La course en solitaire

Le 27 septembre 2012

Premier épisode sur Owni de la nouvelle chronique inédite de Laurent Chemla - fondateur de Gandi et auteur de Confessions d'un voleur-, à laquelle le lecteur est invité à participer. C'est expérimental. Et interroge le présent sur son avenir, ses enjeux, de notre place dans le monde. Rien que ça.

“Où cesse la solitude, commence la place publique ; et où commence la place publique, commence aussi le bruit des grands comédiens et le bourdonnement des mouches venimeuses.” – Friedrich Nietzsche, “Ainsi parlait Zarathoustra”.

Il a toujours été difficile de sortir la tête du quotidien pour essayer de retrouver une vue d’ensemble de l’évolution de nos vies. Et quand cette évolution devient une révolution en accélération permanente, comme dans nos sociétés numériques, ça devient une gageure.

Pourtant, quoi de plus nécessaire que de prendre du recul, au moins un peu ? Comment, sans ce recul, juger de notre trajectoire (de ses débuts à ses fins, à moyen terme), des obstacles qui sont devant nous, de ceux que nous avons su éviter sans vraiment nous en apercevoir tant notre vitesse est grande ?

Difficile de voir la totalité du chemin qu’on emprunte – sauf à s’en éloigner – mais c’est ce que je veux tenter ici de faire, avec votre aide si vous voulez bien participer à ces “tables rondes” virtuelles auxquelles je souhaite vous convier chaque semaine. Réagissez à cette chronique et discutons-en ensemble.

Une réflexion expérimentale

Pour inaugurer ce projet, en cette période de rentrée et de sortie d’un nouvel iPhone, je vous invite à revenir sur l’évolution de notre rapport au monde. Rien que ça, oui. Pas besoin pour ça de remonter très loin en arrière: 30 ans à peine, j’ose croire qu’une majorité d’entre nous s’en souvient. Sony a sorti son tout premier Walkman voilà peu, nos rendez-vous avec le monde (en dehors de notre petit cercle familial et de nos collègues de travail) se résument pour les plus curieux d’entre nous à un journal (en papier, jeune lecteur) le matin, les ragots autour de la machine à café au bureau, et le journal de 20h à la télé le soir. Un coup de téléphone (fixe) à sa mère, une fois par semaine au mieux.

Et c’est tout. Difficile de voir une évolution depuis l’époque lointaine où les seules interactions sociales se concentraient à la sortie de la messe du dimanche et à quelques fêtes de village. 30 ans. Un saut de puce, même à l’échelle d’une vie humaine, et pourtant… Tout était déjà là, pourtant. Le PC est né en 1981, ouvrant la voie pour le pire ou le meilleur à la standardisation logicielle. Le Minitel est arrivé en masse dans nos foyers en 1982, et nous avons entamé sans nous en apercevoir notre rapide mutation numérique à partir de ce boitier. Qui aurait pu prédire notre présent hyperconnecté à cette époque ?

Nous sommes passés, sans vraiment savoir comment, d’un rapport au reste du monde ponctuel, à heure fixe, fortement standardisé, à un rapport permanent, intime, spécifique de plus en plus souvent à chaque utilisateur. Un rapport à ce point devenu la norme que c’est désormais la déconnexion qui fait l’actualité, lorsque tel ou tel choisit à son tour de médiatiser son retour à la préhistoire.

La fin du temps lent

On peut voir les années 80 comme un tournant dans bien des domaines. Le PS au pouvoir. Les années-fric. Margaret Thatcher. La chute du mur. Le sida. D’un point de vue économique et social, certainement, ces années ont modelé notre époque actuelle. Mais technologiquement ? Le Macintosh d’Apple, le Windows de Microsoft, le CD, la NES : de grands progrès (quoique), mais toutes ces inventions manquaient singulièrement d’ouverture sur le reste du monde. Chacune semble même, avec le recul, destinée à une utilisation nombriliste, individualiste. L’utilisateur de Windows est réduit à l’utilisation de son compte personnel, nominatif, fermé. Le CD s’écoute à domicile. La NES est accusée de fabriquer une génération d’autistes.

Je ne sais pas ce que l’histoire en retiendra, mais pour moi les années 80 resteront surtout la dernière décennie de l’humanité déconnectée. Celle dont on dira un jour “voici comment vivaient nos ancêtres avant le monde moderne”. Les dernières années d’isolement, les dernières années de vie privée, l’époque du temps lent.

À partir des années 90 tout s’accélère brutalement, et avant même l’arrivée d’Internet dans le grand-public. Peut-être grâce à l’influence des jeux de rôle (de plateau, jeune lecteur) qui ont fait sortir de chez elle toute une génération dont les parents vivent encore en cellule familiale nucléaire, retranchée du monde, les interactions sociales prennent une ampleur nouvelle dans notre histoire.

Le plan informatique pour tous a aussi apporté son écot en faisant entrer l’informatique dans l’école, et les micro-informaticiens remplacent de plus en plus dans l’entreprise une génération d’informaticiens mainframe formée au COBOL et à la carte perforée. Forcément jeunes (le PC d’IBM n’a qu’une dizaine d’année), leur culture est différente, plus ouverte au monde, et ils amènent avec eux les premiers réseaux locaux et l’habitude de partager l’information – héritée sans doute de leur découverte en commun de la micro informatique. La publication de listings dans l’Ordinateur Individuel puis dans des magazines comme Hebdogiciel sont, en France, largement précurseurs, sinon du logiciel libre, au moins de l’Open Source.

Et puis, Internet, bien sûr. On n’envisage plus, aujourd’hui, un ordinateur non-connecté. Nos téléphones sont de plus en plus dépendants du réseau global. Nos télés -le symbole même du repli sur soi – seront bientôt elles aussi mises en réseau. Internet est dans nos foyers, nos écoles, nos boulots et même dans nos poches. D’ici très peu de temps nous seront connectés partout, et en permanence. Le déconnecté, ermite des temps modernes, deviendra lui-même (s’il ne l’est pas déjà) le phénomène médiatique qu’il tentait de rejeter.

Tout est réseau et inversement

Alors quoi ? Je ne crois pas que les réseaux sociaux sont arrivés avec le Web 2.0. Dès qu’un outil met des humains en relation, dès qu’une liaison informatique (ou pas) est établie entre deux points distants, elle ne relie pas seulement des équipements mais aussi (et surtout) les humains qui les utilisent. Si les premiers réseaux informatiques étaient destinés à partager des ressources matérielles rares (imprimantes, puissance de calcul, stockage) ils ont dès le début été hackés pour servir aussi (surtout) de messagerie et de support de discussions publiques.

Tout réseau informatique est un réseau social. Et un réseau informatique mondial permet des interactions humaines à une échelle sans précédent dans l’histoire de l’espèce. C’est une évidence qu’il est toujours bon de rappeler. Alors imaginons, si nous le pouvons, ce que sera demain quand ce réseau global nous accompagnera partout. Un monde envahi par une publicité omniprésente, forcément : comment imaginer que nos “iPhone 9″ (ou nos Google Glass) se contenteront de nous informer gentiment de l’historique de tel ou tel bâtiment devant lequel on passe ?

Elle en profiteront pour nous proposer d’entrer dans la boutique d’à côté pour profiter des articles en solde, à grand renfort d’outils de marketing visuels. Et quoi de plus normal puisque nos appareils mobiles auront été, comme c’est déjà presque toujours le cas, en partie financés par des régies publicitaires ?

En dehors des plus riches d’entre nous, personne ne pourra se payer les dernières avancées technologiques sans accepter en même temps de subir une pollution publicitaire permanente. C’est un fait quasiment acquis. Et personne, personne, ne pourra échapper à l’enregistrement permanent de chacun de ses actes, de chacune de ses recherches, ses lectures, presque ses pensées. C’est déjà là.

Mais, au-delà de l’aspect économique, au-delà de la vie privée, que deviendra la condition humaine quand à tout instant, partout, nous aurons à notre disposition non seulement une information complète sur notre environnement mais aussi, et surtout, la possibilité de partager avec le reste de l’humanité nos émerveillements, nos découvertes, nos colères et nos passions ?

Et si nous en avions terminé pour toujours avec la solitude ?


Photos sous licences Creative Commons par wizzer2801, dansays et groume, édités par Ophelia Noor pour ~~~~=:) Owni

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  • Nicolas Patte le 27 septembre 2012 - 13:24 Signaler un abus - Permalink

    Difficile de ne pas sourire à la conclusion, en pensant à “Alone Together” de Sherry Turkle.

    http://www.ted.com/talks/sherry_turkle_alone_together.html

    Et de citer Picasso : “Rien ne peut être fait dans la solitude” :)

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  • Olivier A le 27 septembre 2012 - 14:35 Signaler un abus - Permalink

    Je ne suis pas d’accord sur votre conclusion. A mon (humble) avis, “la solitude” existe et existera encore plus avec les moyens de communication modernes, c’est l’ennui qui tend à disparaître.

    Je vous invite à lire ce billet intéressant à ce sujet :
    http://zeboute.wordpress.com/2012/04/01/ennui-objet-oublie-modernite-paresse/

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  • iGor le 27 septembre 2012 - 14:38 Signaler un abus - Permalink

    A plusieurs reprises cet article affirme que le passé qui n’était pas aussi connecté qu’aujourd’hui était (bien) plus pauvre en interaction sociale, interaction forcément fixe et ponctuelle.
    Je comprends bien ce qui veut être dit, mais je ne suis pas certain que ce soit si vrai. L’animal humain est un animal qui vit en troupeau, il est grégaire, c’est-à-dire social. En temps que primate, il passe la majeur partie de son temps assis, à discuter. C’est pas social de discuter ?
    Maintenant on fait la même chose qu’avant, mais au travers d’un média. D’accord, on le fait avec plein de gens qu’on ne voit pas même, qu’on ne connaît pas vraiment (mais un peu), qui sont très éloignés de nous, ou pas, mais basiquement, on discute.
    Comme je le faisais il y a environ 30 ans, dans un chalet de montagne sans électricité, cuisine à bois, entouré d’adultes qui chantaient. C’était pas vraiment triste.
    Le social est peut-être plus cérébral (pas forcément intellectuel, d’ailleurs), alors qu’il était passablement charnel. Voilà un changement.

    Autre question que je me pose : est-ce que notre mode de vie ne serait pas au fond très éphémère ? L’énergie va probablement devenir hors de prix. Du coup notre vie hypermatérialisée (un des effets paradoxaux de la dématérialisation) et hyperconnectée, sera-t-elle encore possible ?

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    • Laurent Chemla le 27 septembre 2012 - 16:09 Signaler un abus - Permalink

      De tout temps notre espèce a socialisé, oui, mais pas seulement pour dialoguer paisiblement. Nous devons tout ou partie de notre évolution (insignifiante sur le plan physique) à notre capacité de transmission du savoir, via cette socialisation.

      L’impact de l’imprimerie sur la Renaissance est là pour le rappeler, une plus grande diffusion du savoir et des idées a des effets presque inimaginables. Que sera l’impact sur notre évolution d’une telle capacité à l’échelle d’un réseau permanent, ouvert et mondialtel qu’Internet, bien malin celui qui le prophétisera.

      On ne peut pas évaluer “la solitude” sous le seul visage de la présence ou non d’un ou de plusieurs autres humains sans négliger que les échanges s’enrichissent aussi du nombre. Ou s’appauvrissent, parfois, aussi.

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  • Brugeron le 27 septembre 2012 - 15:14 Signaler un abus - Permalink

    Je ne trouve aucune mention de ce chouette article “The end of solitude” de William Deresiewicz (ici : http://chronicle.com/article/The-End-of-Solitude/3708), qui explique bien que si jamais la solitude ne disparaît pas réellement (de fait) elle cessera d’être une valeur, un état valorisé et recherché.

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  • Ch. le 27 septembre 2012 - 15:26 Signaler un abus - Permalink

    Pardon, mais où est l’aspect “expérimental” de cette chronique? Comment les lecteurs participent-ils à cette réflexion? Par le biais des commentaires? Comme la quasi totalité des sites Web d’aujourd’hui, alors?

    Ch.

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    • Laurent Chemla le 27 septembre 2012 - 15:44 Signaler un abus - Permalink

      Eh bien.. Je ne sais pas: d’abord ce n’est pas si évident que ça (de plus en plus de blogs sont sinon fermés aux commentaires au moins orientés pour présenter un avis, une opinion, mais pas pour ouvrir un débat, une table ronde). Ca pose problème d’ailleurs dans la forme puisque ce que je souhaite faire n’est pas aisément intégrable dans une plate-forme comme celle-ci.

      Donc oui entamons le débat via les commentaires en attendant mieux: j’avais préparé quelques questions ouvertes pour lancer la chose, je vais les envoyer petit à petit.

      Il y avait aussi un encadré sans prétention prévu pour accompagner et illustrer cet article, en se projetant dans un avenir (à mon avis) assez proche. Il n’a pas été publié alors permettez que j’utilise ma réponse à votre commentaire pour l’y inclure en guise d’ajout éditorial.


      “Après les déceptions relatives des version 7 et 8 du célèbre Iphone, Apple
      se devait cette fois de ne pas rater son effet waouh. Et on peut dire que
      rarement la marque à la pomme aura fait autant parler après une keynote: quel coup de tonnerre !

      Apple a donc enfin dévoilà son iPhone de nouvelle génération, et une fois de plus c’est une révolution. Qu’on en juge:

      – Une résolution rétinienne de 4k (4096×2160) à transparence automatique,
      – Un processeur Intel Rosepoint 5 (40MHz de bande passante),
      – Prise de vue stabilisée HD en temps réel,
      – 8Gb de mémoire et 2Tb de stockage.

      Certains points, sinon tous, méritent explication: basé sur deux lentilles de contact “intelligentes”, l’appareil ne ressemble en rien aux téléphones de papa. Oublié l’écran tactile: l’ancêtre Kinect de Microsoft avait ouvert la voie et le nouvel Apple reconnait vos gestes – tous vos gestes – et les interprète.

      Vous voulez rester discret et utiliser un clavier plutôt que subvocaliser votre message ? Un clavier va s’afficher dans votre champ de vision, et chaque appui d’un doigt sur une touche sera reconnu. Vous voulez ouvrir un document ? Clignez de l’oeil gauche (le droit sert à passer d’un mode de vision à l’autre: transparence automatique, opacité totale ou réalité augmentée).

      L’ensemble est géré par le nouvel Intel Rosepoint 5, la nouvelle génération du fameux processeur-radio. Celui-ci est intégré, avec la mémoire de stockage, dans l’oreillette droite, qui est du coup un peu plus épaisse que la gauche mais gageons que ce petit défaut disparaîtra dans les prochaines versions.

      Côté connectivité, l’iPhone 9 repose entièrement sur iCloud et toutes vos activités sont stockées en temps réel sur votre espace personnel, et si vous le souhaitez sur les différents réseaux sociaux d’iTunes. Le stockage local (de seulement 2Tb mais on comprends le pourquoi d’une si faible capacité) ne sert que lors d’une utilisation en mode dégradé, dans les rares endroits de la planète où le réseau est insuffisant. La synchronisation est automatique dès que vous revenez en zone civilisée.

      La petite pile à combustible, embarquée dans l’oreillette gauche, n’est pas démontable, mais Tim Cook nous a confirmé que sa durée de vie estimée de 10 ans dépassait de loin tout ce que la concurrence a jamais proposé.

      Bien sûr l’appareil se chargera comme toujours de débiter votre compte iTunes lors de vos achats, qu’ils soient en ligne ou en ville.”

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    • BaN le 27 septembre 2012 - 18:20 Signaler un abus - Permalink

      Si, si, des commentaires sous un articles d’OWNI, c’est révolutionnaire :)
      (désolé pour le troll, je sors)

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  • Laurent,B le 27 septembre 2012 - 15:30 Signaler un abus - Permalink

    30 ans un saut de puce dans une vie humaine … c’est une vie en 3 sauts alors :) Mais peut être qu’en effet la solitude ne pourra plus être subie, juste choisie, par ceux qui en auront les moyens.

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  • Stef le 27 septembre 2012 - 15:38 Signaler un abus - Permalink

    Raisonnement pas l’absurde

    La solitude … si nous prenons son contraire “la compagnie”, pensez vous qu’avoir beaucoup d’ami fasebook vous rend en meilleur compagnie?

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  • Geoffroy Couprie le 27 septembre 2012 - 15:39 Signaler un abus - Permalink

    Effectivement, Internet et les appareils connectés sont arrivés très vite, peut-être trop pour nous laisser le temps d’adapter. La TV, le téléphone ont eu un déploiement progressif sur plusieurs dizaines d’années, et ont laissé le temps aux gens de trouver les bons usages.
    Mais en l’espace de 20 ans, nous sommes passés du monde déconnecté à un réseau omniprésent, et nous n’avons pas réussi à faire la part des choses entre la communication permanente et la déconnexion.
    Je vois d’un côté des gens effrayés par le réseau, et de l’autre des gens qui y consacrent tout leur temps. Je pense qu’on est encore un peu jeunes pour avoir un point de vue éclairé sur le sujet, et ça fait du bien d’avoir l’avis d’un vieux de la vieille :)
    Merci Laurent!

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  • Monsieur Teste le 27 septembre 2012 - 16:09 Signaler un abus - Permalink

    Voilà un texte qui me laisse terriblement perplexe. L’auteur laisse entendre qu’il se souvient du monde d’il y a 30 ans; mais on dirait un jeune pousse de 15 ans tout transporté d’excitation devant le nouveau gadget à la mode. Et la distorsion de perspectives est ébouriffante: à l’en croire, les gens – “avant Internet et l’Iphone” – n’avaient que des relations sociales épisodiques et pauvres. Le “partage d’informations” existe depuis les échanges de lettres en Descartes et Spinoza; mais lui en fait remonter l’habitude à la génération des micro-ordinateurs personnels. Du haut de ma splendide intelligence, je pense qu’il serait sain de modérer un tel enthousiasme et de retomber un peu, rien qu’un peu, sur terre.

    Quant à la fin de la solitude, ma foi, c’est un charmant motif poétique. Mais il repose, sous la plume de M. Chemla, sur un concept désertiquement pauvre de la “compagnie”: croit-on vraiment que discuter avec des anonymes sur un forum satisferait une conception un peu épaisse et digne de ce nom de “être ensemble”? J’en doute.

    Alors certes, Internet c’est super: si je me demande quand est née Eva Longoria, j’ai la réponse en 5 secondes; si je me demande que penser de l’étude anti-OGM de M. Séralini, j’ai accès aisément à des avalanches de sources critiques; si, en pleine lecture d’un polar situé au Montana, je suis pris de l’envie de voir à quoi ressemble là-bas le profil des montagnes, deux clics et c’est fait. Mais je ne vois pas en quoi cela peut nous tirer de la solitude.

    Comme le dit un des commentaires: la fin de solitude, probablement pas; mais la fin de l’ennui, peut-être. Et même là, rien de moins sûr: je devrais peut-être aller consulter, mais après une heure sur Internet, je finis par m’emmerder sec. J’ai envie de vraie compagnie – ma femme, mes amis, des gens bêtement tri-dimensionnels dans des vraies rues qui puent le CO2. Alors au lieu de me réjouir, je m’inquiète. Se pourrait-il qu’à force de draguer en ligne, par exemple, les humains du futur en viennent à éprouver du dégoût en voyant des poils sur les bras de “Johnny82″ ou “Maria93″ quand ils les rencontrent enfin en vrai? Brrrrrrrrrr. Comme dit Souchon: “J’veux du cuiiir”.

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    • Saume-wan le 28 septembre 2012 - 8:12 Signaler un abus - Permalink

      Dans ce commentaire, il y a deux des possibilités d’internet : un système de haut en bas (la date de naissance d’Eva) et une discussion sur un forum. L’un et l’autre sont aussi différents que la télévision et le téléphone.
      Être sur un forum ou encore mieux un chat peut, à mon sens, très proche d’un “être ensemble”. Parfois plus qu’une réunion physique où l’on peut tout de même se sentir exclu et par conséquent seul: les timides, les non-populaires sauront de quoi je parle…

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    • corrector le 1 décembre 2012 - 17:09 Signaler un abus - Permalink

      “des vraies rues qui puent le CO2. ”

      Et ça ressemble à quoi?

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  • Jérôme B le 27 septembre 2012 - 16:41 Signaler un abus - Permalink

    On retrouve dans votre chronique des traces de la “Petite Poucette” de Michel Serres :
    “Nos sociétés occidentales ont déjà vécu deux grandes révolutions : le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé. La troisième est le passage de l’imprimé aux nouvelles technologies, tout aussi majeure. Chacune de ces révolutions s’est accompagnée de mutations politiques et sociales : lors du passage de l’oral à l’écrit s’est inventée la pédagogie, par exemple. Ce sont des périodes de crise aussi, comme celle que nous vivons aujourd’hui.”
    http://www.liberation.fr/culture/01012357658-petite-poucette-la-generation-mutante

    Difficile de prévoir aujourd’hui comment l’humanité sortira de cette période de mutation. Aussi difficile qu’il y a 8000 ans on ne pouvait imaginer ce qu’était un livre et les révolutions que cela apporterait.

    Je pense que les notions de solitude et d’ennui ne sont pas concernés : comme dit plus haut, on s’ennuie aussi en parcourant internet, le clic au hasard sur des liens en est la preuve … et on peut être seul chez soi et rire avec des (vrais) amis, comme on peut être sur un forum entouré de 100 “amis” et se sentir vraiment seul.

    Ce qui est fabuleux, c’est de vivre cette mutation, et d’en avoir (un petit peu) conscience !

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  • Pierre Chapuis le 27 septembre 2012 - 16:45 Signaler un abus - Permalink

    Pour ce qui est de la pollution publicitaire, il est amusant de voir qu’elle arrive par un canal assez inattendu (une célèbre distribution Linux), ce qui n’est pas sans provoquer le débat chez ses utilisateurs : https://bugs.launchpad.net/ubuntu/+source/gnome-terminal/+bug/1055766

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  • Dominique Gobeaut le 27 septembre 2012 - 18:10 Signaler un abus - Permalink

    En avoir fini avec la solitude? Il faudrait d’abord avoir une définition de la solitude! Impossible : en tant que concept humain, il y a autant de définitions de la solitude que d’humains capables de la penser.

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  • Nathalie le 27 septembre 2012 - 20:31 Signaler un abus - Permalink

    Je ne pense pas que ce soit la fin de la solitude qui est en question mais plutôt que l’individualisme a fait son temps, du moins pour le moment.

    Certes, les humains n’ont pas attendu internet pour communiquer mais il a semé le germe d’une nouvelle façon d’être ensemble, nouvelle façon qui me semble s’appuyer principalement sur la notion de partage (de ses émotions immédiates, idées, connaissances, compétences, goûts, créations…) et surtout un partage qui ne se réclame d’aucune symétrie, d’aucune nécessite de réciprocité (le pair à pair en est un exemple criant).
    Cette forme de partage se retrouve sous de multiples avatars que ce soit dans le contexte informatique ou physique : le logiciel open source a fait figure de fer de lance évidement mais la recherche citoyenne en est aussi un exemple ainsi que la consommation collaborative, les fab labs, le Do It Yourself et j’en oublie tant et plus.
    Le point important à mon sens et vraiment novateur dans cette nouvelle façon d’échanger c’est que quand on apporte quelque chose à quelqu’un, on ne le fait pas en attendant de CETTE personne en particulier qu’elle fasse quelque chose pour nous en retour, on le fait plutôt dans l’idée que ça profite à la communauté toute entière et que le retour, s’il doit venir, viendra de quelqu’un d’autre et pas spécialement en rétribution de cette action mais comme un simple apport à la communauté.

    Ha, j’ai failli oublier un élément fondamental! Par le passé, les communautés se fondaient sur les liens familiaux (famille, tribu, clan), la proximité géographique (voisins, collègues), l’appartenance à une même idéologie (religion, parti politique). Aujourd’hui, une nouvelle dimension se fait jour : une communauté peut être mondiale, réunissant sur un pied d’égalité (ce que ne peuvent pas faire les idéologie puisqu’elles fonctionnent sur le mode top-down), autour d’un centre d’intérêt commun, des gens qui ne se sont pas nécessairement rencontrés physiquement mais discutent sur le même mode que des copains de promo.

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    • Saume-wan le 28 septembre 2012 - 8:14 Signaler un abus - Permalink

      Je suis parfaitement d’accord avec les dernières lignes. Il ne faut pas renier les communautés du passé (ce que semble un peu faire cet article), ni renier les nouvelles formes de communauté (ce que beaucoup de monde dans les médias traditionnels font). La seule différence est maintenant le choix de sa communauté, beaucoup plus facile qu’autrefois. Je ne sais pas si c’est une bonne chose ou non par contre…

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  • Laurent Chemla le 28 septembre 2012 - 15:41 Signaler un abus - Permalink

    Bon concluons: je m’aperçois que l’oubli de l’encadré “iPhone 9″ dans l’article fait probablement que chacun le voit comme un descriptif de notre époque au lieu d’une tentative (visiblement ratée) de décrire une trajectoire entre le passé et notre futur proche (et de l’intérêt de prendre du recul pour la voir).

    Et donc plutôt que d’essayer avec moi de vous projeter dans un avenir probable dans lequel nous serions connectés de façon intime et permanente – avec pour corollaire la disparition d’une certaine “solitude” – le débat ne tourne qu’autour de l’état actuel de la technologie.

    Tant pis c’est raté, mea culpa.

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    • Nathalie le 28 septembre 2012 - 19:00 Signaler un abus - Permalink

      J’ai l’impression que nous nous ne nous sommes pas pleinement compris effectivement.
      Pour reprendre le fil de votre réflexion – arretez-moi si je me trompe – vous voyez le monde de demain hyper centralisé autour de quelques multinationales telles que Google, Apple, Amazone utilisant nos données personnelles à outrance et la publicité ciblée pour faire leur beurre sur notre dos.
      Pour ma part, je vois le monde de demain foncièrement décentralisé et façonné par la culture open source, les gens reprenant en main tant la technologie que leur vie.
      Ce sont deux visions profondément divergentes, mais nous sommes dans une période de transition et si nous savons d’où nous venons et quelles sont les modifications actuelles, bien malin qui saurait dire quelles en seront les conséquences.
      Tiens, j’y pense, on pourrait tout aussi bien imagines un troisième scénario, façon “Big Brother” où un gouvernement centralisé aura mis au pas les grandes multinationales actuelles pour les forcer, au nom des ayants-droit, des luttes anti-terroriste et anti-pédophiles ou autre, à lui livrer toutes les données personnelles des gens, sur lesquelles elle pourra construire une “police de la pensée” lui permettant de détecter en temps réel tout dissident potentiel (pensez à l’affaire Adlène Hicheur, à la vidéo-surveillance, etc), avant même qu’il sache lui-même qu’il pourrait éventuellement un jour remettre en cause le dogme établi de l’état protecteur qui sait mieux que les citoyens ce qui est bon pour eux.
      Hé oui, ça aussi, ça peut émerger des gros bouleversements actuels de notre société.

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      • Nathalie le 28 septembre 2012 - 20:27 Signaler un abus - Permalink

        Gniii! Je me relis et je vois que j’ai encore l’air de répondre à coté du sujet :(

        Bon, reprennons la fin de votre dernier commentaire :
        “vous projeter dans un avenir probable dans lequel nous serions connectés de façon intime et permanente – avec pour corollaire la disparition d’une certaine “solitude” ”

        En fait, je pense comme vous que demains, nous serons connectés de façon intime et permanente, nous le sommes déjà. Ce qui fera toute la différence quant aux conséquences de cet état de fait, c’est COMMENT et A QUI nous serons connectés.

        Si c’est de façon centralisée, on arrivera soit au modèle mercantile que vous décrivez dans votre encart “iPhone9″, soit au modèle “Big Brother” de mon dernier commentaire, suivant à qui nous serons connectés en dernier ressort.
        Si c’est de façon décentralisée, l’état et les multinationales ramenées au statut de quidam comme les autres, on arrivera au modèle open-source décrit dans mon premier commentaire.

        Et encore, il y a probablement d’autres modèles qui m’échappent totalement.

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        • Laurent Chemla le 30 septembre 2012 - 10:05 Signaler un abus - Permalink

          Ça nous échappe à tous je crois. Mais comment croire que mon “iPhone 9″ soit hypothétique ? Les lentilles-écran pourraient être une réalité d’ici 2 ans (http://www.acuite.fr/articles.asp?REF=7541), le Rosepoint d’Intel est déjà annoncé (http://www.pcinpact.com/news/73822-rosepoint-intel-annonce-atom-double-coeur-integrant-wi-fi.htm), IBM mène des recherches sur une mémoire si petite que toutes nos collections de musiques et de films tiendront dans un pendentif autour de notre cou (http://www.ibm.com/smarterplanet/us/en/smarter_computing/article/atomic_scale_memory.html) et la 4G permet djéà des débits à rendre jalouses toutes nos box ADSL.

          Il est pratiquement déjà là, l’iPhone 9.

          Ce qui ne veut pas dire que ce sera le seul modèle du futur (mais sans doute le plus populaire). Internet a ceci d’unique que son espace est infini. On avait peur, dans le temps, que le commerce étouffe la parole publique. Il ne l’a pas fait même s’il s’est largement établi sur le réseau, et il n’a pas pu le faire parce qu’il n’entre pas en concurrence “physique” avec la libre expression (comme il le faisait, par exemple, dans le cadre des radios libres).

          Tous les modèles pourront coexister, sauf “régulation” particulièrement liberticide.

          Il n’empêche que je vois mal l’avenir se dessiner comme respectueux d’une vie privée “affaire de vieux cons” quand chacun d’entre nous aura en permanence un assistant-espion autour de la tête qui lui sera d’autant plus utile que son modèle économique associera justement cette utilité au recueil commercial de toutes les données personnelles imaginables.

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  • Vidaud le 30 septembre 2012 - 11:16 Signaler un abus - Permalink

    L’ours écrivait :

    > Et si nous en avions terminé pour toujours avec la solitude ?

    Lors de la sortie de l’Iphone 9, un nouveau mode de vie aura déjà vu le jour : un mode « no-connect » où la solitude sera le pinacle vers lequel il faudra tendre. Les agences de voyage proposeront d’ailleurs des Treks « no-connect » … J’ai testé les versions bétas, c’est top !

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  • Darkhaiker le 30 septembre 2012 - 18:34 Signaler un abus - Permalink

    UN BILAN DE NOS COURTES VIES POURQUOI FAIRE ?

    Bonjour et merci Monsieur Chemla !

    Un préambule d’abord. Merci de vos questions à partir du temps court, de ses vagues rafales possibilités, quoi que le pire soit toujours certain. Dans le sens donc de cette petite restriction, nous sommes bien d’accord : le sens de la vie est d’éviter le pire. C’est notre boulot de vivants : quand on se lève le matin… A toutes ces questions qui ne peuvent, là est l’ennemi, que nous hanter, comment ne pas essayer d’apporter, sûrement pas prêts à être mort, les bonnes vieilles réponses des impossibilités sûres et certaines, elles, du temps long ? La hantise n’est pas un combat : la mort ne change rien à ce qui est et n’est pas, numérique ou non.
    D’abord et beaucoup, vous parlez d’histoire. Nous parlons beaucoup du temps court puisque nous ne connaissons que son « village temporel » Le village est toujours le village, « clos sur lui-même », global ou pas. Personne ne communique avec personne d’autre qu’un semblable, un autre « moi »…A partir de ce point microscopique, microcosmique, nous oublions un peu la musique, par exemple, et tous les arts. La musique, sans laquelle il n’y a pas de société, ce que savent les Ayatollahs… Comme par exemple, au hasard, le jazz, vaisseau fantôme sorti tout droit de l’une des entreprises les plus totalitaires du temps long, préfigurant les camps de la mort. Comme l’art aussi, qui, moderne au aujourd’hui, pourrait un jour ne plus l’être du tout et finir comme Dada, dans sa fureur nihiliste d’avant et après abattoir.
    Nous oublions aussi la religion, séculière ou non, le « totémisme » qui dirige le monde (à l’origine des « marques » industrielles par exemple). Nous oublions la nature que nous « sommes » avec ses hauts et bas instincts inconscients. Nous oublions la science « pure », aujourd’hui salie par « collaboration » jusqu’aux oreilles, mais qui un jour peut tout changer, au moins provisoirement. Provisoire : la définition de l’histoire la voilà, celle de l’histoire matérielle humaine. Provisoire et imprévisible compte tenu du connu et de l’inconnu. Et aussi de l’expérience interdite : celle des misères cachées, l’horreur, le crime, le mensonge, l’esclavage, les famines, les tranchées de 14, les pestes, les mafias et tout le reste qu’on ne dit pas, même sur Internet. Provisoire est le temps court, rien que provisoire. Du provisoire mis bout à bout pour faire illusion de temps long…Le temps est un cercle vicieux.
    Mais l’histoire de quoi ? Sinon l’histoire du monde ? « Retrouver une vue d’ensemble de l’évolution de nos vies » ; « juger de notre trajectoire ». Là nous sommes dans du « vrai » virtuel : il n’y a pas de vue d’ensemble, seulement un ensemble bricolé de vues trafiquée, ré-écrites…Nous savons ce que valent « les vérités » provisoires depuis les grands divorces de notre culture. Nos vies ? Que du narcissisme, là, collectif d’accord, mais quand même : tout le monde sait qu’il n’y a qu’une vie, et c’est pas parce qu’elle est brève qu’il faut l’écourter égocentriquement en intensité de plaisir ou de mérite historique, technologique ect…Non il y a le monde avec nos vies dedans ou les vies avec le monde dedans. Mais c’est un tout : la vie ne détaille pas.
    Le temps est toujours long, les temps sont toujours courts. Le temps ne serait-il qu’historique, pluriel, fragmenté, rituel, compartimenté, cellulaire, furtif, spéculatif, tueur ? L’ancienne lenteur du temps n’est-elle pas un autre temps, celui d’une liberté plus grande, définie par plus d’espace intérieur et extérieur ? Un temps au moment présent rendu-déclaré obsolète, dépassé, hors-la-loi du nombre, hors norme internationale, hors logique économique donc morale. Les « non internautes » seraient des arriérés, des primates, des vieux, des ignorants, des païens, une sous-humanité, un ghetto à reportage médiatique. Comme les animaux ou les plantes sauvages. Courte vue.
    En fait ils sont le contraire : une réserve du parc humain non informatisé, non formaté, aussi indispensable à l’humanité civilisée que le fut le bon sauvage pour l’aider à décoller les yeux de son ennuyeux nombril, à en sortir la tête. Sans ces primates nous ne comprendrons plus jamais rien, à part le sens présumé de ridicules tableaux de bord standardisés. Sans les anciennes cultures reconnue et intégrées dans leur intégrité mère, nous perdrons toute mémoire même de culture, de d’identités personnelles. Ce qui est visé, et on sait pour quelle barbarie.
    Le contrôle des esprits et des corps. Sexuellement on connaît la rengaine ; intellectuellement, pas de différence : le moi est une sensation mécanique quantitative insatiable, comme l’absence d’authenticité, sa perte, sa nostalgie. C’est pourquoi elles sont interchangeables. Mais enfin, c’est pas un scoop : c’est comme ça depuis le début, pas d’illusion. 1/10ème de la population flique l’autre, une armée d’indics ou collabos truffent la famille, le travail et les relations sociales de rapports, remplit les fichiers (autrefois manuels : juifs, subversifs), les dossiers de police politico-administrative ou religieuse, pour ne pas dire bancaire ou industrielle, transnationale. Dossiers généalogiques, scolaires « gamins », fiscaux, médicaux, fichiers clients, municipaux…Et alors ?A quoi sert de ficher les locataires du zoo, du parc, du camp, de l’élevage ? A votre avis ? Surveiller ? Sûrement pas ! Les révolutionnaires numériques ne doivent plus raisonner réac, avec les logiques du temps long de papa ! Aujourd’hui, « tout est permis mais rien n’est possible »… sans passer à la caisse, c’est tout. Vous pouvez faire tout ce que vous voulez, être qui vous voulez, penser ce que vous voulez, à la seule condition absolue que ça « rapporte » beaucoup et vite. Cash. Le reste, l’orientation intellectuelle…le grand public et le petit…le dedans le dehors, le privé le public…Dépassé ! Tout le monde s’en fout. Pas le temps ! Oui, le re-voilà celui-là.
    « Enfermés dehors », magnifique film, du Laurel et Hardy ! Le monde est une cellule ouverte où « évoluent nos vies » standards, conformes, unisexes, homogénéisés, homologuées normalisées, imaginaires, segmentées, formatées, filmées, programmées, projetées, budgétiséeses, pensées, calculées 3 chiffreaprèsès la virgule, catégorisé, statistiqués. Cellule ouverte, informatisée, plus réglementée que ne l’était la cellule familiale patriarcale ou même traditionnelle fasciste. L’illusion est totale : vous êtes libres d’être inter connectés, interactifs, inter-humains, ouverts au monde…et transparents, branchés, et entièrement dépendants donc absolument pas libres, en fait. Là est la Matrice…minutée.
    Mais attention, vous êtes virtuels, une image, une catégorie : ne vous avisez pas d’exister en dehors du cadre reconnu. Vous êtes libres…sous condition de certificat de conformité, et bien sûr d’abord de le payer, pour avoir un numéro, un permis. Les nouvelles générations numérisées ne sont pas plus « ouvertes au monde » que les anciennes : elles sont plus dépendantes d’un système « procurateur » plus que libérateur d’abord : mode de fonctionnement différent, basé sur la seule connection universelle normalisée du commerce intellectuel international : en dehors de la pratique « internetuelle » ces générations ne savent rien du monde, comme ces innocents traders…dans un sens. Mais dans un sens seulement, et finalement ce sens, ce « mauvais sens » est-il si important ? Si nouveau ? Comme pour les camps de la mort, « l’originalité productive » est définie par l’échelle et la méthode…seulement. Donc un unique et banal ajustement de « qualité » quantitative, pas plus. Extermination industrielle, industrie de l’information, industrie des besoins, désirs, pensées, passions, relations…Et alors ? Internet n’a jamais été plus virtuel-normalisateur que la presse écrite par exemple : la relation imaginaire au monde est la même. Comme dans la littérature bourgeoise, où la relation imaginaire à soi est partout identique, unidimensionnelle, spectacle clos d’ego. Le village virtuel de contrôle et d’extermination culturelle, identitaire etc. Donc. Oui, sûrement et alors ? Ca vous étonne ? Tout ça est logique, moderne, mais absolument pas nouveau, ça fait partie de la vieille histoire du temps long qui continue dans le temps court, c’est juste la ruse du moment. L’ennemi est toujours là : toujours pas vaincu, bien sûr ! Il faudrait d’abord commencer par le combattre, l’identifier, le circonscrire dans les maquis, les camouflages,le chaos, la cacophonie, le déluge, le silence, le désert, les ruines. Les vieilles lois de la guerre, quoi, mais pour tous c’est trop fatiguant, pas ludique, pas utile, pas rentable, pas gratifiant, ça prend beaucoup trop de temps court. devenu notre monnaie quotidienne. Ca demande des vertus pas informatiques du tout…Mauvais pour l’image aussi, ce déguisement pratique qui permet tout dans les règles autorisées, les codes…qui permet de se réconcilier à pas cher avec l’idée de soi-même sous le regard des autres qui n’ont pas le temps de, non plus.
    L’image de soi, de sa vie…Même si l’image est « juste » dans le cadre d’une appréciation « normalisée », cela reste juste une image cherchant à remplacer un intérieur, une « conduite intérieure » de soi périmée, dépassée, non conforme, non réductible et non échangeable, non-interchangeable, donc inutile et coûteuse. Une intériorité non mécanisable, flexible, prévisible, chiffrable, ajustable. L’image du monde ou de nous-même n’est plus, au mieux qu’une caricature, au pire une normalisation des désirs, des émotions ect. En vue d’on ne sait trop bien quel fascisme de consommation (y compris des ego soi-mêmes), derrière les charmes infinis (malheureusement matériellement inépuisables) d’une communication de masse universelle. Inépuisables ? A voir.
    Tout ceci ne change rien au Net ouvert, « l’open source », libre qui n’est pas seulement un leurre : pour l’instant il est toujours devant, comme une autre planète : il y a encore des territoires libres, comme autrefois certains continents avant colonisation, avant que le temps court ne rattrape l’immensité de leurs espaces. La tradition humaine des libertés est une réponse à celle des misères. Le monde a toujours été manipulé, secret et virtuel ! Son informatisation, sa « publicité », l’investissement des sphères de la vie et de nos vies n’est qu’une mise à jour, dans le double sens, matérielle, purement formelle de cet état de chose, de ce fait éternel, de l’humaine condition liée aux faiblesses de l’humaine nature. L’informatisation « normalisatrice » n’est qu’une série d’étiquettes de plus sur le « bocal » où nous nous agitons (Céline de Sartre). Voyez ce que dit Nietzsche dans votre citation. Le premier adolescent lobotomisé du monde comprend instinctivement que cette société globalement, et « globale » aussi, est une « putain de mère », de « matrice » (ce qui n’enlève rien de l’infinie vertu des vraies mères) qu’il faudra subir à vie. Le jeune internaute simplement resté humain, sait d’instinct que sa vie ne sera que combat, haute solitude solidaire, et même perdu d’avance ! Et alors ? C’est pire que crever de faim ou de pollution ? « LE BRUIT DES GRANDS COMÉDIENS ET LE BOURDONNEMENT DES MOUCHES… », c’est notre lot quotidien à nous, ceux qui « ont trouvé le bonheur » (Nietzsche).
    Le leurre est aussi de croire que tout ne sera plus que réseau. Parce que ça ne l’a pas toujours été peut-être ? Informatique ou pas, l’être humain est stable dans ses limites sociales, comme l’ordre établi, les dogmes ou les superstitions, comme le mal ou la misère. Tout le monde sait que les banques qui mènent le monde sont déconnectées, elles, du Réseau, et pour cause ! Donc la déconnection autarcique est l’avenir de l’homme, comme une réponse « appelée » à être faite. Comme le fascisme, le contrôle total est un leurre pour les uns et une illusion pour les autres, et le destin d’une illusion c’est de s’envoler un jour. La techno-structure qui enserre le monde et « nos vies » est un leurre pour tous donc, une ruse de l’histoire longue, derrière la menace réelle de la courte : plus les réseaux se développent, plus il préparent leur fin ou l’inversion de leur sens : ils préparent une révolution : le « mal » travaille toujours à sa fin, à sa limite, au moins autant que le « bien ». Rien n’est stable et c’est là l’une des caractéristique à souligner : plus le temps est court, plus il est instable, volage, volatile, voleur, violeur. Oui, donc, tout sera « hacké », à la fin…Naturellement : il faut être fou pour en douter : c’est mathématique, matériel, obligé, comme le temps long !
    Il suffira d’un subtil effet papillon planétaire : tout est déjà là, dormant dans les structures mêmes du contrôle global, cette farce hors de prix et de raison, comme celle des indulgences au moyen âge, et du reste, ont fini par apporter la Réforme, qui elle-même apporta un autre mal ect.. Les hommes de la pub sont les derniers prêtres de la préhistoire numérique : leur pouvoir n’est basé que sur le mensonge, l’illusion et la peur. Leur arsenal totalitaire, comme avait commencé à en avoir l’intuition non exprimée Huxley (Retour au meilleur des mondes) en plein cauchemar post-orwellien, sera abattu et récupéré pour reconstruire un monde « meilleur », au sens de « moins pire ». Parce que notre destin est de faire l’expérience du mal d’abord, un peu comme à la Libération en France et en Europe. Du nazisme est sortie la grande leçon oubliée du « plus jamais ça », oubliée aujourd’hui à cause du camouflage du temps court et des subversions discrètes du temps long, en résonances malignes éternelles.
    Etant entendu, bien sûr, que du rapport entre le temps long et le court, naît et renaît toujours cette vérité que rien n’est jamais acquis, et que c’est cette discontinuité même qui donne un sens à « nos vies ». Le sens de « nos vies » nous est donné par nos ennemis, pas par nous-mêmes : l’illusion consiste à croire dans une continuité d’abord, puis dans un côté « choisi » ensuite. Nous n’avons pas le choix du Temps, pas plus que des Temps. Nous n’avons pas non plus le choix de ne pas briser l’isolement publicitaire et son camp de la mort : c’est la solitude de la liberté solidaire seule qui libère. Et cette clarté solitaire du combat solidaire à venir est une « merveille » (Bernanos), non une souffrance, une misère ou une damnation. Bien qu’elle soit, comme chaque jour qui se lève et se couche, à recommencer : nous ne nous sommes pas élevé de nos quatres pattes sans combattre, nous combattre nous-mêmes. Il n’y a ni respect ni liberté sans ennemi dans un temps relatif matériellement sécurisé, divisé, analysé. Telle est la leçon oubliée par nos ultra « modernes » angoisses d’avoir abandonné les risques bruts du temps long.
    Cordialement,
    Darkhaiker.fr

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  • Mella le 1 octobre 2012 - 12:34 Signaler un abus - Permalink

    Notre rapport au réel a effectivement été totalement bouleversé. Nous faisons partie d’une société de l’instantané, de la rapidité et je ne pense pas que ce soit une chose positive. Il suffit d’observer le principe que défend “twitter”. Nous pouvons nous exprimer qu’en 140 signes seulement. Les articles de presse sont de plus en plus court, et les gens lisent de moins en moins de livres. Le savoir devient superficiel et les relations humaines aussi. Il nous suffit d’ajouter quelqu’un sur facebook en un clic pour pouvoir accéder à sa vie privée. Il suffit de cliquer sur un bouton “j’aime” pour montrer notre approbation. Qu’il s’agisse de l’expression, de l’accès au savoir, de l’acquisition d’un savoir ou même des décisions politiques, tout va trop vite. Le contenu se fait rare au profit de la rapidité.Même au sein de la famille nous sommes victimes de ce changement de paradigme: les discussions à table en famille se font de plus en plus rares, il y a de moins en moins de dialogue entre les enfants et les parents. Toujours au travail les enfants doivent devenir de plus en plus autonomes, doivent grandir plus vite.
    Bref, nous avons l’impression d’être de moins en moins seuls avec la diversité des réseaux sociaux qui s’offrent à nous et pourtant je pense que paradoxalement, nous sommes justement de plus en plus seul. Car cette sociabilité est une sociabilité superficielle.

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  • chris le 6 octobre 2012 - 16:42 Signaler un abus - Permalink

    Un truc qui me frappe régulièrement c’est à quel point l’obsolescence (pas programmée quoique, mais l’ancien, le vintage) permet aux firmes de nous ressortir des engins neufs (mais en fait vieux), des remakes de vieux (va voir chez Darty il y en a plein les étagères), des outils modernes carénés vintage (on dit que c’est “steampunk”), et des neufs dont tellement personne ne voudra qu’ils sont déjà vieux à peine sortis.

    Et je me dis donc que vieille ou neuve, la soupe qu’on nous vend ne dépend jamais que du pot dans lequel elle nous est proposée. Pas de pot, certains (et de + en + avec le mvt hackers space) préfèrent fabriquer eux-mêmes leurs pots et leur soupe. Et c’est tant mieux. Parce que là ils ne peuvent plus rien faire à part courir derrière….

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