Open data péRennes

Le 21 février 2012

OWNI s'est un peu installé à Rennes, première municipalité de France à libérer ses données et à adhérer au mouvement open data. C'était il y a un an et demi. Passé le buzz médiatique, il faut tenir la longueur pour se montrer à la hauteur du défi. Un collectif vient de se monter pour sensibiliser tous les acteurs.

Ce mercredi à Rennes, les mordus de l’open data réunis dans un collectif se retrouvent à la Cantine numérique rennaise sur le thème “politique et citoyens”. Ils se sont réunis pour la première fois en janvier, en complément de l’action de la municipalité, pionnière dans l’ouverture des données en France. Car après le braquage médiatique des projecteurs, l’open data est une course de fond en réseaux combinant acteurs publics, société civile et secteur privé.

Rennes Métropole et la Ville de Rennes ont lancé leur plate-forme en octobre 2010. La ville a une réputation forte en matière d’innovation technique dans le domaine des TIC, ah les premiers pas du Minitel… Qui n’échappe à personne. D’ailleurs, faut-il y voir un symbole, l’open data est rattaché à la direction générale de la communication.

L’open data, made in Rennes

L’open data, made in Rennes

Comment peut-on utiliser les données libérées par Rennes? Quelques exemples sortis du concours de la communauté urbaine ...

Le microcosme – dont OWNI – est en ébullition devant le spectacle des données libérées,  celles du réseau STAR, le service de transport en commun de Rennes Métropole, et du service LE vélo STAR et les données d’informations pratiques géolocalisées de 1.500 organismes publics et associatifs.

Dans le même temps, un concours d’application est organisé, avec une belle dotation de 50 000 euros, et une participation à l’avenant. Au final, 43 applications et services seront développées par un premier noyau de communautés rassemblant codeurs, professionnels et amateurs. Avec de belles réussites parmi les lauréats, comme Handimap, application pour faciliter le déplacement des handicapés mais aussi… des doublons.

Obstacle financier

Passée la phase de communication enthousiaste donc, “il faut s’inscrire dans la durée, pérenniser la collecte des données et des services, mettre en place des éléments d’animation en privilégiant les usages”, explique Bernadette Kessler, responsable du service innovation numérique qui chapeaute le projet open data. Dans ce sens, une première réunion des collectivités impliquées dans l’open data a d’ailleurs eu lieu au début du mois.

Le développement des applications se heurtent à un obstacle financier. Elles ne sont pas rentables à un si petit échelon. Comme le détaillait Silicon Maniacs :

Dans la capitale bretonne, les applications les plus populaires culminent aujourd’hui à 5 000 téléchargements. Tout juste de quoi espérer quelques centaines d’euros de revenus publicitaire par mois, pour un investissement qui s’élève souvent à plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Ce n’est pas tout que les applications soient prévues pour intégrer les données d’autres villes, encore faut-il que des données similaires soient disponibles. Claire Gallon estime qu’il faudrait une douzaine de sets identiques. Or “concernant les données des transports, seul Rennes et Bordeaux les ont libérées”, déplore Bernadette Kessler à titre d’exemple. Le marché est donc en cours de construction, au fur et à mesure que les collectivités locales se lancent. Cet automne, la communauté  urbaine du grand Toulouse, Nantes ou bien encore le conseil général de Saône-et-Loire s’y sont mis, entre autres. (voir la carte complète). Sans oublier le portail national Etalab. D’autres ouvertures sont prévues, La Rochelle, Brest ou le conseil général du Maine-et-Loire, etc.

Fallait-il pour autant attendre que plusieurs villes ouvrent leurs données pour se lancer ? Attention usine à gaz, mieux vaut appliquer les principes de la doocracy, faire plutôt que dire. “Ils auraient mis beaucoup plus de temps”, prévient Claire Gallon, de l’association nantaise LiberTIC, acteur historique du mouvement open data en France issu de la société civile. “La plate-forme régionale se heurte à la difficulté du mille-feuille, cela pose problème si un acteur manque”, rajoute Simon Chignard, vice-président de la Cantine numérique, président de l’association Bug et futur papa d’un livre sur l’open data. Ce qui n’empêche pas de construire une plate-forme locale, “intéressante car elle sert d’outil d’animation”, poursuit Claire Gallon.

Pédagogie

Une certaine idée de l’open data

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Depuis avril, l’entrepôt des données attend une mise à jour, qui devrait arriver dans les semaines qui viennent. “Sur 300 jeux de données libérés en France, 113 l’ont été à Rennes”, tempère Simon Chignard. N’empêche qu’il faut faire face à deux problèmes. D’un point de vue technique, la mise est forme est longue. Et il faut convaincre les services de  libérer les données, long travail de pédagogie pour expliquer les enjeux et introduire cette nouvelle culture, toute en souplesse et réactivité, avec des nouveaux outils de communication comme les réseaux sociaux. Officiellement, “il n’y a pas plus de problème qu’ailleurs, au contraire, il y a un accord général”, avance Bernadette Kessler. Dans la réalité, c’est un peu plus compliqué, comme l’explique Simon Chignard :

Même en étant pro open data, je comprends leurs craintes. Les services publics n’ont pas envie de se faire taper dessus.

Certaines personnes ont encore en mémoire l’exemple de l’application Check my metro, qui avait donné des frissons à la RATP, au point qu’elle avait demandé à Apple de la retirer de l’Appstore : plus efficace que celle de la RATP, elle permettait aussi de signaler les contrôleurs. “Mais si on ouvre pas, cela se fait justement de façon sauvage” ajoute Simon Chignard.

La question de l’animation de la communauté demeure centrale.“C’est encore en discussion, explique Bernadette Kessler. C’est une grosse organisation et il faut faire le suivi des applications derrière. Ce ne sera pas en 2012 pour des questions de budget et de temps. Pourquoi pas le faire avec une autre ville ou lancer un appel à projet.”“À Washington, ils ont organisé deux concours puis plus rien, détaille Simon Chignard. En revanche, à New York, ils en sont à trois concours. On peut faire des petits challenges, par catégorie, par exemple.”

Pour que l’open data poursuive son essor, il faudrait aussi que les associations et les entreprises jouent le jeu. Or Rennes a fait un choix : ce n’est pas à eux de prendre en charge la sensibilisation de ces acteurs. Bernadette Kessler justifie :

Je ne peux pas me substituer au milieu associatif et au mouvement de l’open data. À Rennes, la société civile n’est pas forcément au fait, il faudrait qu’il y ait un LiberTIC à Rennes.

Prendre le relais

Et ça tombe puisque depuis cet hiver, la société civile prend le relais, sous la forme de ce collectif qui organisera la rencontre de ce mercredi à la Cantine numérique. Il se passe donc un processus inverse à celui observé à Nantes, où une association forte, LiberTIC, dont la notoriété dépasse la région, avait pris les devants. “Une vingtaine de personnes étaient venues à la première réunion. Nous avons lancé des invitations aux élus pour l’événement de mercredi, plusieurs ont répondu”, se réjouit Léa Lacroix. La jeune femme a une double casquette, qu’elle ne mélange pas : face pro, elle effectue un stage au service open data ; face perso, elle s’occupe de l’association.

“Après le concours, “il y a eu un moment de flottement”
, constate Simon Chignard. Le relais est en train d’être pris par des gens qui ne codent pas. Il y a par exemple des gens de l’économie sociale et solidaire.” Et aussi des journalistes. Non pas issus de la presse locale, semble-t-il plus préoccupée par les apéros Facebook géants que sur les données du budget. Des journalistes indépendants vont bientôt s’attaquer à ce nouveau terrain, rassemblés sous le nom de Rennes 1720. Une allusion au grand incendie qui ravagea la ville, prélude forcé à une modernisation. Mieux vaut prendre les devants, bis.


Dans le cadre de la présidentielle, OWNI, en association avec Regards citoyens et La Cantine, a commencé à dresser une liste de courses de données dont nous avons besoin pour mener à bien nos travaux de datajournaliste : Candidata, que vous pouvez vous aussi enrichir. Faites vos jeux (de données) !

Illustrations sous licences Creative Commons par Opensourceway et justgrimes

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  • Sylvain Hellegouarch le 21 février 2012 - 10:09 Signaler un abus - Permalink

    L’OpenData à Rennes est passionant mais comme l’indique Simon, après le concours il y a eu un long flottement. Les choses rentrent graduellement dans l’ordre mais la sensation de l’artisanat est toujours présente à mon sens. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose mais il n’en reste pas moins que les choses avancent lentement.

    Comme Bernadette l’explique, les institutions ne veulent pas tout porter afin que le mouvement soit citoyen. C’est une approche saine mais qui a mal été communiquée je crois. En effet Rennes Métropole a concentré tous les regards et toutes les attentes sur le sujet de l’opendata pendant la première phase puis, après le concours, est rentrée dans un tunnel où la communication a été laborieuse (pour des raisons justifiées ceci dit). Du coup, la perception est que Rennes Métropole s’est désengagée alors que ce n’est pas le cas. la communication n’a simplement pas été optimale. Ce que conduit Léa avec OpenDataRennes devrait permettre de recentrer le travail sur les acteurs, tous les acteurs, pas seulement Rennes Métropole. C’est une excellente initiative. mais pour le coup nous sommes en retard sur Nantes de ce point de vue. Espérons que nous puissions conjuguer les efforts des deux communautés à l’avenir.

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  • Guilhem Duché le 21 février 2012 - 12:21 Signaler un abus - Permalink

    Je suis d’accord avec une bonne partie des éléments de cet article et une partie de l’analyse de Sylvain en commentaires.

    Par contre, plus que laborieuse je pense que la communication de Rennes métropole a été maladroite. Le retour sur investissement de l’open data Rennais a été excellent pour Rennes métropole, les mécènes du concours, les partenaires de l’ouverture (Kéolis entre autres) et pour pas mal de citoyens qui ont obtenu des applications mobiles gratuites.

    En revanche je trouve que les créateurs de service ont été très peu soutenus et leur travail assez peu mis en lumière. Quand bien même cela n’est pas du ressort de la ville, un effort plus important sur le sujet aurait dû être fait. Nombre de projets sont passés au concours dans l’anonymat le plus total, même pour certains lauréat alors que l’on aurait pu s’attendre au moins à une présentation complète de certains projets dans les publications de la ville.

    Il n’y a qu’à voir la soirée de remise des prix ou l’ensemble des partenaires du concours ainsi que Rennes Métropole étaient tous très prompts à manifester pendant 10 minutes leur soutien à l’innovation et à la transparence de l’open data, alors que les lauréats eux-même n’ont même pas eu la parole pour évoquer ce que représentaient leurs projets.

    Par ailleurs des demandes d’ouvertures de données n’ont jamais obtenu de réponses et un effort de communication ou de transparence sur ces points aurait été plus qu’appréciable. Je pense notamment l’ouverture des données de programmation événementielle.

    On parle maintenant de labellisation pour encourager à pérenniser les initiatives. Encore un effort pour les valorisateurs de données sans retour sur investissement ?

    Sincèrement, il ne faut pas se voiler la face, je pense qu’une part du flottement est aussi dû à ces aspects là. Et pour le coup je ne parle pas simplement de mon expérience personnelle.

    Restons sur une note positive, je pense aussi que l’implication des citoyens et d’autres corps de métier peut susciter une nouvelle dynamique. Suffira-t-elle à pérenniser ?

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  • alain renk le 21 février 2012 - 22:34 Signaler un abus - Permalink

    Très bon article. Il permet de comprendre l’envers de l’open data, un envers très humain et pas technique.

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  • Graeme le 23 février 2012 - 11:10 Signaler un abus - Permalink

    Nous utilisons une petite partie des données ouvertes et libres dans nos applications, mobiles et web, sur nos différents sites, dont notamment celui de Rennes : RennesCafé.com (http://www.rennescafe.com) un guide urbain communautaire.
    En effet, il est impossible de générer suffisamment de revenus à l’échelle d’une seule aire urbaine comme Rennes (654 000 habitants en 2009 d’après l’Insee et PopulationData.net). C’est pourquoi nous lançons ces mêmes applications dans 34 villes aujourd’hui, et beaucoup plus demain.
    Mais c’est un début, et il faut bien démontrer que tel ou tel service fonctionne, est intéressant pour les utilisateurs etc… avant d’espérer le généraliser et le développer. Cela s’appelle un investissement, en temps et en argent :-)

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  • max le 10 mai 2012 - 16:16 Signaler un abus - Permalink

    La ville de Rennes vient encore de libérer des jeux de données pour atteindre un total de plus de 130jeux en open data.

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