques précédents, comme celui de Terra Eco, initialement lancé uniquement sur le Net et sur abonnements avant de franchir le pas de la sortie en kiosques, pour lequel j’avais participé au lancement les premières années.

Alors voilà, comme on parle (trop) souvent de la crise de la presse, il fallait parler de ces titres de presse papier – et encore… je ne parle pas ici de ces nouveaux pure players du web, tel Owni, alternatives aux Rue89 et autres Bakchich, dont je parlais dans ce papier pour 20minutes.fr.

Usbek & Rica, la nouvelle revue/livre vendue en librairies

C’est la dernière-née: lancée cette semaine, calquée sur le modèle à succès de la revue XXI, la revue trimestrielle Usbek & Rica est vendue exclusivement en librairies (et bien sûr par abonnements). Jolie maquette (quoi qu’un peu plus austère que celle de XXI), papiers fouillés, un peu de BD, photojournalisme et nouvelles, on est ici entre XXI, donc, mais aussi Wired, Technology Review, et les ex-Transfert et Futur(e)s.

Papier mat et épais, ce magazine pas donné (15 € le numéro) repose sur un modèle entièrement sans pub, comme XXI. Malin, son fondateur a donc misé sur un réseau de distribution particulier, les librairies, comme j’en parlais cette semaine dans ce papier. Point de détail non négligeable, Jérôme Ruskin a 26 ans. Et une bonne partie de l’équipe de fondateurs est dans la même moyenne d’âge. Pour mener ce projet a bien, il a réussi à boucler une première levée de fonds de 500 000 € auprès de plusieurs investisseurs en surfant sur la loi TEPA, et via un prêt Oséo. Pas mal. Et auprès d’investisseurs divers, comme Stéphane Distinguin, de la FaberNovel.

Snatch, “le shot culturel”

Ils n’ont pas osé “le shoot culturel” ;), j’aime bien ce bimestriel culturel qui balaie large, avec une maquette simple et élégante. Au menu de ce second numéro: sujet sympa sur “la tektonik est-elle morte?”, interview Robert Hue, analyse des stratégies marketing chez les littéraires médiatiques, retour sympathique sur le Paris skinhead des années 80 (jolie portfolio au passage), portrait de Jamie Lidell, et bien sûr des chroniques ciné, musique et jeux vidéos. Juste surprise de trouver quelques pages mode dont on ne sait pas trop ce qu’elles font là…

Reste à voir s’il se distinguera dans les nombreux magazines culturels indé déjà présents en kiosques…

L’imparfaite: revue érotique assumée

J’avoue, celui-là, je ne l’ai pas (encore) eu entre les mains, je l’ai glissé dans cette sélection de magazines lancés par des jeunes journalistes parce que ma voisine de bureau m’en a parlé… Mais on en avait déjà pas mal parlé, de ce magazine un peu cul lancé sous le manteau par des étudiants de Sciences Po, dont le numéro 1 a été lancé le 12 mai, disponible notamment dans la boutique Passage du désir à Paris, et en ligne. Ici encore, ce sont essentiellement des jeunes journalistes qui sont à l’origine du projet.

Dans cette revue vendue 10 €, entre livre et magazine, on trouve une soixantaine de photos inédites, des textes analytiques et des reportages. Au sommaire de ce premier numéro: le triolisme aquatique, le coup d’un soir, ” Youporn Wonderland”…

Mégalopolis: le Grand Paris à travers un mag

Non, il n’est pas question d’aménagement du territoire dans ce jeune magazine “du très grand Paris”, lancé notamment par des anciens de Sciences Po (à peu près tous banlieusards ;), L’équipe de Mégalopolis, conseillés notamment par Renaud Leblond, directeur de la Fondation Lagardère, et Christian Fevret, fondateur et directeur des Inrockuptibles.

Son numéro 2, qui vient de sortir en kiosques, aborde entre autres, avec un ton volontiers sarcastique, la question de “l’ennui en banlieue” (certes, le reportage se limite à Versailles, Champigny et Deuil-la-Barre), les universités en Île-de-France, comporte un sujet prospectif bien vu sur l’immigration en Île-de-France en 2050… Y a des sujets pédagos, historiques (Passé/Présent: La cité-jardin de Suresnes), politiques, ou bassement matériels (“Où pisser à Paris ?).

Vendu 3 euros, ce “magazine de la génération Grand Paris” vise avant tout un public jeune. Le premier numéro, tiré à 7 000 exemplaires, était distribué dans plus de 1 500 points de vente (kiosques, librairies…) dans toute l’Île-de-France.

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Allez donc jeter un coup d’oeil sur notre “une” consacrée à Usbek et Rica ! /-)

Billet initialement publié sur le blog de Capucine Cousin, sous le titre “Usbek & Rica/Snatch/Megalopolis/L’Imparfaite: ils sont jeunes, ils en veulent…”

Crédits Photo CC Flickr : Splorp, Usbek et Rica, Snatch, Megalopolis, L’Imparfaite.

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  • Pierre Morel le 7 juin 2010 - 13:41 Signaler un abus - Permalink

    Si ce panorama est très encourageant, une étude plus poussés du modèle économique de ces journaux ainsi que des conditions de productions serait nécessaire.

    Je dis cela car pour le numéro 2 de Mégalopolis, un appel à contribution avait été lancé sur internet par la rédaction. J’y ai répondu en tant que photographe mais on m’a tout de suite (et clairement) signifié qu’il n’y avait pas de budget pour rémunérer le contributeur. Dès lors, la discussion s’est arrêté de manière courtoise, la rédaction de Mégalopolis arguant ne pas avoir d’argent pour financer les journalistes qui collabore au journal.
    Soit, dans l’immédiat ce n’est pas si grave que ça et c’est tout à fait leur droit de monter un journal sans payer les producteurs de contenus. Mais dans l’hypothèse où l’on veut que ça soit un journal qui dure et qui réinvente un peu l’économie des médias, je ne vois pas d’un bon œil le fait de généraliser la pratique du travail gratuit.

    Les salaires et les montants des piges des nouveaux venues dans le monde des médias (web ou print) gagneraient à être mieux connus et explicités au risque de laisser croire que des solutions marchent alors qu’elles n’assurent pas le minimum financier à une rédaction.

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  • Mélissa (Megalopolis) le 7 juin 2010 - 18:29 Signaler un abus - Permalink

    Pierre,

    Nous ne nous payons pas non plus, toutes les contributions sont donc gracieuses. Lorsque nous aurons les moyens de nous payer, nous le ferons aussi pour ceux qui travaillent avec nous.

    Et le modèle économique de la presse papier, si nous l’avions trouvé, je crois que nous serions les rois du pétrole.

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  • Pierre Morel le 7 juin 2010 - 18:35 Signaler un abus - Permalink

    Melissa,

    Je sais que vous faites ça vous aussi bénévolement et mon commentaire ne se veut pas être un reproche mais plus une réflexion sur le fait que des nouveaux journaux, aussi bons soient-ils, existent aujourd’hui parce-qu’ils ont la possibilité de compter sur le bénévolat (l’engagement) d’une rédaction et que ce n’est pas forcément viable à long terme. Il aurait été interessant de savoir par exemple votre business plan ou pendant combien de temps vous comptez participer à cette aventure ou est ce vous perdez de l’argent là dedans en tant que jeunes journalistes, etc :).

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  • Quentin Girard le 7 juin 2010 - 19:45 Signaler un abus - Permalink

    Bonsoir

    En fait, il y a déjà eu deux numéros de L’imparfaite. Le premier est sorti en octobre (qui était le numéro 0), et le second le 12 mai dernier. D’où parfois la confusion :). 2000 exemplaires à chaque fois, rythme bi-annuel.

    Et la couverture, c’est plus celle-là:
    http://limparfaite.com/files/limparfaite-numeroun.jpg

    (La couverture là dans votre article était plus une présentation avant la sortie du numéro 0)

    On peut l’acheter là:
    http://www.passagedudesir.fr/limparfaite-nouvelle-edition-dispo-en-prevente-p-793.html

    Et pour @Pierre Morel, de grands médias comme Rue89, trois ans après leur création, fonctionnent encore ou fonctionnaient récemment énormément sur la pige gratuite ou la reprise de contenus gratuits. Alors des toutes petites publications….

    Quentin

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  • Capucine le 7 juin 2010 - 22:51 Signaler un abus - Permalink

    @ Pierre : ta remarque est juste, mais il est vrai qu’en phase de lancement,les canards sont assez souvent contraints de faire appel à des plumes bénévoles, à moins d’avoir eu la chance (rare) d’effectuer une grosse levée de fonds…
    J’avais participé à “TerraEco” à ses débuts, j’ai été pigiste-bénévole un certain temps avant que le journal puisse rémunérer ses collaborateurs… En revanche, je me suis éclatée sur des sujets divers, et des dossiers que je n’aurais alors pas eu l’occasion de publier avant. C’est un des avantages à participer à ce genre d’aventures quand on est jeune journaliste.
    PS: contrairement à ce que le titre de ce billet pourrait laisser croire, je tiens à préciser que je n’ai que 10 ans de journalisme derrière moi (et non, je n’en suis pas à parler de “petits jeunes” dans la vie de tous les jours ;).

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  • Jonathan le 8 juin 2010 - 15:01 Signaler un abus - Permalink

    Ben ! Et Causette (http://www.brindecausette.fr/) alors ? Certes, c’est déjà le numéro 8, et il a déjà un an passé… mais il fait aussi parti de cette génération de nouveaux canards lancés par des petits jeunes du journalisme. Pourquoi ne pas l’inclure ici ? Ou est-ce juste un oubli ?

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