Une Défense occupée

Le 6 novembre 2011

Sur le modèle d'Occupy Wall Street, les Indignés ont lancé ce week-end l'occupation de La Défense, dans l'Ouest parisien. Sans parvenir à rassembler une grande foule. OWNI les a suivis.

Ce samedi soir à Paris, quelques Indignés bravaient encore les limites fixées par la Préfecture de police. Ils continuaient à occuper La Défense, quartier d’affaires de l’Ouest parisien siège de plusieurs grands groupes du CAC 40, et symbole des dérives de la finance selon les occupants. La manifestation était autorisée par la Préfecture jusqu’à 21 heures vendredi soir, mais certains irréductibles comptent y rester plus longtemps et y installer un camp sur le modèle du mouvement Occupy Wall Street, lancé le mois dernier outre-atlantique.

17h35, vendredi. Sur l’escalier de l’Arche de La Défense, Jean-Jacques annonce au mégaphone :

Occupons La Défense vient de commencer.

Applaudissements et sourires lui répondent dans l’assemblée, un petit millier de personnes réunies pour protester contre le capitalisme en général et ses dérives financières en particulier. Le rassemblement n’occupe qu’une maigre part de l’immense esplanade, sous le regard des tours GDF-Suez, SFR, Areva, EDF et Coeur Défense. Un symbole sur lequel ironise un homme, la cinquantaine, à la nuit tombée. Désignant la tour GDF, il plaisante : “Ils parlent d’économies d’énergie et regarde toutes ces lumières qui restent allumées !”

L’ambiance est détendue. A la tribune, l’un des organisateurs intervient :

Selon une rumeur, la préfecture a demandé aux personnes qui travaillent à La Défense de partir plus tôt ce soir. Si c’est vrai, nous aurons au moins réussi à leur faire perdre quelques centaines de milliers d’euros, et ce n’est pas si mal !

Concert de rires et agitations des mains en signe de satisfaction.

Tribune libre

L’assemblée générale populaire est régie par les codes usuels des mouvements alters : agiter les mains pour signifier son approbation, mimer une roue pour demander à un intervenant d’abréger son propos, croiser les bras pour exprimer sa forte désapprobation, signe qui entraine forcément une justification à la tribune. Se succèdent interventions galvanisantes et analyses économiques et politiques : “Lisez les travaux d’Arrow, le prix Nobel d’économie en 1972, sur le démocratie. Il a prouvé que la démocratie, le vote, tout ça ne pouvaient pas fonctionner. Par contre, le collectif, oui !” lance un homme d’une trentaine d’année, apôtre de l’auto-gestion et de la prise de décision par consensus. Un autre, cheveux longs, allure christique, prêche : “Nous sommes les lumières, nous devons éclairer ce monde !”

Isabelle, 45 ans, regrette que le rassemblement ne soit pas plus festif sur le modèle du mouvement Indignados à Madrid auquel elle a participé :

A Paris, les participants pensent qu’un rassemblement festif ne peut pas être pris au sérieux. C’est dommage. On a du mal à casser le silence alors qu’on pense tous la même chose.

Tout en parlant, elle jette un œil aux feuilles disposées sur une petite table devant elle. Un peu en retrait de la tribune, des ateliers créatifs ont été mis en place.

“Qu’est-ce qui vous fait battre le cÅ“ur ?” interroge une grande affiche que reprend en chantant un groupe de jeunes. “Mes enfants, la révolution, ma copine” ont écrit des passants. “L’argent” découvre le groupe, un peu étonné. L’objectif était d’attirer un public plus large que les militants habituels nous expliquait, deux jours avant le lancement, Nico très impliqué dans le mouvement. Un objectif partiellement atteint, mais la masse n’est pas au rendez-vous vendredi soir.

Jean-Jacques, professeur de psychologie à Paris Diderot et HEC, avance plusieurs pistes pour expliquer le succès très mitigé :

La Défense n’est pas l’endroit idéal. C’est loin du centre et pas très convivial. La situation socio-économique n’est pas encore dramatique à la différence de l’Espagne par exemple. Et puis, il y a le poids de la pensée unique, diffusée par TF1 et d’autres.

Certains aspects tiennent selon lui à la nature même du mouvement Indigné en France : “Le mouvement n’est pas guidé par un seul groupe ce qui rend la médiatisation complexe. Et puis, en France, une importante structure syndicale existe, elle entraine une atomisation des luttes. Beaucoup croient encore au pouvoir des urnes. Mais on sait bien que Hollande ne changera rien…” explique-t-il sans perdre le sourire. Une jeune, le visage maquillé de blanc et le nez peint en rouge, l’interrompt pour lui proposer une stratégie à mettre en place contre l’intervention de la police.

Rêver à ciel ouvert

L’autorisation de manifester arrive à échéance à 21 heures. Déjà, vers 18h, un petit groupe de gendarmes avaient fait deux interventions pour confisquer les tentes tout juste déployées. Les manifestants avaient répondu d’abord par des chants et slogans pacifistes “El pueblo unido jamás será vencido”,“On l’appelle démocratie et c’est comme ça”, puis plus provocateurs “Police partout, justice nulle part”. A la tribune, un orateur s’en désolait :

Nous n’avons pas le droit de rêver à ciel ouvert.

A 21h30, les gendarmes mobiles, la police et des agents en civil se mettent en place. Quelques centaines de manifestants se regroupent autour des tentes, s’agrippent les uns aux autres. Pendant plusieurs heures, les forces de l’ordre chargent, extirpent une tente ou deux, parfois un manifestant, et reculent. Deux blessés légers sont évacués. Visiblement rompus aux méthodes de résistance non-violente, une centaine y a passé la nuit, d’autres sont revenus, hier samedi, moins nombreux que la veille. Les Indignés tiennent.


Photos CC Pierre Alonso [by-nd]

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  • Johntronz le 6 novembre 2011 - 12:13 Signaler un abus - Permalink

    Je travaille à la Def, on ne nous a pas demandé de sortir plus tôt.
    C’est bien que ça s’organise enfin en France.

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  • Xavier le 6 novembre 2011 - 12:55 Signaler un abus - Permalink

    Réunion aussi mièvre qu’inutile, même mai 68 semblait sérieux comparé à ce tas de hippies sur la fin.
    Non au capitalisme ça veux dire quoi ? Non au bénéfices ? Non à la valeur ajouter du travail ?
    Les riches sont les méchants et les pauvres sont les gentils, mais tout le monde veux devenir méchant ?
    On voit ce que ça a donné en Russie, mais on veux encore essayer d’appliquer ce rêve qui ne créer que de la pauvreté.
    Et vous avez le droit de rêver à ciel ouvert… sur votre balcon, arrêtez d’emmerder les gens, d’agir à l’encontre de la loi, pour rien d’autre au final que quelques martyres aux ecchymoses bénignes

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  • Tom le 6 novembre 2011 - 14:39 Signaler un abus - Permalink

    On voudrait que ça gronde
    Sans agiter ses ailes…
    Voici le nouveau monde,
    Des combattants virtuels…
    Welcome sur le forum
    De révolution.com :
    De l’action par e-mail
    Des pavés de pixels…
    La souris se déplace,
    Elle se bouge à ta place !

    REVOLUTION.COM
    Comme ça manque de sueur !

    On voudrait de l’air
    De l’oxygène en stock,
    Et puis changer le monde
    Sans changer l’univers…

    L’Internationale
    Piégée dans la toile
    C’est quoi l’action par e-mail ?
    Des molotovs sans cocktails ?
    Voici le nouveau monde
    De l’action.com…
    La souris se déplace
    Elle est libre à ta place !

    http://youtu.be/6Mb8tp_mkiI

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  • olivier le 6 novembre 2011 - 14:44 Signaler un abus - Permalink

    Ta réponse me fait bizarre Xavier, tu n’as pas rêvé depuis longtemps?

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  • Tom le 6 novembre 2011 - 14:50 Signaler un abus - Permalink

    Personne ne s’intéresse à ces pauvres bougres… et Le Monde en parle à peine…
    On attend quoi en France en fait ? De perdre notre AAA ? On n’est pas encore assez concernés ni inquiets pour s’indigner…?

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  • Djidane le 6 novembre 2011 - 14:53 Signaler un abus - Permalink

    Xavier > ton commentaire en dit long sur ta connaissance du mouvement et ses revendications.

    Je ne vais même pas m’étendre sur le fond de celui-ci, mais j’aimerais juste te faire remarquer que nous sommes toujours (a priori) en démocratie, et que les gens ont le droit de manifester si ils veulent.
    Cependant, tu admettras que les manifestations “normales” n’ont plus énormément de pouvoir désormais, tellement elles sont fréquentes et banalisées. Et donc oui, si l’on veut se faire entendre, il faut déborder en dehors des limites de la loi en … (attention!) installant une tente, tel un terroriste !
    Cela n’en reste-t-il pas moins légitime ?

    Pour le reste, je t’invite à regarder le nombre de mouvement similaire qui ont actuellement lieu ou ont eu lieu, et de te poser la question : si il y a autant de personnes qui suivent la chose, c’est peut-être qu’ils y ont un tant soit peu réfléchi avant ?

    Maintenant, si tu es contre les gens qui protestent parce qu’ils “embêtent” les autres, je me demande de quelle orientation politique tu es.

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  • Paul B. le 6 novembre 2011 - 15:06 Signaler un abus - Permalink

    @Olivier
    Ces gens me font plus pleurer que rêver.
    Je suis le premier à critiquer les grandes banques ou cabinets de conseil qui ont pignon sur rue à la défense, mais ils n’empêchent que ces indignés tout aussi déprimant.

    Il suffit de lire les différents slogans affichés ainsi que le livre dont ils tirent leur nom (Indignez-vous !) pour s’apercevoir du vide intellectuel de leur mouvement. Ils ont déjà du mal à définir ce contre quoi il se batte (les poncifs “finance mondialisée ultra-libérale”, ça ne veut rien dire…). Ils veulent le retour de la démocratie, mais ne tolèrent pas les avis contraires (c.f. Jean-Jacques, si tu les supportes pas, tu es forcément un décérébré mode TF1). Je m’arrête ici, mais les contradictions internes à leur mouvement et leurs revendications sont loin de me faire rêver…

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  • Asone le 7 novembre 2011 - 3:21 Signaler un abus - Permalink

    @Paul B

    Je crois qu’il y à méprise entre un simple mouvement alter et les indignés.

    Sans pour autant prétendre avoir la meilleure connaissance des mouvements de luttes sociales il me semble que le principe du combat des indignés ne se situe pas dans le fait de revendiquer quelque chose de spécifique. Au contraire, de ce que j’en comprends le mouvement des indignés serait plus de l’ordre de “Les hommes politiques n’ont pas de solutions, chacun d’entre nous, individuellement, n’a pas de solution concrête non plus, mais c’est ensemble que nous pouvons en construire”, d’où, surement, le fait qu’ils puissent paraitre désordonnés et sans revendications claires.
    Les solutions à apporter pour corriger ou changer le systême ( économique, social, politique..etc) sont à construire avec la participation de chacun.

    Cordialement.

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  • MusB le 7 novembre 2011 - 9:42 Signaler un abus - Permalink

    @Paul B
    Si les slogans affichés par les indignés vous semblent dénués de réflexion c’est -il me semble- à dessein. En effet, nous ne sommes plus dans le temps des utopies et la principale revendication s’inscrit dans le refus de l’idéologie néolibérale.
    Il s’agit pour le moment d’une agrégation de volontés d’indignation destinée dans un premier temps à exister médiatiquement en dénonçant explicitement les banques, instruments les plus visibles mettant en Å“uvre cette doctrine neolib.
    Demain se construit pas à pas …

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  • john le 7 novembre 2011 - 13:48 Signaler un abus - Permalink

    Perdez pas de temps à répondre à ces quadras (quinqua, j’en suis un) qui ne rêvent plus . Ils sont bien installés dans leur pavillon dont-ils n’ont pas fini de payer les mensualités, peur du moindre changement et totalement aliéné par leur boulot qu’ils détestent sans l’avouer publiquement. Mais à 45 ans on peut plus trop prendre de risques n’est-ce pas ? Rassurez vous les gains de productivité ou une bonne délocalisation viendront bientôt vous soulager.
    Alors effectivement le déni et l’ironie sont un moyen commode de résoudre les dissonances cognitives qui les taraudent.

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  • Anonymousse42 le 7 novembre 2011 - 21:12 Signaler un abus - Permalink

    L’indignation actuelle est pour le seul compte de Charlie Hebdo. Les français sont occupés à se battre contre le prétendu péril vert. Ils ont un bouc émissaire à se mettre sous la dent, que demander de plus?
    A lire les commentaires, on se croirait en 1938.

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  • Paul B. le 12 novembre 2011 - 13:56 Signaler un abus - Permalink

    @john
    Archétype du comportement que je décris.
    Si on est en désaccord avec ce moment, on est forcément un vieil aigri aliéné par le système crypto-financier-libéral. Merci à vous de nous sauver malgré nous…
    Et à côté de cela, leur revendication principal est la démocratie réelle et le bonheur pour tous.

    Alors oui, en effet, je revendique le droit de pleurer devant un tel étalage d’idiotie et d’incohérence.

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