Mort de Ben Laden: nous avons déjà vu le film

Le 11 mai 2011

Jean-Noël Lafargue analyse l'assassinat du chef d'Al-Qaida à l'aune d'un pilier du soft power américain, la culture. Cinéma, comics, séries télévisées, jeu vidéo nous ont préparés à trouver normal cet événement à la réciproque inimaginable.

Wernher von Braun.

Des militaires d’élite américains ont exécuté Oussama Ben Laden dans sa propriété d’Abbottabad, au Pakistan, sans s’être donné la peine d’avertir les autorités de ce pays. Une telle action n’a pas de réciproque possible. On n’imagine pas, par exemple, les services secrets britanniques venir sur le sol américain venger leurs morts en assassinant Wernher von Braun, inventeur des missiles V2 dont plusieurs milliers ont été lancés sur Londres pendant la Seconde Guerre mondiale et dont la fabrication a causé la mort de milliers de déportés employés à leur fabrication. Non, Wernher von Braun est mort dans son lit aux États-Unis, où il a eu le temps de participer au succès de deux grands mythes modernes de son pays d’adoption, la Nasa, qu’il a contribuée à créer, et la société Disney, avec qui il a réalisé des films éducatifs et prospectifs.

Ce destin n’a rien de comparable avec celui d’Oussama Ben Laden bien entendu : von Braun n’était qu’un ingénieur ayant mis ses recherches au service du Reich, de gré ou de force, tandis que Ben Laden est un chef de guerre et un chef religieux a priori totalement responsable de ses actes1. Si je fais ce parallèle malgré tout, c’est parce que le mélange de recherche scientifique, de responsabilité militaire, de propagande politique et d’entertainment qui font la carrière de Wernher von Braun et qui constitue un mélange a priori farfelu est en fait une illustration typique du lien qui existe aux États-Unis entre science, armée, politique, propagande et industrie culturelle.

Captain America démolit le portrait d'Adolf Hitler en 1941 puis s'occupe de l'empereur Hiro Hito dès l'année suivante. Superman ou Tarzan en ont fait de même, comme tous les héros costumés, jusqu'à l'ombrageux dieu Namor qui a accepté de quitter son humeur misanthrope pour démolir des sous-marins nazis. Même l'entreprenante petite orpheline Annie, fille adoptive d'un marchand d'armes, a mis sur pied les "Junior Commandos", une troupe d'enfants affectés à alerter les adultes si des soldats allemands ou japonais avaient été repérés dans leur voisinage. Le cinéma ou le dessin animé ont été touchés par le même mouvement patriotique qui, bien que spontané et œuvrant à la libération de l'Europe et de l'Asie, relève pourtant bel et bien de la propagande.

En effet, s’il semble naturel pour les Américains d’avoir exécuté un Saoudien sur le sol pakistanais, si cela nous semble logique à tous, ce n’est pas par respect pour la première puissance financière et militaire du monde ni par assentiment envers une justice expéditive des plus suspectes, c’est que nous avons déjà vu le film.
Nous l’avons vu sous différentes formes plus ou moins fantaisistes, par exemple dans The West Wing, où le président Bartlet commande à distance des opérations militaires de récupération d’otages, dans une mise en scène proche de celle de la désormais célèbre photographie du président Obama et de son équipe :

Presque un épisode de la série "The West Wing".

Nous l’avons aussi vu dans 24 heures Chrono ou dans Alias, séries dont même le climat de suspicion (qui manipule qui exactement, qui ment, quelle est la vérité ?) semble avoir inspiré la communication erratique de l’équipe gouvernementale américaine, plusieurs fois reconstruite : pourquoi n’y a-t-il pas de photo ? Pas de corps ? Comment Ben Laden a-t-il été surpris, était-il armé, a-t-il résisté, comment est-il mort ?…
On se rappellera de la première version qui avait été donnée lors d’une conférence de presse : se servant d’une femme comme bouclier humain, Ben Laden aurait été abattu d’une balle en pleine tête.
Dans l’émission Place de la Toile du 8/05, le philosophe des sciences Mathieu Triclot faisait remarquer que ce scénario était similaire à un épisode du jeu Call of Duty: Black Ops, édité il y a six mois par la société Activision et où le joueur, qui incarne un agent de la CIA, se retrouve à tuer Fidel Castro d’une balle en pleine tête alors qu’el commandante (qui s’avérera être un sosie) tente lâchement de s’abriter derrière une femme.

Call of Duty: Black Ops (fin 2010).

Dans les fictions qu’ils produisent, par exemple Mission: Impossible2, les Américains sont habitués à trouver tout naturel d’entrer et de sortir de pays étrangers comme s’ils étaient chez eux ou de pratiquer leur justice sans s’embarrasser de droit international.
Le cinéma venait tout juste de naître quand le studio Vitagraph a produit son premier film de propagande, en reconstituant et en mettant en scène un épisode guerrier censé justifier la guerre hispano-américaine (1898) ; en 1933, le justicier Doc Savage explique à des Sud-Américains que son pays n’hésitera pas à les envahir s’ils ont la mauvaise idée d’attenter à ses intérêts en nationalisant leurs mines d’or ; les exemples de justification d’ingérence sont innombrables.

Après une période de remise en cause importante (Civil Wars, série publiée en 2006-2007 pendant laquelle Captain America s'élevait contre la restriction des libertés des super-héros par le gouvernement américain - allusion à peine voilée au Patriot Act), le héros à la bannière étoilée choisit son camp et empêche de nuire un activiste qui s'est attribué son costume (qui est en quelque sorte son double et affirme partager ses valeurs) pour diffuser des informations secrètes qui, bien que vraies, peuvent mettre des vies en danger. On lira ici une réponse à Julian Assange, Bradley Manning et Wikileaks : "vous avez peut-être raison, vous êtes peut-être de bonne foi, mais on ne va pas vous laisser faire pour autant." (Secret Avengers #12.1).

En revanche — et ce n’est pas un hasard —, les fictions américaines sont chargées de méfiance envers tout ce qui vient d’ailleurs. On peut trouver ça paradoxal concernant un pays qui s’est précisément construit et qui continue de se construire par l’accueil régulier d’étrangers, mais c’est plutôt rusé : en ne donnant à l’étranger que le choix entre un patriotisme exalté d’une part et, d’autre part, le soupçon d’être un saboteur, un poseur de bombes ou un assassin potentiel du président, il n’y a pas vraiment de marge de manœuvre.
Pas besoin de rappeler ici le nombre de fictions qui s’intéressent aux extra-terrestres, qualifiés d‘aliens (mot qui, on finira par l’oublier, signifie juste « étranger »), de visiteurs ou d’envahisseurs. Ce qui vient d’ailleurs est suspect et l’hyper-vigilance américaine a abouti à ce que ce pays ne soit, malgré des dizaines de guerres en un siècle, jamais véritablement attaqué sur son sol par d’autres pays3

Mars Attack (1996) est, malgré ses clins d'œil parodiques au cinéma des années 1950, le film le plus politique de Tim Burton. Il s'ouvre par une séquence où un redneck raciste demande à son voisin philippin si c'est le nouvel an dans son pays car il sent une odeur épouvantable de viande brûlée. Après une guerre sans merci contre des extraterrestres particulièrement fourbes, l'Amérique sauvera le monde grâce à la chanson "indian love call" de Slim Whitman et pourra se reconstruire en partant de Las Vegas, la cité du divertissement. Jack Nicholson incarne ici un des rares présidents américains du cinéma qui soit à la fois bête et couard.

Outre les pays étrangers qui sont vus comme un terrain de jeu et l’étranger dont on se méfie, les fictions populaires4 américaines diffusent assez insidieusement plusieurs autres clichés, comme la figure du président des États-Unis — parfois trompé par ses conseillers mais foncièrement honnête et courageux5, parfois même homme d’action, par exemple dans Air Force One ou Independance Day —, le goût pour la victoire6 et le refus systématique de la défaite militaire (qui ne saurait être que provisoire), comme le montre de manière éloquente le livre Diplopie, de Clément Chéroux, où l’on voit que la presse américaine a spontanément remplacé les images catastrophiques du World Trade Center attaqué par des clichés de pompiers érigeant le drapeau américain sur les ruines de Ground Zero dans une parodie d’une célèbre photographie de victoire lors de la bataille d’Iwo Jima.

La photo "Raising the Flag on Iwo Jima" (image de gauche), par Joe Rosenthal a été reprise et pastichée très souvent dans des fictions, sur des couvertures de comic-books ou même dans le "monde réel".

En conclusion, je dirais une fois de plus que la frontière qui sépare la fiction de la réalité me semble bien fine, l’une servant souvent à justifier l’autre, et réciproquement.

Billet initialement publié sur Le dernier blog sous le titre “Opérations extérieures”.

  1. Un parallèle plus évident aurait été d’imaginer l’assassinat, par des Soudanais, de l’ancien président Clinton qui, pour détourner l’attention du public en pleine affaire Lewinsky, avait lancé un raid punitif contre ce qu’il avait qualifié d’usine d’armement terroriste et qui s’est avérée n’être que la principale usine de médicaments du pays, notamment d’aspirine, causant, selon l’ambassadeur allemand au Soudan à l’époque la mort de dizaines de milliers de civils. On pourrait aussi imaginer des habitants de l’État du Madhya Pradesh qui viendraient sur le sol américain punir les dirigeants de Dow Chemicals responsables de la catastrophe de Bhopal, qui a fait plusieurs milliers de morts. En fait, de Santiago du Chili à Hiroshima en passant par le Moyen-Orient, des centaines de millions de gens ont des raisons directes de reprocher sa politique extérieure aux États-Unis. []
  2. Au sujet de Mission : Impossible, j’ai lu récemment une interview de l’actrice Barbara Bain qui expliquait que de nombreux épisodes de la série relataient des évènements qui ont effectivement eu lieu, mais que ni l’équipe ni le public n’y voyait autre chose qu’une fiction fantaisiste à l’époque. En fait, un des scénaristes était (selon Barbara Bain) véritablement proche des services secrets américains. []
  3. Ce sera pour une autre fois mais je réalise qu’il faudrait s’intéresser au cinéaste new-yorkais (et sans doute fallait-il l’être) Barry Sonnenfeld qui, dans son adaptation du comic-book Men in Black ou dans sa relecture de La Famille Addams a affirmé très clairement le droit à la différence et à l’étrangeté, le droit de vivre sur le sol américain sans pour autant s’imposer d’entrer dans le moule, en ayant le droit de conserver ses coutumes, ses bizarreries, pour peu, tout de même, de rester caché. []
  4. Le peuple n’est pas seulement la cible des fictions populaires mais aussi, comme l’a écrit Umberto Eco, leur commanditaire. []
  5. Au fait, les Américains auraient-ils élu Barack Obama président si la série 24 n’avait pas préparé l’idée d’un président noir avec le personnage de David Palmer ? []
  6. Dans U-571, par exemple, les Américains s’attribuent un fait de guerre historique bien réel, mais britannique et ayant eu lieu des mois avant l’entrée en guerre des États-Unis. []

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  • Abiram le 11 mai 2011 - 9:06 Signaler un abus - Permalink

    Quoi de neuf ? C’est le synopsis de la majorité des films hollywoodiens:

    « Dans un monde corrompu, un individu (ou un petit groupe d’individus) surmonte tous les obstacles et se fait justice lui-même en se fondant sur son instinct et ses préjugés particuliers – qui se trouvent être d’essence biblique. »

    Ne pas oublier qu’en 1946, lorsque la France ruinée va demander de l’aide aux américains, la première contrepartie exigée a été de donner aux films hollywoodiens un large accès aux écrans français, avec doublage des films, pour que tout le monde comprenne bien. (accords Blum-Burns, 28 mai)

    Le 20 septembre de la même année, commence la première véritable édition du festival de Cannes, financé en partie par la CGT, elle-même touchant les subsides du syndicat américain AFL, dont le représentant en France appartient à la CIA et aussi par le ministère des affaires étrangères.

    Ainsi se mettait en place à une échelle industrielle la machine à fabriquer du consentement, aussi appelé temps de cerveau disponible.

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  • Mathieu le 11 mai 2011 - 9:17 Signaler un abus - Permalink

    “[...]les Américains sont habitués à trouver tout naturel d’entrer et de sortir de pays étrangers comme s’ils étaient chez eux ou de pratiquer leur justice sans s’embarrasser de droit international”.
    Cette phrase me fait penser à cette séquence de “The Dark Knight” (Nolan, 2008) où Batman s’envole jusqu’à Hong Kong pour récupérer un criminel, selon un système supposé s’inspirer d’un “programme d’extraction abandonné de la CIA”…
    http://www.youtube.com/watch?v=tFnJGt-uYlw

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  • abdel le 11 mai 2011 - 11:10 Signaler un abus - Permalink

    Salut,
    Je n’ai jamais lu nul part qu’Oussama ben Laden était un chef religieux… Pourriez-vous nous donner une référence de vos dires ?

    On sait qu’en France, tout ce qui a trait au religieux (surtout l’Islam, vu que c’est la religion “à combattre”) est comme qui dirait avili au point d’accepter même la suppression (assassinat) de ces disciples virulents mais tout de même faisons la part des choses.

    Dans votre comparaison vous oubliez de dire qu’Oussamma ben Laden a longuement collaboré avec la CIA, cet angle étant invariablement “omis” par les médias occidentaux.

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  • -flo- le 11 mai 2011 - 11:36 Signaler un abus - Permalink

    Sauf que… le Pakistant était tout à fait au courant, du moins selon “the guardian” (auquel on peut accorder un minimum de crédit).
    Mais c’est vrai que les US c’est le démon, c’est pas nous autres bon français qu’on irait intervenir militairement hors de nos frontière pour soutenir une révolution/un dictateur/un pote/un financeur de campagne électoral, surtout au moyen orient ou en afrique (d’ailleurs monsieur foccard, si vous nous lisez, je vous passe le bonjour).

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  • Des Lisses le 11 mai 2011 - 14:10 Signaler un abus - Permalink

    @abdel : tout le monde sait que Ben Laden a été l’employé de la CIA pendant la guerre entre l’URSS et l’Afghanistan.
    Je pense que Ben Laden peut être qualifié de chef religieux au sens où il se réclame d’une religion dans son action, et une religion née dans une tradition de flou entre spirituel/temporel/politique/guerrier,…

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  • abdel le 11 mai 2011 - 17:25 Signaler un abus - Permalink

    @Des Lisses

    Merci pour votre réponse,

    C’est sur que si un point est flou, autant en profiter pour en rajouter une couche et aussi faire des raccourcis…

    Malheureusement et sans nier les crimes qu’il a commis, la manipulation des dirigeants des grandes “démocraties” continue et les gens (média, commentateur, citoyen) continuent à régurgiter des informations qui masquent la réalité des crimes commis en notre nom (qu’on soit occidental et/ou autre).

    A mes yeux d’observateur impartial, on aime nous orienter vers autre chose que la réalité : càd que la majorité des crimes dits contre l’Humanité sont aidés, voir initiés et commis par l’Occident actuellement, tout le reste reste du caramel de langage et le caramel j’aime pas.

    @++

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  • Jean-no le 11 mai 2011 - 20:51 Signaler un abus - Permalink

    @abdel : Boujour. Je pense que vous vous trompez un peu sur l’objet de l’article auquel vous avez sans doute répondu sans le lire ou en y pensant y lire ce que vous y recherchiez mais qui n’y était pas.
    Personnellement, je ne crois pas que “l’occident” soit coupable de “la plupart des crimes contre l’humanité” comme vous le dites, car l’occident, je ne sais pas ce que c’est exactement, je ne l’ai jamais rencontré. Cela fait quelques décennies que le monde est mondial, et ceux qui arrivent à faire croire aux uns qu’il y aurait des “croisés” et aux autres qu’il y aurait une religion de fanatiques sont également malhonnêtes. Mais bon, on peut en causer longtemps !
    Sur le rapport entre Ben Laden et la CIA, il me semble que l’info est publique et bien connue, elle se trouve par exemple sur Wikipédia. J’ignore si les habitants des États-Unis en ont conscience, mais en France il me semble que ça n’a rien d’un secret.
    Maintenant, Oussama Ben Laden fut-il un chef religieux ? Je ne pense pas que la réponse soit simple. Bien entendu, il s’est réclamé de l’Islam et il a soutenu la théocratie des Talibans. Même s’il a étudié la religion, il n’était en revanche pas un religieux au sens où l’est un évêque ou un imam, mais ses discours se référaient uniquement à la religion et non à la musique, à la politique, à la morale ou à la philosophie. Quand il disait que les soldats américains n’auraient la vie sauve que si tout leur pays se convertissait à sa religion, je pense que son ancrage religieux était assez clair, même si ça vous déplaît de l’admettre.
    @flo : vous aussi vous passez un peu à côté du sujet de l’article et là, je suis sûr que vous ne l’avez pas lu du tout, je ne vais donc pas vous répondre.

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  • abdel le 12 mai 2011 - 1:39 Signaler un abus - Permalink

    @Jean-No :
    Salut et merci pour votre réponse, je ne visait pas l’article en particulier, mais votre réponse confirme ce que je voulais pointer dans le comportement des commentateurs/médias actuels, on pointe des écarts, des “oublis”, des maladresses mais ce qui se passe actuellement (depuis une quarantaine d’années en fait…) c’est un pays et ses alliés (alias vassaux) qui fait la loi dans le monde par la force de sa puissance économique, de ses médias, de sa (sous)culture et de son armée (etc.).

    Le reste, comme toute bonne discussion, est de la belle littérature mais les faits sont tout de même là (meurtres, violation du droit, pollution, etc.), c’est tout ce que je voulais rappeler.

    @++

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  • abdel le 12 mai 2011 - 1:49 Signaler un abus - Permalink

    @Jean-No :

    http://bougnoulosophe.blogspot.com/2011/05/processus-de-civilisation.html

    Pour le reste que dire de plus…

    @++

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  • Alfred H le 12 mai 2011 - 10:19 Signaler un abus - Permalink

    Abiram est bien inspiré de rappeler comment le cinéma américain s’est accaparé la part du lion en France à la sortie de la 2e GM, et comment ce cinéma a formaté les esprits, dans tous les pays où il a été majoritaire. Mais il faut aussi reconnaitre que ce cinéma n’a pas produit que de la propagande idéologique – et d’ailleurs sous cet angle, tous les cinémas, et tous les discours sont de l’ordre de la propagande. Et par conséquent discriminer une forme de propagande, pour adhérer à une autre, c’est une attitude puérile et inconséquente. Si le cinéma américain s’est imposé, c’est aussi parce qu’il était meilleur que les autres cinémas, et qu’il visait des enjeux plus universaux. Le cinéma américain était déjà plus mondialisé que la plupart des autres cinémas et répondait aussi aux attentes des spectateurs non américains. Le talent a souvent été européen, mais le savoir-faire pratique et la force de frappe a malheureusement rarement suivi.

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  • Jean-no le 12 mai 2011 - 11:05 Signaler un abus - Permalink

    @Abdel : excellents ces jeunes gens qui n’arrivent qu’à articuler l’acronyme de leur pays quand le reporter présente un meurtre d’état non comme une vengeance (autant appeler un chat un chat) que comme une victoire de la démocratie et comme une justification a posteriori de deux guerres difficilement justifiables… En gros, les dizaines de milliers de morts, les centaines de milliers de réfugiés et les centaines de milliers de blessés de ces guerres qui s’ensablent lamentablement étaient destinés à tuer un vieil homme devant son téléviseur dans un troisième pays… Il me semble que ça correspond bien au goût pour la victoire des américains dans leur fictions.

    @Alfred H : votre post est un peu rapide. Le cinéma américain est-il universel dans ses thèmes ? Pas sûr ! Il s’est imposé assez universellement, mais il a surtout imposé ses formes, ses représentations, ses clichés,… qu’il a d’ailleurs raidi au point de se caricaturer et de produire, à 95%, des films aux trames très prévisibles – que de régression entre “It happened one night” ou “his girl friday” et les actuelles comédies romantiques, qui tout en reprenant des codes inventés il y a trois quart de siècle s’avèrent de tristes mécaniques aux effets très dosés. La culture américaine s’est imposée comme la publicité : par le martelage. Ce qui n’empêche pas bien entendu un grand nombre d’œuvres de qualité.
    Le cinéma américain ne s’est pas imposé tout de suite, et notamment à l’époque du muet, les pays nordiques, l’Allemagne, la Grande Bretagne ou la France lui ont longtemps damé le pion – ce à quoi Hollywood a répondu par une politique de “transferts”, attirant les meilleurs talents européens pour produire des films sur le sol américain (Fritz Lang, Erich Von Stroheim, René Clair, Jean Renoir, etc.), souvent avec un bilan artistique mitigé. Enfin là aussi on pourrait en parler des heures.

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  • Alfred H le 12 mai 2011 - 12:06 Signaler un abus - Permalink

    @jean-no: certes, je ne vais pas commencer à défendre toutes les merdes que nous envoient l’industrie cinématographique américaine, mais je ne suis pas sûr que proportionnellement l’Europe n’en produit pas tout autant … très récemment, j’ai vu “there will be blood” de PT Anderson, c’est américain et c’est un très bon film … dans la fiction télé, vous avez la série culte “the wire”, je ne vois pas d’équivalent européen, qualitativement parlant …

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  • Jean-no le 12 mai 2011 - 12:29 Signaler un abus - Permalink

    @Alfred H : c’est dans la série TV que les américains ont atteint un niveau vraiment extraordinaire. Ils ont moins d’imagination et de fantaisie que les britanniques (supérieurs en série d’humour à mon goût) mais leurs séries les plus réussies (Six Feet under, The Wire, les séries de Joss Whedon aussi…) n’ont effectivement pas d’équivalent ici. Au cinéma c’est autre chose : le cinéma européen qui veut faire américain sent souvent le sous-produit (et pour cause) mais ça n’empêche pas les chefs d’oeuvre assez réguliers. Notons que beaucoup de très bons cinéastes américains ont surtout du succès ailleurs que chez eux. Des cinéastes récents et intéressants comme Anderson (Paul Thomas ou Wes, d’ailleurs) sont assez limite au box-office, en général.

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  • Arakiel le 12 mai 2011 - 17:16 Signaler un abus - Permalink

    Excellent article merci, il y a une autre photo pour illustrer cela.

    http://www.neozone.org/humour/obama-vs-ben-laden-les-membres-du-gouvernement-des-usa-sont-des-super-heros/

    Démocratie 2.0…

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