Les débuts du crowdsourcing appliqué au journalisme

Le 12 octobre 2010

Expérimentation ou nouvelle source de financement du journalisme? Spot.US exposait lundi à quelques journalistes son modèle, que commencent à adopter d’autres start-ups. Dont le Français, Glipfix, qui se lance le 27 octobre.

Cofinancer les reportages et sujets d’investigation qu’il aimerait lire: le rêve de tout lecteur, un journalisme sur mesure qui est en train de prendre ses marques. Et auquel se greffent de nouveaux pure players de l’information.

Depuis maintenant deux ans, sur sa plateforme participative, la start-up américaine Spot.US , comme on en parlait ici, propose aux internautes de soutenir financièrement des idées de reportages qu’ils aimeraient lire, soumises sur le site par des journalistes indépendants. Ou comment le crowdfunding (levée de petites sommes d’argent auprès d’internautes), appliqué au domaine culturel, s’étend au journalisme.

Son fondateur, le journaliste David Cohn, est venu parler de son concept devant une poignée de journalistes, lors d’une masterclass organisée lundi par Citizenside et le World Editors Forum.

Reportages à la demande

Le concept, donc : comme ces sites musicaux où les internautes peuvent plébisciter et financer en ligne, et donc permettre aux artistes de se faire produire par des internautes (tel MyMajorCompany), SpotUS propose aux internautes de choisir le sujet d’article (leur story favorite) qui les intéresse le plus, parmi les propositions de sujets présentés sur le site par des journalistes freelance. Du journalisme à la demande, en somme : « Dans un resto, si le serveur décide de ce que vous allez manger, vous faites demi-tour. C’est pareil avec les médias aujourd’hui », estime David Cohn.

Non Profit Organization

Plutôt qu’une start-up, Spot.US se définit comme une « non-profit organization », un « projet à but non lucratif visant à être pionnier du journalisme payé par la communauté », précise David Cohn. Sur son site Internet, Spot.Us déclare d’ailleurs vouloir permettre au public « de lancer des enquêtes avec des donations déductibles fiscalement, sur des sujets importants et peut-être négligés » (sous-entendu par les rédactions classiques).

Pour autant, un modèle économique s’esquisse: outre les donations effectuées par les internautes (ils peuvent soutenir Spot.Us en plus de leurs financements d’articles), Spot.US vit du mécénat (donateurs privés), mais aussi de publicité. Et ce de manière originale : ici, pas de bannières, mais depuis le mois de juillet, les annonceurs peuvent proposer des sondages en ligne : l’utilisateur qui accepté de d’y répondre reçoit 5 dollars à dépenser pour financer un des articles sélectionnés par l’annonceur.

Le site compte ainsi une audience moyenne de 2 000 pages vues par jour, une communauté de 2 000 membres, et en moyenne « 5 articles publiés par semaine ».

No comment en revanche sur le chiffre d’affaires. Le record en termes de financements? « Trois de nos sujets ont reçu 13 000 dollars de financements », précise David Cohn. De quoi faire rêver tout grand reporter…

Un des reportages les plus impressionnants cofinancés par les internautes était ainsi consacré à l’histoire d’un amas de déchets flottant dans l’océan Pacifique. Consécration du concept de Spot.US, le quotidien le New York Times avait précommandé ce reportage, publié dans ses pages en novembre 2009.

Résultat, les frais engagés par la journaliste Lindsey Hoshaw pour réaliser son reportage lui ont été réglés d’avance non pas par le commanditaire de cet article, le NY Times, mais par des centaines de donateurs, via Spot.US. Elle a récolté 6 000 dollars de dons.

Ce qui permet donc de financer des reportages aux coûts (déplacements, etc) parfois élevés, surtout pour des journalistes indépendants, qui doivent habituellement avancer les frais avant de les voir couverts par la rédaction qui publiera leur papier. Qui plus est, cela donne au journaliste le temps d’enquêter en profondeur. Du temps et des moyens, une denrée qui se raréfie d’ailleurs pour les journalistes dans les rédactions.

Déclinaisons à l’étranger

En tous cas, le concept commence à faire florès un peu partout dans le monde : avec Gojournalism.ca au Canada, YouCommNews.com en Australie, Spotus.it en Italie… Même un portail dédié au cofinancement de projets de photojournalisme a vu le jour, Emphas.is.

Version bêta publique de Glipfix le 27 octobre

En France aussi, le premier site dédié au co-financement de reportages s’apprête à voir le jour. Glifpix, en sommeil depuis un an, sera lancé le 27 octobre, annonçait hier la newsletter spécialisée Satellinews.

« Nous allons lancer notre plateforme en version bêta publique », confirme à Owni.fr Hélène Huby, directrice de projet chez FaberNovel. La société dédiée à l’innovation va financer Glipfix pendant 6 mois, durant lesquels « nous allons tester le concept, et selon les retours des utilisateurs, esquisser notre modèle économique », précise Hélène Huby.

Pour développer la plateforme technique de Glipfix, les partenaires (JamesSpot, Exalead, BayardPresse, Bearstech et FaberNobvel) avait déjà reçu une dotation de 250 000 euros par le ministère de économie et des Finances.

Deux journalistes (Sylvie O’Dy et Hala Kodmani) qui étudieront les propositions de sujets. « Les sujets d’investigation, de reportage demandant du temps, seront privilégiés », précise Hélène Huby.

Un autre petit nouveau devrait émerger sur le même modèle en France : J’aime l’info déjà présenté ici, et que l’équipe de Rue89 [disclaimer : média auquel je collabore] devrait dévoiler le 22 octobre, lors de la Journée de la presse en ligne, organisée par le SPIIL.

À suivre…

Crédit photo CC FlickR par st bernard

À lire aussi notre dossier sur le crowdsourcing et celui sur le crowdfunding

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  • Plessis le 13 octobre 2010 - 14:39 Signaler un abus - Permalink

    Merci pour cet article !
    Concept très intéressant je trouve…

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  • Pierre Crevoisier le 19 octobre 2010 - 10:03 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour,

    Ce concept-là, c’est du crowdfunding, pas du crowdsourcing. Il y a une petite nuance mais, à l’heure des doux mélanges, il est sans doute utile de le dire.

    Pierre

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  • pierre94500 le 3 juin 2011 - 8:08 Signaler un abus - Permalink

    Glifpix c’est du vent…
    On mesure la qualité d’une entreprise sur sa capacité à résoudre les réclamations ou autre demande clients.

    J’ai soutenu financièrement un projet, or celui-ci à été abandonné en cours de route par leurs créateurs.
    Les fonds ne m’ont pas été re-crédités.

    Le 1er avril j’ai donc envoyé un email.
    Aucune réponse.

    J’ai donc joint la responsable H.Huby qui m’a affirmé faire le nécessaire.

    15 jours plus tard, toujours sans nouvelle (et sans mes crédits) je rappel.

    Pas de H.Huby, par contre mon interlocutrice va m’affirmer la chose incroyable suivante :
    “Si vous n’avez pas été remboursé c’est qu’il y a une raison précise à cela” (me le répetera deux fois).

    A partir de ce moment cette H.Huby va devenir injoignable (absente, en réunion, viens de partir, extinction de voix, etc).
    Jouer au mort, une attitude minable pour une professionnelle.

    Si vous demandez quelqu’un d’autre s’occuppant de glifpix, chez fabernel il n’y a personne !
    Donc tous les noms que vous voyez sur la page “about” de leur site sont bidons…

    Maintenant cette H.Huby est en congé maternité !, c’est un certains Mr Coupez qui peut répondre…
    Même blabla, il à bien noté mon tél (j’ai du leur donner au moins 5/8 fois), mon email assuré de faire quelque chose….1 mois plus tard, rien, aucune réponse.

    Glifpix c’est encore un concept 3.0 / communiqué de presse à tout le monde mais rien dedans….et ça veut jouer à spot.us

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  • pierre94500 le 7 juillet 2011 - 6:59 Signaler un abus - Permalink

    Suite au commentaire précédent, le 07 juillet je suis enfin remboursé. Dailleurs merci à paypal de m’avoir informé…

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