Areva embarque la presse

Le 9 novembre 2011

Un plan comm' bien huilé. Hier, Areva a embarqué 14 journalistes à bord d'un vol privé. Direction la Finlande où l'entreprise construit un EPR, et accumule les retards.

Hier, 8 novembre, le groupe Areva organisait un voyage de presse sur le chantier de l’EPR en Finlande, pour faire oublier ses nombreux ratés. Un aller-retour d’une journée par avion privé en forme d’opération de séduction. OWNI est monté à bord pour observer la communication d’Areva autour de la fabrication de son EPR, Olkiluoto 3 (OL3).

Le retard sur le chantier finlandais dépasse deux ans. Les pertes sèches du contrat, pointées du doigt par le rapporteur spécial Marc Goua, sont estimées à 2,6 milliards d’euros, selon Pierre Aubouin, directeur financier du groupe sur place hier. Quant aux pertes assumées par les co-contractants, Siemens et Areva, elles avoisinent les 3 milliards d’euros.

Dans ce contexte, la priorité est de redorer le blason du consortium franco-allemand auprès des analystes et journalistes invités. Autre enjeu de taille pour Areva : le projet de fabrication d’un quatrième EPR sur la même île. L’appel d’offre de Teollisuuden Voima Oyj (TVO) pour la construction d’OL4 n’est pas officiel, mais cinq candidats sont en lice. Dont le constructeur français.

Un étalage de chiffres et de projets

Le menu du voyage express est un plan comm’ bien huilé : un étalage de chiffres et de projets de la part de TVO, l’équivalent finlandais de l’EDF français, un déjeuner-briefing avec Jean-Pierre Mouroux, le chef de projet de l’OL3 et une visite chronométrée et au pas de course des différentes parties du réacteur en petits groupes de salariés, journalistes et analystes.

Dans un amphithéâtre moderne, deux cadres de TVO présentent leur site. Installations en marche, modernité de leurs procédés, place importante à la sûreté, le discours est bien rodé. Une télécommande laser pointée sur un power-point accompagne la cadre de TVO dans son éloge sur leurs solides installations. Quelques questions fusent dans l’assemblée. Une des deux responsables martèle :

L’EPR entrera en service en 20141 .

Concernant le contrat avec Areva et Siemens, verrouillage rapide. TVO, le client réputé compliqué, répond laconiquement :

Nous ne commentons pas le retard ni ses coûts.

Malheur à ceux venus pour éviter les réponses conventionnelles. Rien de plus que ce qu’aurait pu expliquer une plaquette de communication en papier glacé ne filtre ici. Les relations sont visiblement tendues. Un porte-parole d’Areva confirme : “Et encore, ça va beaucoup mieux qu’il y a quelques temps”. Mais le temps est compté et la visite guindée doit se poursuivre.

L’amertume du français

Dans un préfabriqué d’Areva, la soupe de présentation continue. Jean-Pierre Mouroux, successeur de Philippe Knoche, l’ancien chef de projet de l’OL3, oscille entre explications techniques, justification des coûts et confiance pour l’avenir. Mais TVO vient de confirmer une mise en service de l’EPR pour la fin de l’année 2014 – cinq ans après la date de mise en service initiale. De quoi titiller la curiosité des journalistes.

À l’entrée du site, un compteur digital d’heures travaillées et de journée sans accident prévient le visiteur : 6ème jour sans accident. Alors après une belle démonstration d’un projet pharaonique, par sa taille, le nombre d’ouvriers et son coût, Mouroux martèle pour les sceptiques :

Ce chantier représente 36 millions d’heures travaillées sur le site depuis la début de la construction de l’EPR.

Mais des documents sont attendus par l’ASN finlandaise, la Stuk, en provenance de TVO. Et TVO les attend du côté d’Areva. Commence alors une énième joute verbale entre les journalistes et analystes et le chef de projet. Quid des documents sur le contrôle commande à remettre à la STUK ? La tension entre TVO et Areva se palpe :

Nous sommes en train de les remettre à jour. Mais TVO met du temps à les envoyer.

Et TVO, l’inspecteur des travaux finis, continue d’en prendre pour son grade :

Le pourcentage de contrôle d’Areva est modulable au sein du consortium. Celui de TVO et de la Stuk aussi. Sauf que ces deux derniers ont tendance à augmenter leur part de contrôle pour passer du simple contrôle à une surveillance.

Mais le temps imparti aux questions est – rapidement – écoulé. Et en petits groupes sous l’égide d’un salarié d’Areva, la visite des différentes parties du réacteur commence. Dans les couloirs et les souterrains de l’EPR, des ouvriers salariés ou sous-traitants travaillent à ce que l’EPR avance. Et rapidement. Un salarié se réjouit : “Vous vous absentez une semaine du chantier et vous remarquez tout ce qui a pu être fait. Nous avançons.”

On l’aura compris, OL3 avance tant bien que mal. Le message est passé. Mais subsistent des questions sur la possibilité d’un consortium Areva/EDF pour OL4 et l’étendue des dégâts des finances concernant le retard entre autres. Question à laquelle l’équipe d’Areva répond :

Les retards concernant OL3 n’auront que peu d’incidences sur les provisions.

Un ordre de grandeur sans doute.


Photos via FlickR CC [by] bolkm [by-nc-nd] marcovdz

  1. NDLR : mise en service prévue à l’origine en 2009 []

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  • Jean le 9 novembre 2011 - 12:32 Signaler un abus - Permalink

    Je n’arrive pas à voir l’angle de l’article.
    Que voulez vous nous faire comprendre, quel est l’intérêt d’un tel papier?

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  • Claire Berthelemy le 9 novembre 2011 - 18:53 Signaler un abus - Permalink

    Cher “@endel-gdfsuez.com”, je me permets de vous copier-coller une des premières phrases du papier pour vous aiguiller dans sa compréhension et son intérêt :

    “OWNI est monté à bord pour observer la communication d’Areva autour de la fabrication de son EPR, Olkiluoto 3 (OL3).”

    En espérant que vous trouviez l’angle.

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  • Chien de garde le 10 novembre 2011 - 8:51 Signaler un abus - Permalink

    Y a-t-il une relation entre la “presse embarquée” et les moutons des photos illustrant l’article ?

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  • Jean le 10 novembre 2011 - 9:10 Signaler un abus - Permalink

    C’est bien ce que je lui reproche: rester dans l’observation. J’ai cherché une conclusion, sans succès.
    Voilà c’est tout. Rien de bien grave, en somme…

    En tant qu’acteur effectivement du nucléaire, intéressé au premier chef et, à titre personnel, très critique sur l’EPR et le fonctionnement d’AREVA, je m’attendais à qqchose de neuf. Dans le monde dans lequel je vis, on connait les faits et on observe également la communication “technique” d’AREVA. La communication décrite dans l’article, je n’en ai bien sûr aucune connaissance. j’aurai aimé en savoir d’avantage.
    J’aurai trouvé intéressant, par exemple, d’avoir le compte rendu de l’impact -supposé- auprès des journalistes présents, et surtout, la liste des présents déjà (savoir ce que cible AREVA: presse spécialisée, entreprises, acteurs publics…)
    Enfin voilà quoi.

    Quand on écrit tout un article sur l’observation d’une communication, qu’on détaille le plus qu’il est possible de le faire…

    Ce n’est ici que le point de vue critique d’un de vos fidèles lecteur.
    ;-)
    Continuez à garder un oeil sur le nucléaire, mon sentiment est que C’EST LA QUESTION de 2012

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  • Claire Berthelemy le 10 novembre 2011 - 9:35 Signaler un abus - Permalink

    @Chiendegarde : Les moutons pour le clin d’œil et un peu d’auto-dérision oui…

    @Jean : J’entends vos reproches. Et ne suis pas forcément d’accord. Il s’agit aussi pour les lecteurs de montrer de quelle façon les discours d’un voyage de presse sont conventionnels et minutés.

    Vous le dites très bien, vous êtes acteur du nucléaire et intéressé par le sujet, connaissez les faits et la communication. Pas tous les lecteurs donc ;-)
    Je n’ai pu décrire que ce qu’il s’était passé…

    Quant à l’impact sur les journalistes présents, je suppose qu’il est à peu de choses près le même que le mien. Les journalistes ne sont pas dupes, même en voyage de presse.

    Merci pour votre point de vue en tout cas. Et comptez sur OWNI pour garder un œil sur le nucléaire !

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    • Cedric le 7 juin 2012 - 7:03 Signaler un abus - Permalink

      Merci pour ce petit article qui remet bien les chsoes e0 leurs places.Vous dites que les pre9fets viennent de l’autre bout de la France et ne connaissent pas les particularismes locaux.Mais n’est ce pas volontaire de la part du centralisme parisien ? Cela leur permet justement de mieux diriger sans subir d’opposition !

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  • DrT le 10 novembre 2011 - 13:35 Signaler un abus - Permalink

    Très bon article. Effectivement il présente un voyage de presse à nous d’en tirer les conclusions. Un lecteur n’a pas forcement besoin que l’on lui dise clairement quoi penser.

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  • SalutFinlande le 10 novembre 2011 - 19:32 Signaler un abus - Permalink

    Deux petites coquilles dans cet article :

    STUK, l’Autorité de Sûreté Nucléaire de Finlande, s’écrit sans C.

    TVO n’est pas tout à fait l’équivalent finlandais de l’EDF, à plusieurs égards. TVO est une entreprise privée, de production d’électricité (principalement de source nucléaire mais pas seulement) – en Finlande la production et la distribution de l’électricité sont dissociées.

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  • Claire Berthelemy le 10 novembre 2011 - 19:35 Signaler un abus - Permalink

    @Salutfinlande : merci, coquilles corrigées.

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  • Karine le 15 novembre 2011 - 12:23 Signaler un abus - Permalink

    Bravo excellents articles que vous devriez proposer aux mass medias !!

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  • バーバリー le 22 octobre 2012 - 10:12 Signaler un abus - Permalink

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