Civisme 2.0: ne pas voter?

Le 15 mars 2010

Pour certains, s'abstenir est un manquement à ses devoirs de citoyen. D'autres estiment au contraire que refuser d'aller voter est une "insurrection civique" (cc Mélenchon). En l'absence d'un quorum, de prise en compte des votes blancs et compte tenu de l'abstention, il nous semble utile d'ouvrir le débat, qui agite aussi l'équipe de la soucoupe...

Pour certains, s’abstenir est un manquement à ses devoirs de citoyen. D’autres estiment au contraire que refuser d’aller voter est une “insurrection civique” (cc Mélenchon). En l’absence d’un quorum, de prise en compte des votes blancs et compte tenu de l’abstention, il nous semble utile d’ouvrir le débat, qui agite aussi l’équipe de la soucoupe…


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Je n’ai pas voté une nouvelle fois et je ne voterai pas tant que la démocratie ne sera qu’un simulacre. J’ai dans Le peuple des connecteurs, et plus tard, exprimé des raisons théoriques pour ne plus voter (impossibilité de prévoir, impossibilité de contrôler la complexité, impossibilité de gouverner…), s’y ajoutent des raisons contestataires. Plus nous serons nombreux à ne pas voter, à refuser de choisir entre imbéciles et andouilles, mieux nous titillerons ceux qui effectuent encore ces choix stupides et qui nient notre liberté de choix. Un jour, un seuil d’abstention sera franchi qui fera s’écrouler un système représentatif exsangue.

Hier, dans le Languedoc, j’ai accompagné ma femme au bureau de vote. Elle a donné sa voix à Europe Écologie, c’est le choix que j’aurais fait si j’y avais été contraint. Non pas pour les plébisciter, mais pour me soustraire à leurs adversaires.

Dimanche prochain, ma femme aussi n’ira pas voter. Comment pourrait-elle choisir entre Frêche (extrême droite de type mitterrandien), UMP (extrême droite déguisée) et FN (extrême droite assumée) ? Elle ne votera pas et je suppose avec elle tous ceux qui ont choisi les Verts, le PS officiel ou la gauche dure. L’abstention devrait être en toute probabilité plus forte dans ma région.

Si les gens avaient du plomb dans la tête, il devrait en aller partout de même. Regardez les chiffres. Vous sommez les voix écologistes et Modem et vous arrivez au score de Bayrou en 2007, autour de 18%. Un hasard ? Je n’y crois pas. Parmi, ceux qui s’expriment, il y a 18 % de gens qui souhaitent une autre forme de politique. Et quand j’entends Cohn-Bendit se situer à gauche, je rigole.

Tu n’as rien compris. Si j’avais voté pour toi, et ma femme a voté pour toi, j’aurais voulu signifier mon rejet de la droite et de la gauche, mon rejet de l’ancien axe d’opposition. Alors quand tu t’allies avec ceux que je rejette, je ne peux pas te suivre.

Je me souviens d’une conversation en juin dernier, sur une terrasse parisienne, avec Sandrine Bélier, toute nouvelle eurodéputée écologiste. Je lui disais alliez-vous avec la gauche et c’est la mort. Elle me jura « jamais ». L’alliance, un an plus tard, vous l’avez déjà faite. Croyez-vous que les gens qui ont pu voter pour vous veulent de cette régression vers un programme commun ? Vous êtes bien comme les autres, seul le pouvoir vous intéresse… et ces petits avantages.

Alors on me dit que ne pas voter favorise le Front national. C’est quoi cette théorie ou plutôt cette rhétorique ? En 2002, au premier tour de la présidentielle : 28 % d’abstention. C’est peut-être beaucoup pour une présidentielle, mais on est loin des 53,5% des régionales 2010. Le Front national ne progresse pas avec l’abstention mais, comme l’abstention, avec l’inanité de nos politiciens. Ne confondons pas les causes et les effets.

Ne pas voter me paraît aujourd’hui la seule manière de militer pour une autre forme de politique. Ne pas voter n’est pas un désengagement, mais un refus des choix restreints qui nous sont offerts. Il faut ajouter au 18 % de ceux qui choisissent la troisième voix peut-être 30 ou 40 % de Français supplémentaires, ceux qui ne votent pas par dégout. La troisième voie est majoritaire en France et elle n’a aucun moyen de s’exprimer, sinon un jour, peut-être, par une insurrection généralisée.

Mais alors pourquoi personne n’arrive à incarner cette troisième voie ? C’est la seule question qui me paraît aujourd’hui intéressante. Bayrou tente et il sombre dans le narcissisme napoléonien. Europe écologie tente et s’acoquine avec la gauche. Rien de surprenant.

Cette troisième voie peut-elle être incarnée par un parti, par des candidats, par un présidentiable ? J’en doute. Si tous ces gens qui ne se reconnaissent plus dans la politique traditionnelle ont développé leur individuation, comme je le suppose, ils ne peuvent plus s’identifier à des totems tutélaires, ces doudous pour adulte, espèces d’individus transactionnels de pacotille.

La représentation absolutiste de nos démocraties n’est plus une forme qui convient à l’homme émancipé du XXIe siècle. Nous devons basculer vers une démocratie distribuée, une démocratie P2P, une démocratie de la responsabilité individuelle.

Utopie ? Préférez-vous le chaos qui se prépare quand les insatisfaits franchiront par leur nombre un seuil critique ? Nous changeons, le monde change autour de nous, la politique ne peut pas rester immuable, sinon de la fracture le sang coulera.

> Article initialement publié sur “Le Peuple des Connecteurs”

> A lire sur le sujet mais avec l’opinion inverse, les articles de Seb Musset: avant le scrutin, et après /-)

> Illustration empruntée à un blog sympa (lulz)

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  • Alexandre Léchenet le 15 mars 2010 - 16:57 Signaler un abus - Permalink

    “Ne pas voter me paraît aujourd’hui la seule manière de militer pour une autre forme de politique.”
    Moui, bien sûr. Sauf que ça ne change rien. À moins d’entrer dans une vision plus radicale des choses et laisser les extrêmes arriver en tête par le vote de ceux qui voteront toujours quitte à provoquer une insurrection.
    Ou alors, on laisse les abstentionnistes se vautrer dans une luxure de choix de dire non. On leur fait croire qu’ils ont raison de ne pas participer, et du coup, ils ne participent plus et ensuite, on ne s’étonne plus qu’il ne prennent plus parti. Les gens qui ne votent pas mais qui s’intéresse à ceux que votent les autres sont très peu nombreux. Et les autres ne penseront même pas à réagir quand on embarquera leur voisin pour telle raison. Ou leur autre voisin pour telle autre.

    Vos discours endorment la société. Ne pas agir, c’est la laisser mourrir.

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  • Winael le 15 mars 2010 - 17:42 Signaler un abus - Permalink

    Personnellement je prends le droit de vote comme droit de ne pas aller voter non plus. J’ai tendance à voter pour des gens plus que pour des partis. J’ai déjà voter socialiste, modem, ump (en 2002 contre Lepen), en ce moment c’est Debout la République (J’ai envie de croire que Dupont-Aignan est un mec bien) et bien souvent je ne me déplace pas dans les urnes au second tour car je n’ai ni envie de voter pour untel ou pour tel autre.
    Bref j’aime être libre de mes choix, et j’assume entièrement quand je ne vais pas voter, car contrairement au vote blanc, on a la trace que je ne désirai pas choisir de candidats, c’est moins faux-cul que de voter blanc ou nul.
    Que vais-je faire dimanche ? Je ne sais pas trop encore…

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  • Guillaume le 15 mars 2010 - 17:45 Signaler un abus - Permalink

    De mon côté, ce qui me dérange, c’est que l’on fait dire aux abstentionnistes ce que l’on veut.

    On peut leur prêter n’importe quelle motivation, et, de fait, “l’acte de non-vote” est dévoyée (par l’UMP autant que par d’autres commentateurs). La comptabilisation des votes blancs (comme Sabine) ou l’instauration d’un quorum répondrait à cette problématique.

    En revanche, et là où l’article de Thierry est à mon sens pertinent, le taux d’abstention n’est pas quelque chose d’anodin. La République est à bout de souffle, le constat me semble établi depuis longtemps. On n’entend plus parler d’une 6ème République, ni de réformes structurelles permettant de redonner à la figure du “citoyen” son sens.

    @Alex; donc, oui, mais on peut difficilement taxer l’auteur du billet d’immobilisme. Et puis sur le coup du “voisin embarqué”, tu es proche du point Godwin, à moins que ce ne soit une blague au xième degré, visant un geek poilu :-)

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  • Alexandre Léchenet le 15 mars 2010 - 17:54 Signaler un abus - Permalink

    THEY CAME FIRST for the Communists,
    and I didn’t speak up because I wasn’t a Communist.

    THEN THEY CAME for the Jews,
    and I didn’t speak up because I wasn’t a Jew.

    THEN THEY CAME for the trade unionists,
    and I didn’t speak up because I wasn’t a trade unionist.

    THEN THEY CAME for the Catholics,
    and I didn’t speak up because I was a Protestant.

    THEN THEY CAME for me
    and by that time no one was left to speak up.

    http://en.wikipedia.org/wiki/First_they_came...

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  • Mistercham le 15 mars 2010 - 20:39 Signaler un abus - Permalink

    Je comprends que le fait de ne pas voter soit un signe contestataire, seulement il n’est pas forcément compris comme tel et surtout il est utilisé par les candidats pour invalider la victoire d’un adversaire ou bien encore pour minimiser sa défaite.
    Pour cela je préfère le vote blanc ou, à l’extrême, la révolution… ;)
    Je m’en explique d’ailleurs plus longuement chez moi suite aux résultats d’hier.

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  • ubirex le 15 mars 2010 - 22:08 Signaler un abus - Permalink

    Certains hommes du XXIe siècle ne sont pas si “émancipés” s’ils pensent que s’abstenir du vote peut être une forme de contestation, voir un embryon de révolution…Laisser ceux qui votent décider pour tout le reste, veut dire ne pas avoir la maturité d’être responsable de ses choix. Pour que je sache, dans les faits s’abstenir=être indifférent. En venant d’un pays ou le vote n’a pas eu de valeur pendent 50 ans, je peux dire que donner son avis politique c’est important. Dans le cadre des règles du “jeu” démocratique actuel voter me semble-t-il plus contestataire que ne pas voter, car s’exprimer c’est lutter contre l’indifférence qui touche de plus en plus notre société.

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  • Admin le 15 mars 2010 - 23:34 Signaler un abus - Permalink

    Sur le même sujet et avec un point de vue pas (si) éloigné :

    “L’abstention, une sécession silencieuse” : Le niveau record d’abstention au premier tour des élections régionales manifeste une fracture sociale et démocratique (…)

    http://www.reporterre.net/spip.php?article1016

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