Un bouquet de bambous pour sauver des vies
Un designer d'origine afghane a réinventé une éolienne roulante s'inspirant des jeux de son enfance, un magnifique objet utilisant la force du vent et les caractéristiques du bambou pour faire la chasse aux mines anti-personnelles.

Dans sa conférence TED, notre designer humoriste français Philippe Stark expliquait qu’à notre époque, être designer c’est être totalement inutile. Ce à quoi je répondrais qu’à notre époque et à l’avenir, être designer c’est choisir de se rendre utile et pourquoi pas indispensable.
Mine Kafon
Je vous présente aujourd’hui le fabuleux projet “Mine Kafon” créé par Massoud Hassani. Cet objet volumineux qui ressemble à la balle qu’un chat immense aurait perdu dans le désert est conçu pour être posé au sol et pour rouler à travers les champs de mines non défrichés… en faisant ainsi exploser les mines anti-personnelles oubliées. Une idée brillante, simple et percutante fabriquée à partir de matériaux légers comme le bambou, et qui vise à permettre aux populations locales de se réapproprier leurs terres afin de les utiliser en toute sécurité. Tout simplement pour cultiver, pour voyager, pour vivre.

Vous l’aurez compris, cette balle immense n’explose pas quand la mine se déclenche mais elle absorbe le choc et continue à rouler jusqu’à la prochaine mine pour la faire exploser. Dans le détail, la balle est constituée de trois parties:
- - le noyau sphérique
- - 70 tiges de bambou qui sortent de celui-ci
- - des embouts noirs et ronds pour les pieds de ces tiges de bambou.
Point particulièrement intéressant entre tous, Mine Kafon envoie et diffuse en permanence sa localisation, capturée par un GPS, traçant alors des chemins “libres” sans mine qu’il est possible de conserver.

Retour sur le principe d’une mine
En design, pour concevoir un objet pertinent, utile et dont la forme est à la hauteur de sa fonction, il faut bien comprendre le terrain dans lequel on agit, il faut même parfois devenir un spécialiste de son sujet. Ainsi, pour comprendre Mine Kafon, rappelons le principe d’une mine anti-personnelle. Cette mine est composée d’un dispositif de mise de feu qui se déclenche sous une action extérieure (le passage d’un véhicule, d’une personne ou d’un animal…) et émet une flamme qui aura pour effet de produire une petite explosion ; le rôle de cette petite explosion est déclencher la charge principale – la grosse explosion. La mine elle est également composée d’un dispositif de sécurité (goupille, bouton, fourchette, etc.). L’effet de souffle peut également endommager et projeter des fragments alentour.

Pour neutraliser l’engin, l’idée de Mine Kafon est, d’une part de déclencher la mise à feu (le poids de l’objet doit être suffisant) et, d’autre part, d’absorber le souffle pour éviter d’être projetée. Et éventuellement de limiter les éclats, les projectiles.
De plus, pour assez incroyable que cela puisse paraître, Mine Kafon est assez légère pour qu’une brise légère puisse simplement la pousser.
Le designer au service d’une cause.
Massoud Hassani a échappé à la guerre en Afghanistan alors qu’il avait 14 ans. C’est cette histoire qui l’a conduit à avoir une posture dans son métier. Son but était de trouver un moyen de faire disparaître ce fléau de sa ville natale, où sont encore présentes des milliers de vieilles mines soviétiques.
Quand nous étions jeunes, nous avons appris à faire nos propres jouets. Un de mes favoris était une petite éolienne roulante. Nous faisions des courses les uns contre les autres dans les champs autour de notre quartier. Il y avait toujours un fort vent s’agitant vers les montagnes. Alors que nous faisions la course, nos jouets ont roulé trop vite et trop loin et ont atterri dans des zones où nous ne pouvions pas aller les chercher en raison des mines. Je me souviens encore de ces jouets que j’avais fait et que je regardais aller au-delà de la zone où nous pouvions aller.

Détournement & matériaux
Construit en matière plastique biodégradable et en bambou avec un cœur informatique contenant un GPS, Mine Kafon s’inscrit dans la tendance du DIY. J’imagine très bien que Massoud Hassani puisse mettre en open source le code informatique qui analyse les données GPS mais également les plans de sa boule afin que chaque communauté concernée puisse recréer son propre démineur collectif.

Designers Bidouilleurs anti-guerre !
Hassan n’est pas le seul à se poser la question des armes, de la guerre et de ce que cela provoque. En effet, de nombreux designers, plasticiens, hacktivistes et artistes prennent des initiatives pour dénoncer et agir. Un exemple avec ce livre de coloriage qui dénonce les violences policières ou encore ce site intitulé “NukeMap” pour comprendre et visualiser l’impact des bombes nucléaires.

D’autres comme Mona Fawaz, Ahmad et Mona Harb Gharbieh se sont concentrés sur Beyrouth et ont cartographié les conflits armés pour en rendre compte à la population. Enfin, les bombes sont parfois détournées pour faire du bien à la planète.. et ça, parfois, ça me laisse rêveur.

Soutenir le projet
Pour finir ce “Vendredi c’est Graphism”, je vous invite à vous rendre sur la page du projet pour le soutenir. En effet, parfois, cet objet étrange perd un peu de ses jambes de bambou lorsqu’il explose et coûte au total une quarantaine d’euros. Une de ces “Mine Kafon” a été acquise par le MoMA et sera présentée en mars 2013.
Massoud Hassani est actuellement à la recherche de partenaires financiers et des collaborateurs pour apporter leurs idées dans la production.

Un projet intéressant et original dans sa mise en application, c’est certain, mais qui a des limites en terme de déminage. Je discutais avec un expert EOD, son opinion est intéressante, à la lumière de son expérience. Voilà ce qu’il pense du projet:
“Over the years we are always seeing new, inventive and interesting ways that people submit to the industry for clearing landmines. From rats, elephants, red flowering plants, glowing bacteria, wind powered sticks and the odd acoustic sound-wave clearance shown to president Obama last week. Many have some merit some are comical, but I never say never. I saw this a couple of weeks ago being tested by what I think was a Norwegian NGO. In the picture you could see a small explosion with the test crew about 20 metres away hiding behind a vehicle. This told me they were not using high explosives with any fragmentation as used in real mines. My first question, is this for AP [anti-personal] mines or AV [anti-vehicle] mines. I would like to see the effect of 8kg of HE [high explosive] from a Mk7 landmine designed to blow apart armoured tanks. Also these often need anything from 100 to 350kgs of applied pressure to function. I suspect this is being used to target AP mines. Again I raise the question what is the pressure applied to the ground to function any pressure mines. Some AP mines take up to 30-50kgs of pressure on a small pressure plate often buried to 20mm below the surface. If targeting a low pressure mine maybe requiring 5 – 10kgs of weight to function then possibly this may work and only if just below the surface. If connected to a tripwire then again yes this may also work. But the whole point of landmine clearance is a systematic search with subsequent cleared areas clearly marked. How do you control the required clearance of this and then how do you know where it has cleared? [Il apparaît que le chemin parcouru par l'engin est géo-localisable] I suspect the actual clearance foot print of this is very small and very unpredictable. If it has been damaged within a minefield and requires re-placement sticks how do you get to it without a marked route that is safe? Obviously within the industry there are always lots of questions to its practical ability. It may set off mines but can you actually use it and give any assurance of a mine free area after using it. In my experience slow methodical prodding by deminers (often post dogs, rats and mechanical clearance) is always the best to ensure a cleared mine-free area.”