[Mà j] Fin de l’Internet illimité : c’est reparti
Orange aurait-il menti ? Selon la Lettre A, reprise par Rue89, l'opérateur abandonnerait bel et bien l'Internet illimité, comme nous l'annoncions il y a 1 an. Avec l'aide d'un certain Qosmos, suspecté d'avoir aidé Bachar al Assad à surveiller sa population sur Internet.

Stéphane Richard, le patron d'Orange, ne ment pas car Stéphane Richard, le patron d'Orange, a un bisounours sur son épaule.
Mise à jour (19h34) : Lettre A maintient
Une guerre de position s’engage. Contacté par Owni suite à l’appel d’Orange, Grégoire Pinson, rédacteur en chef de la lettre d’information à l’origine du papier en cause, maintient. “Je ne comprends pas où il y a pu avoir malentendu”, regrette-t-il.
Il explique avoir contacté les équipes d’Orange afin d’aborder avec elles un éventuel projet de mise en place “de forfaits différenciés selon les usages des internautes”. L’opérateur aurait d’abord confirmé travailler sur ces offres, avant “de parler de lui-même de DPI.” Le journaliste aurait alors demandé la provenance de cette technologie, le FAI évoquant Qosmos, avant de citer l’expérience du fameux panel “Orange Préférences”.
Mise à jour (18h50) : un “amalgame”
Suite à nos sollicitations, Orange nous a indiqué avoir été victime d’un “amalgame important”. Lettre A aurait confondu la mise en place l’été dernier d’une étude marketing intitulée “Orange préférence”, utilisant effectivement la technologie DPI et placée sous le contrôle de la Cnil, avec le projet d’instauration d’offres Internet différenciées. “Nous n’avons aucun projet de commercialiser des offres différenciées, encore moins en utilisant une technologie DPI”, indique le service presse.
Aujourd’hui terminé, le panel en question était sur la base d’un volontariat. Alain Bazot, le président de l’UFC-Que Choisir, s’était néanmoins étonné de cette pratique, qui revenait selon lui “à surveiller votre navigation Internet à la trace pour connaître vos centres d’intérêt et ne vous proposer que la publicité qui vous intéresse.” Il concluait alors : “entre cette nouvelle méthode optionnelle et la clause générale dénoncée, la frontière est mince et Orange semble nager en eaux troubles… A vouloir se plonger dans les flux, Orange risque bien de boire la tasse !”
Interrogé sur son utilisation de la technologie, Orange nous assure “ne faire plus aucune utilisation de la technologie DPI” sur sa clientèle.
Juré, promis, craché : ils ne toucheraient pas à l’Internet illimité ! En tout cas, c’est ce que les opérateurs français s’étaient évertués à faire croire il y a un an, suite à la publication d’un article sur Owni, révélant la volonté de quelques uns à limiter les abonnements Internet.
La Lettre A en date du 12 octobre, reprise par Rue89, indique que l’opérateur historique n’a pas tenu ses promesses. Orange préparait “activement des offres de débits différenciés”, avec l’aide de l’équipementier… Qosmos ! L’entreprise française suspectée d’avoir permis à Bachar al Assad de surveiller sa population. Et de la fameuse technologie de DPI, permettant de fouiner dans les flux Internet des internautes. Pratique pour surveiller massivement une population donc, ou pour mettre en place, comme ici, un système de forfaits différenciés en fonction des usages. Imaginez : un abonnement allégé pour aller sur Facebook et consulter ses mails, un autre plus coûteux pour faire du streaming et pourquoi pas encore un autre pour passer des coups de fil sur Skype ?
Si le scénario semble surréaliste dans un pays comme le nôtre, où l’abonnement Internet illimité a été démocratisé avec l’arrivée de Free en en 2002, il est bel et bien réel dans d’autres pays. Ainsi en Grande-Bretagne ou bien encore aux États-Unis. Ce pays dont le modèle de télécommunications faisant tant rêver, à l’époque, le porte-parole d’Orange qui s’exclamait :
Les tarifs américains, c’est le rêve de tous les opérateurs !
Le processus serait déjà bien entamé. Selon Rue89, la La Lettre A évoquerait même l’existence de tests, menés de concert par Orange, Alcatel-Lucent et la Cnil, afin d’identifier les usages des internautes et de “trouver des axes de différenciation des services”. A suivre…
Loltoshop maison sur une photo de Guillaume Paumier

Dans la mesure où à Owni, nous suivons de près l’évolution des forfaits Internet, fixe ou mobile, il nous a semblé normal de relayer l’information de Lettre A, signalée par Rue89. Nous avons demandé à Orange et au journaliste à l’origine de l’information de réagir à nos différentes interrogations sur le sujet, ce qu’ils ont fait suite à la publication du papier (à ce titre, je vous invite à lire les mises à jour).
Par ailleurs, il est vrai que le papier n’est pas assez clair sur la nature des forfaits concernés, dans la mesure où l’information publiée il y a 1 an ne concernait que l’Internet fixe. Je l’ajoute tout de suite, pour éviter toute confusion.
Ceci étant précisé, vous conviendrez que la limitation des offres Internet de salon est une nouveauté dans le paysage français. Néanmoins, il est vrai que cette situation prévaut depuis longtemps dans le mobile. D’ailleurs, les forfaits mobiles ne proposant qu’un accès restreint à certains services d’Internet sont bel et considérés comme une atteinte à la neutralité. D’ailleurs, de nombreux travaux préconisent que ces offres ne soient pas qualifiées “d’offres Internet”. Voir à ce propos les différents chantiers menés au sein de l’Arcep (http://owni.fr/2012/03/23/lintrouvable-neutralite-du-net/) et les conclusions du régulateur (http://owni.fr/2012/05/18/le-regulateur-se-remet-a-la-neutralite-du-net/) sur le principe de neutralité du Net.
Sur le DPI, il est tout à fait vrai que les opérateurs n’ont pas besoin d’une telle technologie pour obtenir un tracé détaillé des utilisateurs sur Internet. Nous ne l’avons d’ailleurs jamais suggéré dans nos papiers précédents sur le sujet. Il n’en empêche pas moins que si les informations de la Lettre A sont avérées, comme me l’a maintenu le rédacteur en chef de la lettre à l’origine de l’information, il serait surprenant et même inquiétant de voir Orange associer de lui-même (voir la mise à jour) la technologie DPI avec un éventuel projet d’instauration d’offres différenciées. Pourquoi utiliser cette technologie ? Pour quel type de forfait et quel type de réseau ?
Voilà les interrogations soulevées par cette information, qu’il me semblait légitime de partager avec vous. Par ailleurs, sachez que si je suis une grande fan des théories du complot, j’évite de mêler cette curiosité personnelle à mon travail.
Bien à vous,
Andréa.