Qui sont les digital natives?

Le 14 novembre 2010

La culture de la Génération Y présente des caractéristiques qui causent bien des problèmes au sein de l’entreprise. Retour sur ce qui distingue cette génération de ses aînés.

Probablement dans le but de se rassurer, on parle souvent d’usages lorsque l’on évoque l’avènement du web. A mon sens, il s’agit d’un understatement important qui entretient une certaine incompréhension. La relation au web a développé une culture forte avec ses principes, des valeurs et des habitudes.

En cela, les Digital Natives disposent d’un ADN tout autant révolutionnaire, bien que moins spectaculaire, que la génération des baby-boomers.

Cette Génération Y présente des caractéristiques culturelles qui causent d’épineux problèmes au sein de l’entreprise en particulier au niveau de la propagan… erm… communication interne.

Nous avons ici à faire avec des travailleurs de la connaissance, post-idéologiques,  sur-éduqués, sur-informés et irrévocablement connectés. Bref : une génération à qui il va être difficile de faire ingurgiter le corporate BS.

Quelques pistes pour faciliter cette communication…

Travailleurs de la connaissance

Même si le terme de Peter Drucker date de 1959, les Digital Natives semblent être la première génération à l’avoir assimilé de manière aussi naturelle et radicale.

La conséquence, que n’a pas omis de préciser Drucker, et qui est complètement intégrée dans la psyché des Digital Natives : si comme le disait fort justement Marx les ouvriers sont aliénés dans leur relation au patronat parce qu’ils ne possèdent pas les outils de production, il n’en n’est pas du tout de même pour les travailleurs de la connaissance : leur outil de production est leur savoir.

Drucker continue en expliquant que c’est la raison pour laquelle l’entreprise ou l’organisation a bien plus besoin du travailleur de la connaissance que l’inverse. Il s’agit là d’un changement radical dans la nature de la relation entreprise-employé.

Solution pour la communication d’entreprise : éliminer le postulat de subordination dans la relation avec l’employé pour instaurer une relation d’échanges réciproques et équilibrés.

Post-idéologique

S’il est bien un point sur lequel la génération connectée diffère des précédentes c’est celui-là.

La génération des boomers restera celle de l’adolescence de l’homme moderne. Une génération dont on se rappellera plus pour avoir fait les idiots tous nus à consommer des substances illégales en proclamant du Debord de San Francisco à Paris que pour ce qu’ils sont devenus (publicitaires, patrons de média etc … bref : la tête de pont de la société du spectacle).

Par bonté d’âme on se gardera de porter un jugement sur le legs de la Génération suivante (GenX), dont je suis et qui n’aura su se dépêtrer de l’ombre envahissante de la précédente.

Bref : tout ce joli et salvateur bazar aux fondements très à gauche a donné naissance d’une part à la contre-culture, avec les conséquences que l’on sait. De l’autre, en réaction (ou dans la continuité cela dépend des perspectives) cela a nourri une idéologie libérale particulièrement aiguisée.

Les Digital Natives quittaient l’enfance lorsque le mur de Berlin est tombé et entraient dans l’age adulte lorsque les tours jumelles se sont effondrées. Ils assistent donc en direct, en l’espace de 10 ans aux fins du communisme et de la croyance démocratie + économie de marché = paix universelle.

Durant leur études ils voient la Chine Maoïste devenir l’allié objectif de l’oncle Sam dans une mondialisation effrénée. Enfin ils entrent sur le marché du travail avec la crise des Subprimes et assistent en direct là encore, au désaveu de l’oracle des marchés, stupéfait et incrédule devant l’insatiable avidité de financiers livrés à eux-même.

Voilà donc une génération qui est génétiquement immunisée contre les belles paroles, les grand élans lyriques et les vues de l’esprit.

En conséquence, les Digital Natives sont post-idéologiques et foncièrement pragmatiques. Ils ne croient qu’en ce qui marche. Et la seule réalisation remarquable et indiscutable que cette génération a vu en direct se mettre en place et grandir avec elle est le Web.  God Bless http.

Solution pour la communication d’entreprise : intégrité : accorder ses paroles avec ses actes. Et échanger des valeurs pompeuses contre des principes clairs et faciles à mettre en œuvre.

Sur-éduquée

Nous inspirons le monde, nous expirons du sens (Salman Rushdie)

Si l’on regarde les courbes d’évolution des diplômes dans l’OCDE sur les 20 dernières années on constate que le nombre des diplômés du supérieur a doublé.

Cela a deux conséquences directes. D’une part une évolution permanente du savoir. En effet, plus de personnes formées et diplômées travaillent sur des domaines de connaissance donnés, et plus le territoire couvert par le savoir augmente. C’est mécanique. Ce qui implique le besoin de se former en permanence : il s’agit là d’une demande forte de la génération Y.

La seconde est que la clef de la survie dans le monde connecté réside dans la capacité à faire sens de l’océan d’information dont on dispose : dans la capacité de synthèse plutôt que dans l’appropriation d’un savoir.

Ce qui, a bien y réfléchir nous rapproche de l’étymologie du mot intelligence :

le latin intelligere : inter (entre) et legere (cueillir, choisir, lire). Qui dit intelligence implique la notion de choix (faculté d’analyse et de sélection). Il faut savoir trier, mais aussi rassembler.

Ainsi, si l’expertise (la maîtrise intégrale d’une partie de savoir) est le gage de la job security ou de la reconnaissance pour la Génération X, il ne s’agit là que d’efforts inutiles pour les Digital Natives. Le savoir est bien trop vaste et évolue bien trop vite  pour se l’approprier. Ce qui importe est de savoir y naviguer pour faire du sens. On retrouve ici une notion clef évoquée par David Weinberger dans son essai The Hyperlinked Organisation du Cluetrain Manifesto.

Solution pour la communication d’entreprise : Axer sa stratégie de communication sur une aptitude à gérer le changement plutôt que sur des grands plans quinquennaux dont tout le monde sait (et les GenY le diront ouvertement) qu’ils ne servent à rien si ce n’est rassurer le management.

Connectée et sur-informée

Digital Natives = indigènes du numérique. Qui ont grandi dans un environnement perpétuellement connectés au contact du plus formidable outil de partage de la connaissance qu’ait connu l’humanité : le web.

Et cet outil ils le maitrisent mieux que quiconque. Ils ont ainsi pris la sale manie de vérifier l’authenticité des informations qui leur sont communiquées.

Si pour la génération aux commandes (X, Baby boomers) la vérité réside au cœur de l’entreprise (intranet, mails officiels, radio moquette) et doit être contrôlée, pour cette génération la vérité est sur le web : immensément plus vaste et est bien évidemment incontrôlable.

Dans l’introduction de son livre sur le sujet, Andrew “M. Entreprise 2.0″ McAfee raconte cette anecdote au sujet de Wikipedia. Grandement dubitatif quant à notre propension à collaborer pacifiquement pour construire le savoir, McAfee est allé voir la définition du mot Skinhead, terrain propice s’il en est à l’application de la Godwin’s Law. Et là il a trouvé la description la plus objective, documentée et dépassionnée du mot et de ses connotations politiques, musicales, culturelles, etc …

Habituée à Wikipedia cette génération a développé un goût immodéré pour la vérité objective et, au delà, pour la conversation et les échanges qui y amènent.

Solution pour la communication d’entreprise : dire les choses telles qu’elles sont et affronter la réalité telle qu’elle est, même si cela doit heurter des susceptibilités.

Confiants, assertifs et malheureux

On ne peut parler de cette génération sans évoquer le remarquable essai de Jean Twenge : Generation Me qui explique Why today’s young americans are more confident, assertive, entitled and more miserable than ever.

Il s’agit là, en particulier aux États-Unis, d’une conséquence de l’importance accordée à l’estime de soi dans l’éducation, importance qui a provoqué de terribles dégâts. Nous nous retrouvons ainsi avec une génération à qui on a expliqué durant toute leur éducation qu’ils pourront faire ce qu’ils souhaitent de leur carrière professionnelle. Le choc lors de l’arrivée en entreprise est d’autant plus rude.

Article publié initialement sur #Hypertextual sous le titre: “Digital Natives vs. Corporate B.S”

Illustrations FlickR CC : Dolinski, Lizette Greco, Stéfan, digitalpimp

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  • Seb le 14 novembre 2010 - 21:10 Signaler un abus - Permalink

    Encore un article de qualité, OWNI fait vraiment plaisir à découvrir !

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  • plop le 15 novembre 2010 - 0:51 Signaler un abus - Permalink

    “Voilà donc une génération qui est génétiquement immunisée contre les belles paroles, les grand élans lyriques et les vues de l’esprit.”

    Parlez donc de çà avec les jeunes pop.

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  • Kurozato le 15 novembre 2010 - 9:18 Signaler un abus - Permalink

    Marrant. Je n’avais pas idée que la génération Y était si supérieure aux précédentes. On peut leur balancer n’importe quelle connerie (“Achetez du D&G et vous aurez l’air classes et sexys !”) et ils y seront insensibles voire ils se rebelleront. Qu’ils sont forts.
    Ah, aussi : l’usage du français entre les expressions américaines (qui est la seule à pouvoir bien représenter les vérités objectives de notre temps) nuit à la lecture.

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  • Pottier Rossi le 15 novembre 2010 - 9:49 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour,

    Un bon article, il est vrai.
    Mais je tiens à attirer votre attention toute particulière sur l’amalgame qui est fait entre génération Y et Digital Natives.

    Ce sont deux générations complétement différente sociologiquement.

    Je vous invite à lire la première étude quali réalisée sur les Digital Natives par BVA (Gene-Tic).

    http://www.bva.fr/fr/actualites/communiques_de_presse/etude_gene-tic_regard_sur_la_premiere_generation_numerique.html

    Bien cordialement

    Arnaud

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  • abrodise le 16 novembre 2010 - 12:18 Signaler un abus - Permalink

    Intéressant, mais votre position ne me semble être qu’une version moderne de Stirner. Sur votre prétention à être “post-idéologique” (“Moi, on ne m’aura pas ! j’appartiens à une génération beaucoup plus maline que toutes les générations antérieures !”), vous préjugez de la nature de ce qu’est une idéologie, et du fait réel que le mot décrit. Vous confondez “idéologie” avec “illusion”, ou “promesse mensongère sur la pertinence d’une politique à réaliser le bonheur sur Terre”. C’est pourquoi vous supposez qu’il suffit de ne plus y croire pour s’en dégager. Mais le mot “idéologie” a été introduit pour désigner une illusion déterminée par le milieu socio-économique. Il a servi à décrire le fait que certains s’imaginent renoncer à une idéologie simplement en changeant d’idée, alors que leur nouvelle idée n’est que l’ancienne sous une nouvelle forme. Par exemple, on peut passer d’un individualisme libéral à un individualisme anarchique : cela reste de l’individualisme. L’individualisme peut même s’organiser en bandes et prendre une allure bienveillante. A priori, je ne vois pas bien de différence entre les idées développées ici, et le fond de ce que vous appelez “idéologie libérale”.

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  • cecil le 16 novembre 2010 - 15:34 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour abrodise,

    merci pour votre commentaire.Revenons à la définition du mot sur toupie.org :
    “Une idéologie est un ensemble d’idées, de pensées philosophiques, sociales, politiques, morales, religieuses, propre à un groupe, à une classe sociale ou à une époque. C’est un système d’idées, d’opinions et de croyances qui forme une doctrine pouvant influencer les comportements individuels ou collectifs.
    Exemple : idéologie bourgeoise, communiste

    Une autre façon de définir le terme idéologie est d’y voir une doctrine politique qui propose un système unique et cohérent de représentation et d’explication du monde qui est accepté sans réflexion critique.”

    Du coup l’article est plutôt en ligne avec la seconde définition.

    Par ailleurs je ne m’inclus pas dans cette génération et de fait je ne m’auto-congratule pas en tant que post-ideologique – je précise même que j’appartiens à la génération précédente.

    Enfin je ne porte pas de jugement de valeur et je ne vois aucun problème à ce que vous trouviez que l’article véhicule une idéologie libérale.

    Merci d’avoir lu et commenté ce billet.

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  • cecil le 16 novembre 2010 - 15:48 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour Kurozato,

    Merci pour votre commentaire.

    Cet article donne une vision schématique, abstraite et forcément caricaturale. Un second vient donner une illustration de ces propositions abstraites. Vous pouvez le trouver ici si vous le souhaitez.

    Sur 1286 mots, cet article en contient 49 en anglais. 14 sont la répétition du titre. Sur les 35 qui reste, 16 sont liés à un ouvrage américain non traduit en français (Generation Me), 5 à un essai original (Hyperlinked Generation) il en reste 14 soit un vertigineux 1,08%.

    Je constate comme vous que des dénominations sociologiques appropriées (Digital Natives, Corporate BS) ont été baptisées en anglais sans avoir d’équivalent français aussi naturellement évidents.

    Il nous reste understatement et job security – désolé de vous avoir infligé cela.

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  • Kurozato le 16 novembre 2010 - 17:35 Signaler un abus - Permalink

    Bonjour Cecil,

    Mes excuses pour mon commentaire agressif.

    Pour ce qui est de l’anglais, je suis bien d’accord qu’il ne représente qu’une minorité des mots mais vous m’accorderez que l’usage de mots comme “understatement” à la place d’ “euphémisme” dénotent probablement une fréquentation de l’anglais et une habileté dans cette langue au point où son usage devient naturel même lorsqu’il n’y a plus de bonne excuse. C’est un peu de police du français que je fais là, alors même que le mien n’égale probablement pas le vôtre. Ceci dit, ce même naturel se retrouve dans la langue managériale (héhé) détestable des années 80-90 (et probablement pas disparue), cette même langue qui n’abusera pas les “digital natives”.

    Pour ce qui est des caractéristiques associées à cette génération Y, mon ironie pointait vers quelques points :
    – je ne reviens pas sur la clairvoyance vis-à-vis des idéologies que vous avez bien discuté avec abrodise
    – la description d’une génération Y qui serait à la fois géniale/extra-terrestre et par ailleurs super-victime (je fais ici référence à d’autres articles sur le sujet) m’inquiète un peu. Cette construction conceptuelle vend (pas forcément volontairement) une sorte de guerre des générations ou, au moins, de gouffre culturel qui ne me paraissent pas complètement explicatifs (voire même qui cachent des réalités sociales transgénérationnelles).

    Merci pour le lien (je ne cache pas que les titres des sous-parties me font grimacer ;) ).

    Ah oui, je suis de la génération X (si j’en crois les définitions).

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  • abrodise le 16 novembre 2010 - 20:48 Signaler un abus - Permalink

    Chère Cecil,
    En effet, je vous ai sans doute trop rapidement identifié avec les Digital Natives. En revanche, je maintiens mon premier point. Vous portez bien évidemment des jugements de valeur sur les Digital Natives, puisque vous les qualifiez de post-idéologiques et de sur-éduqués. Vous conviendrez qu’on reproche rarement à quelqu’un d’être sur-éduqué, et qu’on le loue rarement pour être idéologique.
    La définition que vous retenez de l’idéologie confirme plutôt ce que j’ai écrit. Elle induit que les générations antérieures acceptaient des systèmes “sans réflexion critique”. C’est tout de même réduire les générations antérieures à des générations d’imbéciles. Et j’ai effectivement l’impression que le mépris des générations antérieures est une caractéristique de cette génération.
    En revanche, je ne voulais pas dire que votre article véhiculait une idéologie libérale, mais que cette génération est tout-à-fait idéologique, et qu’elle adhère en bloc à l’idéologie de l’anarchisme individualiste de Stirner, qui est effectivement le libéralisme, mais sans les belles paroles. Je ne discute pas du bien fondé de cette position.
    Ce qui m’amène au dernier point : cette génération est-elle sur-éduquée ? Vous dites qu’elle est sur-diplômée. Mais il est notoire que les diplômes ont complètement perdus de leur valeur. On était mieux éduqué sans le bac il y a 60 ans qu’aujourd’hui avec. L’extension du bac n’a pas étendu l’éducation. Je ne pense pas que les indicateurs de l’OCDE soient suffisants pour juger du degré d’éducation d’une génération.
    Mais je reconnais qu’une partie de cette génération est très débrouillarde, et certainement qu’elle aime l’échange.
    Cordialement.

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  • ArnoldB le 17 novembre 2010 - 2:29 Signaler un abus - Permalink

    En plein dns le mille dude !!

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  • cecil le 17 novembre 2010 - 8:12 Signaler un abus - Permalink

    Abrodise,

    Merci pour votre commentaire : vous avez mille fois raison : sur-dipômé ne signifie pas sur-éduqué. Il s’agit d’un abus de l’article. Pour ce qui est de l’idéologie individualiste vous avez aussi probablement raison mais je ne connais pas a théorie de Stirner à ce sujet. Reste qu’ils sont plus réalistes et pragmatiques que les générations précédentes.

    Un second abus, noté par Pottier Rossi est celui de confondre GenY et Digital Natives qui ne sont pas exactement la même chose.

    Merci Pottier pour votre lien que je recommande vivement à tous.

    Pour recontextualiser cet article, celui-ci se nomme initialement “Digital Natives Vs Corporate Bullshit” et a pour but d’illustrer combien les DN avalent beaucoup moins facilement le discours débilisant et officiel du Management dans les entreprises. Il a aussi pour but de montrer l’enthousiasme que suscite chez moi cette génération d’entrepreneurs de start-up qui ont un regard rafraichissant et iconoclaste de l’entreprise. Cet article etait l’introduction à celui dédié à l’une d’elles : 37Signals (http://ceciiil.wordpress.com/2009/11/20/37-signals-leadership-2-0-en-action/).

    Au sujet du mépris des générations antérieures, je vous invite à lire cette formidable analyse de Monique Dagnaud sur Telos : http://telos-eu.com/fr/article/jeunes-pensez-d-abord-a-vous.

    Merci pour cette discussion !

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  • cecil le 17 novembre 2010 - 8:21 Signaler un abus - Permalink

    Kurozato,

    Pas de problème. Pour info, ce billet est republié : l’article original figure sur mon blog qui est un blog bilingue dans lequel. Je ne vous cache pas que j’éprouve beaucoup de plaisir à manipuler la plasticité de la langue anglaise, beaucoup moins rigide que notre merveilleux français.

    Encore une fois il s’agissait d’un article sur les Digital Natives dans le contexte de l’entreprise – titre original “Digital Natives Vs Corporate Bullshit). L’objet était de dire que cette génération acceptait beaucoup moins facilement le verbiage vide et bidon du management classique. Pas de dire qu’elle était formidable dans tous les domaines.

    Je demeure persuadé que cette génération grandit avec (à mon sens) une révolution sociale comparable à celle de l’apparition de l’imprimerie.

    Elle est profondément différente des boomers (utopiste qui a grandit durant les 30 glorieuses) et GenX (cyniques et désabusés, n’ayant connu que la crise ). Il s’agit encore de constats schématiques mais auxquels je crois.

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  • Kurozato le 17 novembre 2010 - 10:59 Signaler un abus - Permalink

    Cecil,

    J’espère que ce changement apporté par les Digital Natives (dont je ne me sens pas si différent) adviendra (advient ?). Je suppose que votre avis est un peu biaisé par le secteur dans lequel vous évoluez, celui des “travailleurs de la connaissance” : tout le monde n’y travaille pas et je ne suis pas sûr que le style de management de secteurs comme la grande distribution ou la banque s’assouplissent rapidement (malheureusement). Dans les industries où le travailleur de base possède une qualification égale (en nombre d’années d’études) à celle de sa hiérarchie, le mouvement risque d’être plus rapide.

    Pour ce qui est de l’article de Monique Dagnaud cité plus haut (merci), il fait un peu mal aux yeux et est parfaitement caractéristique de la volonté d’occulter les différences de classes sociales (qui n’expliquent pas tout non plus) avec une guerre inter-générationnelle. Son article ne cite même pas vraiment les générations situées entre les “jeunes” et les “seniors”. Ca sonne un peu comme les analyses qui ne citent que les ouvriers et les bourgeois comme composantes du pays.

    Il me vient une question.
    Ne pensez-vous pas que la focalisation sur les “jeunes” (qui sont des Digital Natives, aujourd’hui) n’est pas aussi caractéristique d’une société où tout est joué très tôt et où, ensuite, toute bifurcation, changement, pause, parcours atypique, etc, dans une carrière est regardé(e) avec méfiance ?

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  • cecil le 17 novembre 2010 - 13:57 Signaler un abus - Permalink

    Kurozato,

    Oui : cet article est une perspective de travailleur de la connaissance, et plus encore d’informaticien.

    L’article de Monique Dagnaud se concentre sur ces deux générations : les lycéens/étudiants et les retraités. Que ma génération n’y figure pas ne me semble pas scandaleux. Je partage son point de vue à savoir que les lycéens ont mille raisons de se révolter et que le maintien de la retraite à 60 ans est probablement la dernière.

    Pour ce qui est du déterminisme de la société française je partage votre point de vue et j’insiste sur le fait que c’est très spécifiquement français. Le fétichisme du diplôme est beaucoup moins prononcé dans les autres pays. Dans les pays anglo-saxon il est beaucoup plus facile de “refaire sa vie” et tout n’y est pas joué à 20ans. Ce fétichisme du diplôme est décrit par Francois Dubet en parle dans son livre (http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/02/11/ecole-l-echec-du-modele-francais-d-egalite-des-chances_1304257_3224.html)

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  • abrodise le 17 novembre 2010 - 22:59 Signaler un abus - Permalink

    Chère Cecil,

    Votre article est intéressant. Vous recherchez comment internet modifie les formes de travail et de production. Mais l’exemple que vous donnez semble modifier simplement le management ou les rapports d’autorité dans l’entreprise. La question n’est pas de savoir si ce genre de société est plus vivable pour les salariés, mais plus concurrentielle que la forme actuelle de l’entreprise. Si elle ne l’est pas, soit elle sera simplement tolérée là où les profits sont faibles, soit elle sera rachetée, ou absorbée, ou détruite. L’imprimerie n’a pas coexisté avec les corporations d’écrivains publics, qui n’ont pas pu non plus l’intégrer : elle les a détruit. Or, tel que vous le présentez, internet ne me paraît qu’un outil plus productif et parfaitement intégrable dans l’entreprise moyennant quelques aménagements managériaux. Pour le moment, je n’ai vu internet concurrencer sérieusement l’industrie traditionnelle que là où il permet d’organiser une contrebande de masse (industrie du disque, etc). Mais vous avez peut-être des exemples qui correspondent à ce dont je parle.

    Dernier point, touchant les sources et les références de votre article. Appeler son livre “Get Real”, “Devenez Réel”, c’est du baratin marketing. Si la génération dont vous parlez était pragmatique, il l’aurait intitulé : “It works” ou “I found a new way to make easy money”. Même remarque pour Drucker. Cet usage du marketing en terme de communication me laisse sceptique sur l’aptitude de ces hommes à modifier les rapports économiques ou le “monde” de l’entreprise : ils semblent en reproduire le blabla que vous dénoncez justement.

    J’ajoute que je n’ai pas compris ce que vous vouliez dire par : “Il n’en est pas de même des travailleurs de la connaissance : leur outil est leur savoir.”
    Cordialement.

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  • Loone le 17 novembre 2010 - 23:49 Signaler un abus - Permalink

    Un article de classe ! Premier ordinateur à 7 ans, programmeur expérimenté à 17, bagage théorique solide à 27, monté sa société à 37 pour créer une application de calcul massivement multi-ingénieur… “Digital native”, ouaip !

    La culture du ‘réseau’ lorsqu’en 92, très près du CERN nous avions accès aux premiers sites web : il y en avait une quinzaine… On en faisait vite le tour en ce temps là, une bonne soirée dans une salle encombrée d’écrans SUN géants, c’était marrant et assez fluide – un succédané astucieux de SGML, une évolution de ftp, le tout bricolé en Tk – mais ce jour là j’ai pas compris que c’était la révolution en marche. J’ai compris le coté renversant – la pyramide sur la pointe – plutôt en 94 qu’en 92.

    En 97, sur la vision grandiose d’un camarade qui avait compris le renversement en Thaïlande, nous avions monté une association qui s’est appelé ‘digital travellers’ – puis ‘media travellers’ – qui avait pour objectif l’échange et l’utilisation de ‘jetons’ – machines autonomes avec appareil photo et connection réseau globale via Iridium. Nous avions dix ans d’avance. Techniquement, c’était beaucoup pour un groupe de copains utopistes avec mille francs en poche.

    La culture du ‘Fact Checking’, très juste : google comme troisième hémisphère du cortex – comme dit Page. Ce jour (en 96 ?) où les requêtes du moteur de recherche donnaient systématiquement en première position ce que l’on cherchait ! Quel pied !

    Dans ‘Après la démocratie’ E.Todd identifie l”over-educated class’ exactement comme vous. En revanche, esprit de génération surement, Todd n’en tire pas les mêmes conclusion et nous voit prendre le pouvoir et en terminer avec le suffrage universel direct pour en finir avec tous ces cons qui croient ce que raconte la télévision.

    La lutte continue, tous ensemble.

    Bon papier !

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  • Kurozato le 18 novembre 2010 - 2:35 Signaler un abus - Permalink

    Loone,
    Bravo pour le parcours et bonne chance pour la suite.
    Par contre, si vous avez 37 ans ou plus, vous êtes un génération X, pas un Digital Native (théoriquement nés après 1979). Etrange, hein ?

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  • cecil le 18 novembre 2010 - 9:31 Signaler un abus - Permalink

    Abrodise,

    Cisco en mettant en oeuvre des outils web 2.0 au sein de leur entreprise ont calculé gagner près de $US 800M par an. IBM parle aussi de plusieurs 100 de millions par an. Il ne s’agit pas d’entreprises qui font des effets d’annonce. Je vous invite à visiter mon blog ou celui de Bertrand Duperrin au sujet des réseaux sociaux d’entreprise (i.e Entreprise 2.0) et comment ils permettent aux entreprise de mieux fonctionner.

    Ce qui est remarquable c’est comment, naturellement, ces réseaux sociaux d’entreprise impliquent une évolution du management vers les méthodes alternatives apparues dans les 50s (Argyris, McGregor) mises en oeuvre avec succès par des entreprises aussi diverses que WLGore, Avis, Semco ou Whole Foods Market.

    Getting Real ce n’est pas du baratin marketing mais une vraie philosophie. Vous pouvez lire le livre gratuitement il est accessible sur le net – il existe même une traduction française. Le parcours de 37Signals est en tout point admirable et complètement aligné sur cette philosophie et un certain nombre de principes minimalistes.

    Cette notion de confrontation au réel est aussi la colonne vertébrale du remarquable ouvrage de Matthew Crawford : Eloge du Carburateur – Essai sur le sens et la valeur du travail.

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    • YOM le 17 mai 2012 - 14:47 Signaler un abus - Permalink

      “Des expériences différentes induisent des types de connexions cérébrales différents” (Bruce D.Berry)

      -Approche intuitive de l’informatique
      -Aisance dans le multi-tâches
      -Cerveau hypertexte (rebond d’une notion sur une autre)
      -Fonction plus linéaire que logique de la structure cérébrale (conversation juxtaposant faits et idées sans liens de causalité)
      -Désintérêt pour les savoirs scolaires (formatés à la vitesse, aux tâches menées de front, à l’accès aléatoire, aux illustrations, au préceptorat)
      -Culture de l’immédiateté, impatience dans le travail.
      -Méconnaissance de l’outil informatique (rares sont ceux qui ont réellement conscience du fonctionnement des réseaux et des langages informatiques qui sont derrière)
      -tempéraments fatalistes et tendances paranoïaques (pas de filtres éditoriaux sur le web, donc prolifération de scénarios scientistes / créationnistes / alarmistes / irresponsables présentés comme plausibles)
      -Perte de l’empathie et des sentiments ( insensibilisation due à la banalisation de la violence et du porno).
      -Cynisme généralisé
      -Glissement de libertaire à libéral ( voire libertarien), considérant toute tentative de cadrage et de moralisation comme liberticide ( alors qu’ils consomment les choix imposés par la loi du marché).

      Bref, ce que tu appelles pragmatisme, j’appelle ça déshumanisation et esclavage. Adieu dialectique, adieu socio-constructivisme, individuation, émancipation… et liberté. Réapproprions-nous l’outil, faisons en un instrument, car la démocratie n’est rien si nous sommes in fine nos propres tyrans.

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  • abrodise le 19 novembre 2010 - 17:21 Signaler un abus - Permalink

    Merci pour les références. Je consulterai.

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  • Libr le 20 novembre 2010 - 12:46 Signaler un abus - Permalink

    Erreur grossière : les digital natives sont par nature ceux qui sont nés avec Internet : il s agit de la génération Z, née a partir de 1994.

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  • cecil le 20 novembre 2010 - 14:06 Signaler un abus - Permalink

    Salut Libr,

    Merci pour ce commentaire sympa.

    De ce que j’en sais, le terme vient d’un article de Mark Prensky (le lien est dans le billet ci-dessus, le trouverez vous ?) écrit en 2001 où il définit ainsi les étudiants de son université.

    Je veux bien croire qu’il y ait alors, en 2001 donc, quelques étudiants prodiges qui soient nés en 1994 ou après 1994, mais j’aurais tendance à penser qu’il ne s’agit pas de la majorité.

    Une autre possibilité est que vous sachiez mieux que Prensky ce dont il voulait parler.

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  • Amélie le 25 novembre 2010 - 16:06 Signaler un abus - Permalink

    Très bon article! Intéressant et drôle, j’aime beaucoup votre définition de l’intelligence appliquée à la génération Y! Tout à fait d’accord, mieux vaut pouvoir lire une carte que d’apprendre toutes les routes par coeur! ;-) Je m’abonne au RSS!

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  • Chris le 1 décembre 2010 - 16:02 Signaler un abus - Permalink

    Issue de cette génrétaion, je me retrouve complétement dans certains des caractéristiques mentionnées :

    - Et la seule réalisation remarquable et indiscutable que cette génération a vu en direct se mettre en place et grandir avec elle est le Web. God Bless http.

    - pour cette génération la vérité est sur le web : immensément plus vaste et est bien évidemment incontrôlable.

    - Nous nous retrouvons ainsi avec une génération à qui on a expliqué durant toute leur éducation qu’ils pourront faire ce qu’ils souhaitent de leur carrière professionnelle. Le choc lors de l’arrivée en entreprise est d’autant plus rude.

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  • alexandre pachulski le 2 décembre 2010 - 10:49 Signaler un abus - Permalink

    Très bon article, et belle référence à Peter Drucker

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  • cecil le 2 décembre 2010 - 13:39 Signaler un abus - Permalink

    Amélie, Chris, Alexandre, Loone, merci pour votre commentaire.

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  • Stephani Hatzell le 14 avril 2011 - 4:41 Signaler un abus - Permalink

    That may seem fine though i’m just still not too certain that I favor it. Anyways will look a lot more into it and decide for myself! :)

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  • bibi fricotin le 13 juin 2011 - 19:48 Signaler un abus - Permalink

    “Habituée à Wikipedia cette génération a développé un goût immodéré pour la vérité objective”

    hahahahahaha trop drôle, là vraiment, le top !

    On est autorisé à trouver votre article ridicule ?

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  • yvon le 3 avril 2013 - 20:19 Signaler un abus - Permalink

    La société aborde le concept de digitales natives comme si il s’agissait d’une tare. Une sorte de maladie qui fascine autant que l’autisme, le syndrome d’asperger ou l’ADD. De quoi laisser perplexe.

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